Ouch.
Montréal vient d’encaisser, coup sur coup, deux gifles sportives majeures. Cette ville n'est plus capable de se concevoir comme une métropole sportive crédible, attractive et désirable à l’échelle nord-américaine et internationale.
Après 8 ans de Valérie Plante, Montréal s’est résignée, lentement mais sûrement, à devenir une ville de second rang, une ville qui regarde passer les grands événements sans jamais être invitée à la table.
Valérie n'est plus mairesse, mais son fantôme nous fait encore du mal.
D’un côté, on apprend que le Canadien de Montréal nourrissait l’ambition d’amener le repêchage 2026 de la LNH en ville, dans un contexte pourtant idéal où la séance de 2022 avait été un succès populaire retentissant et où plusieurs observateurs réclamaient que Montréal devienne carrément la destination annuelle du repêchage, tant l’histoire, la passion et l’infrastructure séduisaient tout le monde.
Or, selon les informations confirmées par Elliotte Friedman dans son balado 32 Thoughts, la LNH annoncera sous peu que le repêchage décentralisé 2026 aura finalement lieu à Buffalo, et non à Montréal.
L’explication, froide et presque humiliante dans sa banalité, fait encore plus mal : Buffalo s’est simplement prise plus tôt, le Canadien est arrivé un peu tard dans la course, et la LNH devait impérativement choisir une ville qui n’accueille pas la Coupe du monde de soccer afin de préserver sa capacité hôtelière.
Autrement dit, ce n’est pas que Montréal était impossible, c’est qu’elle n’était pas prioritaire, pas indispensable, pas incontournable.
Buffalo, ville dont même les plus fervents défenseurs admettent qu’il ne s’y passe pas grand-chose, est devenue une option plus simple, plus efficace, plus naturelle que Montréal.
Une ville plate à mourir... avant Montréal...
Déjà là, le malaise est profond. Mais ce n’est que la moitié du problème.
Car cet été une autre nouvelle, bien plus lourde symboliquement, est venu confirmer que Montréal a non seulement perdu un événement, mais qu’elle a volontairement refusé d’entrer dans l’histoire.
La Fédération française de football (soccer), championne du monde en 2018, finaliste en 2022, vitrine planétaire du sport moderne, avait ciblé Montréal comme camp de base potentiel pour la Coupe du monde 2026.
Trois semaines d’exposition mondiale. Des centaines de membres de délégation. Des milliers de nuitées hôtelières. Des journalistes, des caméras, des partenaires, des retombées économiques concrètes et mesurables. Une occasion en or pour une métropole francophone de rayonner sur la planète.
Et Montréal a dit non.
Pas un non passionné. Pas un non idéologique assumé. Un non bureaucratique et méprisant. La Ville a évalué la logistique à 600 000 dollars (escortes policières, gestion de la circulation, sécurité, signalisation) et a jugé que les retombées ne justifiaient pas l’investissement.
Six cent mille dollars, dans une ville au budget de plusieurs milliards, pour accueillir l’équipe la plus prestigieuse du soccer mondial.
À titre de comparaison, on parlait de 300 millions pour l’organisation de quelques matchs officiels ailleurs au pays. ce que Valérie Plante a refusé les yeux fermés). La disproportion est telle qu’elle en devient presque absurde.
Le plus troublant, ce n’est pas le montant. C’est l’isolement. Selon Major League Soccer, relayé par son vice-président exécutif Charles Altchek, Montréal serait la seule ville nord-américaine à avoir refusé d’accueillir un camp de base. Une seule. Toutes les autres ont levé la main. Toutes ont vu une opportunité. Montréal a vu une dépense.
À partir de là, la question dépasse largement Valérie Plante. Oui, son administration a porté la décision. Oui, son rapport au sport professionnel était depuis longtemps jugé tiède, distant, utilitaire.
Mais réduire cette suite d’échecs à une seule personne serait trop simple, presque confortable. Le problème est plus profond. Il est culturel. Il est structurel. Il est identitaire.
Depuis des années, Montréal rate systématiquement les grands trains. Les Expos sont partis pendant que Toronto conservait les Blue Jays. La NBA est restée à Toronto pendant que Montréal regardait les Raptors à la télévision.
Aujourd’hui, Toronto obtient une équipe de la WNBA pendant que Montréal se contente d’accueillir deux matchs vitrines.
Le repêchage de la LNH va à Buffalo. Le camp de base de la France va ailleurs. Et chaque fois, la même question revient, pesque douloureuse : est-ce que Montréal est encore une ville de sport, ou simplement une ville qui aime se raconter qu’elle l’est?
Ce qui rend la situation encore plus amère, c’est le contraste entre le discours et la réalité. On parle d’inclusion, de rayonnement, d’ouverture sur le monde, mais quand une occasion concrète se présente, on la refuse au nom d’une prudence budgétaire qui disparaît mystérieusement lorsqu’il s’agit d’autres priorités.
Les Montréalais voient les taxes augmenter, les contraventions exploser, les parcomètres rapporter des dizaines de millions, pendant que des investissements symboliques mais structurants sont écartés sans émotion.
Dans ce contexte, la perte du repêchage 2026 n’est pas un accident isolé, mais un symptôme. Un symptôme d’une ville qui n’est plus perçue comme une évidence. Une ville qui doit se battre pour convaincre, pendant que d’autres n’ont qu’à lever la main. Une ville qui arrive trop tard, trop hésitante, trop compliquée.
On pourra dire que le Canadien se reprendra. Probablement. Geoff Molson finira sans doute par obtenir un repêchage dans le futur.
Mais le fait même que 2026, année idéale, alignée, logique, ait échappé à Montréal pendant que la Coupe du monde lui échappait aussi, crée un malaise durable. Une impression de double défaite. Un "feeling" que, lorsqu’il faut choisir, Montréal n’est jamais le premier réflexe.
Alors oui, il faut poser la question, même si elle fait mal : Montréal est-elle encore une ville de sport, ou une ville qui vit sur le souvenir de ce qu’elle a déjà été?
Une ville qui célèbre le Canadien comme une relique, mais qui peine à bâtir l’avenir? Une ville qui regarde Buffalo, Toronto, Seattle et d’autres prendre la place qu’elle occupait autrefois?
Ce n’est pas Valérie Plante qui a perdu le repêchage. Elle n'est plus mairesse. Mais c'est elle seule qui a fait fuir la France.
C’est une ville entière qui, à force de compromis, de lenteurs, de frilosité et de choix défensifs, s’est tranquillement installée dans une posture de perdante consentante.
Et tant que Montréal n’aura pas le courage de se voir telle qu’elle est devenue, elle continuera de regarder les grands événements se dérouler ailleurs, en se demandant, encore et encore, pourquoi ce sont toujours les autres qui gagnent.
