Hockey Québec au bord du chaos : Stéphane Auger dénonce un système toxique

Hockey Québec au bord du chaos : Stéphane Auger dénonce un système toxique

Par William Petit Lemay le 2026-03-14

Stéphane Auger a du pain sur la planche. Le directeur général de Hockey Québec doit maintenant faire face à une tendance inquiétante qui s’installe dans le hockey mineur.

Une inquiétude majeure secoue actuellement le hockey mineur québécois. Derrière les arénas remplis de jeunes passionnés et les rêves de la LNH qui habitent des milliers d’enfants, une réalité beaucoup plus troublante est en train de s’installer.

Et cette fois, l’alarme vient directement du sommet.

Le directeur général de Hockey Québec, Stéphane Auger, n’a pas caché son inquiétude face à une tendance qui prend de plus en plus d’ampleur : les agents qui courtisent désormais des joueurs dès l’âge de 10 à 12 ans.

Une situation qu’il qualifie lui-même de préoccupante.

Tout est parti d’un exemple qui fait énormément jaser dans le milieu du hockey québécois : celui du jeune Liam Tep, un attaquant extrêmement prometteur originaire de Mirabel.

À seulement 12 ans, Tep s’est officiellement associé à l’agence Quartexx Management, une firme bien connue dans le monde du hockey… et qui n’est pas étrangère à la LNH. Il s’agit d’ailleurs de l’ancienne agence du directeur général du Canadien de Montréal, Kent Hughes.

Le geste n’est pas illégal.

Mais il soulève énormément de questions.

Car dans le monde du hockey, cette décision symbolise un phénomène de plus en plus inquiétant : la professionnalisation du hockey… chez des enfants qui ne sont même pas encore au secondaire.

Et c’est exactement ce qui inquiète Stéphane Auger.

« C’est préoccupant, mais c’est difficile à contrôler », a-t-il admis.

Selon lui, Hockey Québec dispose actuellement de peu de leviers pour empêcher les agents d’approcher des jeunes joueurs ou leurs parents.

Mais la fédération est bien consciente du problème.

Dans les prochains mois, un mandat important a d’ailleurs été confié à Jocelyn Thibault, ancien directeur général de Hockey Québec et ex-gardien de la LNH. Celui-ci devra analyser la situation et rencontrer différents intervenants du milieu, incluant des agents, afin de mieux comprendre l’ampleur du phénomène.

Car derrière cette nouvelle réalité, plusieurs observateurs voient apparaître un système qui pourrait devenir malsain.

Dans le monde du hockey moderne, les agences sont constamment à la recherche de la prochaine vedette. Le prochain Connor McDavid.

Le prochain Sidney Crosby.

Et pour éviter de passer à côté d’un futur talent, plusieurs agents ont commencé à approcher les joueurs de plus en plus jeunes.

Le phénomène est devenu une véritable course.

Un agent commence à recruter à 14 ans.

Les autres suivent.

Puis quelqu’un descend à 13 ans.

Et aujourd’hui, certains observent déjà les joueurs dès l’âge de 10 ans, notamment dans des tournois prestigieux comme le Brick Invitational à Edmonton, où s’affrontent chaque année les meilleurs joueurs de 10 ans en Amérique du Nord.

C’est justement lors de ce tournoi que Liam Tep a attiré l’attention de toute la planète hockey en 2023.

À seulement 10 ans, il a pulvérisé un record détenu par Cole Caufield, inscrivant 29 points en huit matchs.

Une performance spectaculaire.

Mais qui a aussi déclenché une avalanche d’intérêt.

Rapidement, plusieurs grandes agences ont commencé à appeler les parents du jeune joueur. Certaines des plus puissantes firmes du monde du hockey, incluant CAA de Pat Brisson, ont manifesté leur intérêt.

Devant cette pression constante, la famille Tep a finalement choisi de s’associer à Quartexx.

Encore une fois : rien d’illégal.

Mais la question demeure.

Est-ce qu’un enfant de 12 ans devrait déjà être plongé dans une industrie aussi compétitive?

Plusieurs agents eux-mêmes reconnaissent être mal à l’aise avec la situation.

Certains affirment même que “la business est devenue malsaine”.

Mais le problème est simple : si une agence refuse d’approcher un jeune talent… une autre le fera.

Résultat : tout le monde embarque dans la course.

Et au centre de tout ça se trouvent des enfants qui, à cet âge, devraient peut-être simplement jouer au hockey pour le plaisir.

C’est aussi ce qui inquiète plusieurs experts.

Car lorsqu’un joueur de 12 ans signe avec une grande agence, il se retrouve automatiquement étiqueté comme la prochaine vedette.

Et cette pression peut être énorme.

Pour le jeune joueur.

Mais aussi pour ses parents.

Dans certains cas, les attentes peuvent rapidement devenir démesurées.

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, certains pays ont déjà tenté d’encadrer ce phénomène.

En Suède, par exemple, les agents n’ont pas le droit de contacter un joueur ou sa famille avant le 1er janvier de l’année où il aura 16 ans.

L’objectif est simple : laisser les enfants se développer et profiter du sport avant de tomber dans l’univers professionnel.

Pour Stéphane Auger, le défi est maintenant clair.

Trouver une façon de protéger les jeunes joueurs… tout en s’adaptant à un écosystème du hockey qui évolue extrêmement vite.

Car une chose est certaine.

Si rien n’est fait pour encadrer cette nouvelle réalité… le hockey mineur québécois pourrait bien se retrouver pris dans un engrenage qui dépasse complètement les jeunes joueurs qu’il est censé protéger.