Il est tombé. Après des mois de glissade dans les sondages, de grogne populaire et de tentatives de relance ratées, François Legault a annoncé sa démission.
Il ne sera plus premier ministre du Québec. Il ne sera plus chef de la CAQ. Et il ne sera plus, surtout, cette figure incapable de redonner un élan à la nation québécoise.
Mais sur Hockey30, on s’en souviendra autrement. On ne parlera pas ici de sa loi 21, de la pandémie, ni de ses réformes de l’immigration.
On parlera d’un chandail. Un chandail de Guy Lafleur. Symbole ultime de sa déconnexion. De son mépris tranquille. Et du moment exact où le peuple a cessé de lui pardonner.
Un geste qui a tout changé.
Quand on pense à la chute de François Legault, il y aura mille analyses politiques. Mais dans les arénas et chez le Canadien de Montréal, les gens se rappellent d’abord d’un moment précis : ce jour de 2021 où le premier ministre a fait encadrer, à même les fonds publics, un chandail autographié de Guy Lafleur pour son propre bureau.
Ce qui choque encore plus dans cette histoire, c'est la façon discrète, presque sournoise, dont ces dépenses ont été absorbées par l’État.
En 2021, le bureau du premier ministre a utilisé 4 828 $ d’argent public pour acheter 14 chandails autographiés de Guy Lafleur, payés 345 $ chacun à la boutique du Canadiens de Montréal, officiellement pour les offrir aux premiers ministres des provinces et territoires dans le cadre d’une réunion du Conseil de la fédération.
Le chandail personnel de Legault, portant la dédicace « À François, meilleurs vœux », faisait partie du lot. Près de 6 000 $ de fonds publics ont dépensés pour des chandails de hockey, une dépense passée complètement sous le radar parce qu’elle a été réglée par carte de crédit gouvernementale, sans débat public, sans justification, sans reddition de comptes immédiate.
Et comme si ce n’était pas suffisant, la facture ne s’est pas arrêtée là. Après avoir porté son chandail lors d’une séance photo au printemps 2021, François Legault a ensuite décidé de le faire encadrer aux frais des contribuables, pour l’exposer dans son bureau.
En octobre 2021, un achat de 937 $ a été effectué à L’Encadreur de Chandails, à Laval, toujours avec une carte gouvernementale.
C’est ce cadre, payé par les Québécois, que le premier ministre avait derrière lui lorsqu’il s’est présenté devant les médias le 22 avril 2022 pour rendre hommage à Guy Lafleur après son décès.
Pendant que Québec dépense des millions chaque année en cartes de crédit ministérielles, avec des achats et des frais d’intérêts honteux, ce genre de dépense symbolique devient un puissant rappel : l’argent public sous Legault a servi à cultiver des images et des passions personnelles au lieu de respecter les Québécois.
Le pire dans tout ça est que Legault a reçu le chandail comme tous les autres premiers ministres, mais là où les autres ont gardé le leur dans une boîte ou l’ont affiché avec sobriété, François Legault en a fait un monument. Un trophée de guerre.
Il a même posé avec le cadre, sourire fendu jusqu’aux oreilles, et partagé la photo sur Facebook comme un gamin trop fier de sa nouvelle carte rare.
Ce que François Legault n’a jamais compris, c’est que Guy Lafleur, c’était sacré. Ce chandail n’était pas une décoration. C’était un héritage. Une mémoire. Une flamme.
L’utiliser comme accessoire de bureau, avec l’argent du monde, c’était une gifle. Une gifle aux partisans. Une gifle à la famille de Lafleur. Une gifle à la mémoire collective québécoise.
Et ce souvenir-là, il a collé à la peau du premier ministre. Bien plus fort que ses lois, ses discours, ou ses voyages à Paris.
Il est devenu le politicien qui encadrait des chandails pendant que nos aînés attendaient des soins, pendant que les écoles croulaient, pendant que les familles s’endettaient.
Il voulait rendre hommage. Il a insulté. Il voulait se montrer fier. Il s’est montré petit.
Le chandail de Guy Lafleur est devenu un geste qui a déclenché une perte de puissance irréversible.
Depuis ce scandale, le lien de confiance s’est effondré. La CAQ a chuté. Les sondages sont devenus cruels. Les blagues se sont multipliées dans les gradins. Même les partisans du CH, souvent indulgents, ne voulaient plus rien savoir de lui.
Et pendant qu’il répétait qu’il allait rester jusqu’en 2026, les radios parlaient d’un parti en train de l’abandonner. Nathalie Normandeau l’avait dit : « Il ne passera pas Noël. » Elle a eu tort sur la date, mais pas sur le fond.
François Legault s’est battu jusqu’au bout pour rester premier ministre. Mais il n’a jamais pu se débarrasser de ce cadre accroché dans son dos.
Ce chandail ne lui appartient pas
Il y a des objets qu’on ne mérite pas. Et ce chandail en faisait partie.
Guy Lafleur, c’était l’élégance. Le courage. L’effort sans compromis. Il donnait tout sans rien demander. Il incarnait le Québec des tripes, pas celui des comptes de dépenses.
Alors oui, François Legault a été premier ministre. Il a mené deux mandats. Il a fait face à des tempêtes. Mais dans la culture populaire, ce qui restera, c’est cette image d’un homme qui a souill le chandail de Lafleur.
Un premier ministre qui a confondu l’État avec un fan club. Et qui, à force de se croire invincible, a oublié ce que voulait vraiment le peuple.
Maintenant qu’il a quitté, une chose reste à faire. Ce chandail, il doit le rendre. Pas symboliquement. Physiquement. Il ne peut pas finir ses jours de politicien avec ce cadre au mur. Il ne peut pas partir avec ce trophée volé à la mémoire de Lafleur.
Il devrait l’envoyer à la famille du Démon blond. Ou mieux encore : le donner à une fondation pour les jeunes malades. Qu’il serve enfin à quelque chose. Qu’il redonne un peu de dignité à ce chapitre minable de notre histoire politique.
François Legault a été remercié. Le peuple a parlé. La CAQ tournera la page. Et nous, sur Hockey30, on se souviendra surtout que dans un Québec fatigué, en colère, et en quête d’espoir, c’est un chandail de hockey qui a scellé le destin d’un homme.
Et ça, ça ne s’invente pas.
