Honte à Bill Guerin: Cole Caufield lui fait ravaler ses paroles

Honte à Bill Guerin: Cole Caufield lui fait ravaler ses paroles

Par David Garel le 2026-01-31

La situation est rendue intenable. Pas pour USA Hockey. Pas pour les joueurs sélectionnés. Mais pour Bill Guerin lui-même.

Parce qu’à force de s’entêter, de mépriser l’évidence et de confondre leadership avec rigidité idéologique, Guerin s’est enfermé dans une position dont il ne pourra plus jamais sortir proprement. L’exclusion de Cole Caufield n’est plus une décision hockey. C’est devenu une honte publique.

Après ses deux buts ce soir, Cole Caufield est rendu à 32 buts. 3e buteur de la LNH. Meilleur buteur américain. Encore le but gagnant.

Chaque but de Caufield est désormais un rappel brutal. Chaque tour du chapeau, chaque séquence décisive, chaque filet marqué dans un match serré agit comme une gifle directe au visage du DG américain.

Et ce qui rend la situation encore plus lourde, c’est qu’il n’existe aucune justification crédible pour expliquer son absence. Aucune. Pas une seule. On peut débattre de profils, de combinaisons, de rôles… mais on ne peut pas défendre rationnellement le fait de laisser à la maison l’un des meilleurs marqueurs de la planète, au sommet de son art, dans un tournoi qui se décide par un but.

Bill Guerin a beau répéter que « ce n’est pas une équipe d’étoiles », que « si on prenait juste les stats on n’aurait pas besoin de DG », le problème, c’est que cette posture commence à sonner creux.

Parce que dans les faits, il a construit une équipe qui se prive volontairement de sa capacité la plus rare : marquer quand ça compte. Et c’est exactement ce que Caufield fait mieux que presque tous les autres joueurs américains.

Depuis la Confrontation des 4 Nations, personne dans la LNH n’a marqué plus de buts gagnants que lui. Les États-Unis ont perdu cette finale par un seul but. Sans Caufield. Et au lieu de corriger le tir, Guerin a choisi de doubler la mise, comme si admettre une erreur était pire que de perdre un autre tournoi. Ce n’est plus du hockey. C’est de l’ego.

Et c’est là que la dynamique devient toxique. Parce que cette décision plane désormais au-dessus de toute l’équipe américaine comme un mauvais karma.

Chaque match serré aux Jeux olympiques sera accompagné de la même question : et s’ils avaient eu Cole Caufield ? Chaque panne offensive fera remonter ce fantôme. Chaque élimination potentielle portera cette décision comme une cicatrice.

Le pire, c’est que Guerin n’a même pas eu le courage d’assumer son choix publiquement jusqu’au bout. Lors de la conférence annonçant la formation officielle, il a pris soin de nommer certaines absences. Jason Robertson. Adam Fox. Mais pas un mot sur Caufield.

Pas un mot sur Lane Hutson non plus. Comme s’ils ne méritaient même pas d’être mentionnés. Comme s’ils n’existaient pas. À Montréal, ça n’a pas été perçu comme une simple omission. Ça a été reçu comme un affront.

Dans le cas de Hutson, Guerin peut au moins se réfugier derrière un écran de fumée : Quinn Hughes est là. Le poste est occupé.

L’argument tient, même s’il est discutable. Mais pour Caufield ? Il n’y a aucune couverture possible. Aucun équivalent. Aucun autre joueur américain n’offre ce mélange de flair, de sang-froid et de capacité à transformer une demi-chance en but décisif. Personne.

Et pourtant, Guerin persiste. Parce qu’il est prisonnier de sa propre narration. Parce qu’il a décidé que Caufield ne correspondait pas à son modèle de joueur “qui frappe”.

Parce qu’il a transformé un ancien épisode Prague, les rumeurs, les perceptions, en verdict définitif. Et surtout, parce qu’il n’a plus la marge de manœuvre pour reculer sans perdre la face.

Ce qui s’est passé à Prague, ce n’est pas une légende urbaine ni une invention de partisans frustrés : c’est un épisode réelqui a marqué les dirigeants de USA Hockey, et particulièrement Bill Guerin

. Lors du Championnat du monde 2024, disputé en Tchéquie, Cole Caufield faisait partie de l’équipe américaine. Sur la glace, son tournoi a été correct sans être dominant, mais ce n’est pas son rendement qui a fait jaser en coulisses.

Ce sont plutôt des rumeurs persistantes de comportement hors glace qui ont circulé dans l’entourage de l’équipe : sorties nocturnes répétées, présence fréquente de femmes à l’hôtel de l’équipe, distractions jugées incompatibles avec le sérieux attendu dans un tournoi international senior.

Rien d’illégal. Rien de confirmé publiquement. Rien qui a mené à une sanction officielle. Mais dans un contexte de sélection nationale, ça a suffi pour créer une cassure de confiance.

Selon plusieurs sources autour de l’équipe américaine, Guerin aurait été furieux de cette image projetée à Prague, surtout après l’élimination des États-Unis.

À partir de ce moment-là, Caufield aurait été rangé dans une catégorie très précise dans la tête du DG : celle du joueur jugé trop flamboyant, trop individualiste, pas assez “engagé” selon les standards culturels qu’il veut imposer. Prague est devenu un dossier interne, un point de référence négatif, une étiquette qui colle encore aujourd’hui, peu importe ce que Caufield fait sur la glace depuis.

C’est ça, Prague.

Pas une soirée précise.

Pas une photo virale.

Mais un jugement durable, forgé en coulisses, qui continue d’influencer des décisions majeures… même deux ans plus tard.

Le problème, c’est que cette rigidité n’inspire pas le respect. Elle inspire le doute. Et elle alimente un malaise réel autour de Team USA.

Une impression que certaines décisions sont guidées par des principes personnels plutôt que par la réalité de la glace. Une impression qu’on punit encore des joueurs pour ce qu’ils représentaient hier, pas pour ce qu’ils sont aujourd’hui.

Bill Guerin voulait envoyer un message. Il l’a fait. Mais le message revient maintenant comme un boomerang. À chaque but de Caufield.

À chaque highlight. À chaque soirée où il est l’homme du match. Et plus les Jeux approchent, plus cette décision va peser lourd. Parce que si Team USA échouem surtout par manque de finition, il n’y aura plus aucune échappatoire.

Ce ne sera pas un débat. Ce sera un constat.

Et cette honte-là, Bill Guerin devra la traîner jusqu’à la fin.