Honte à Valérie Plante: une émission de télé qui donne mal au coeur

Honte à Valérie Plante: une émission de télé qui donne mal au coeur

Par David Garel le 2026-03-26

Elle quitte Montréal avec plus de 310 000 $ en indemnités, après avoir touché 221 299 $ par année, après avoir enchaîné les voyages, les soupers, les bouteilles de vin à près de 300 $ l’unité, après avoir laissé derrière elle une ville étouffée par les chantiers, les nids-de-poule, les grèves et une dette qui explose… et aujourd’hui, elle revient à l’écran pour nous expliquer le « chaos urbain ».

Il faut prendre un pas de recul et bien comprendre l’ampleur du malaise.

Parce que oui, Valérie Plante, l’ex-mairesse qui a dirigé Montréal pendant huit ans, sera à la barre d’une émission intitulée Ça brasse en ville, où elle visitera six métropoles à travers le monde pour analyser comment le désordre urbain s’organise.

C’est presque trop parfait.

Une mairesse qui laisse une ville en désordre… qui part… qui empoche… et qui revient comme analyste du chaos.

On ne parle plus d’ironie. On parle d’un renversement complet de la réalité.

Parce que pendant qu’elle nous explique aujourd’hui que « ce n’est pas une carte postale » et qu’elle veut montrer « la complexité derrière les choix », les Montréalais, eux, n’ont pas besoin d’une émission télé pour comprendre cette complexité. Ils l’ont vécue, jour après jour, pendant huit ans.

Ils l’ont vécue dans les rues défoncées.

Ils l’ont vécue dans les détours interminables.

Ils l’ont vécue dans les transports paralysés.

Ils l’ont vécue dans les services qui ne suivent plus.

Et pendant ce temps-là, elle, elle mangeait bien.

Le fameux souper à Vienne n’est pas un détail. Il est devenu un symbole. Huit bouteilles de vin, certaines à près de 288 $, une table complète, une facture d’alcool de plus de 500 $, le tout payé par les contribuables avant d’être remboursé sous pression médiatique. Ce n’est pas une anecdote, c’est un résumé.

Un résumé d’une culture.

Parce que ce n’était pas un cas isolé. Il y a eu les repas à répétition, les additions élevées, les voyages, les missions internationales où l’argent public servait à financer des expériences qui n’avaient rien à voir avec le quotidien des Montréalais.

Pendant que certains comptaient leurs dollars à l’épicerie, à l’hôtel de ville, on commandait du vin.

Pendant que des travailleurs attendaient un autobus qui ne passait pas, on servait du champagne.

Pendant que Montréal s’enfonçait dans le désordre, les contribuables ont aussi découvert l’envers du décor : une série de dépenses qui ont choqué même les plus cyniques. Le fameux souper à Vienne n’est pas une un fait isolé.

Des repas à répétition, des tables dans des restaurants haut de gamme, du champagne, des additions salées, une culture où l’argent des contribuables servait trop souvent à bien manger pendant que la ville, elle, se détériorait.

Et aujourd’hui, voir cette même mairesse venir analyser le “chaos urbain” ailleurs dans le monde, après avoir trinqué à répétition pendant que Montréal s’enlisait, c’est une image qui passe difficilement.

Surtout quand on remet les chiffres sur la table.

Un salaire annuel de 221 299 $, soit environ 18 400 $ par mois, plus de 600 $ par jour, sept jours sur sept. Une rémunération parmi les plus élevées du monde municipal québécois.

À cela s’ajoute une indemnité de départ de 310 013 $. Un record. La plus élevée jamais versée à Montréal.

Plus de 310 000 $ pour partir.

Pendant que la ville traîne encore les conséquences de décisions mal coordonnées, pendant que les infrastructures se détériorent, pendant que la pression fiscale augmente, pendant que les citoyens paient plus pour moins de services.

Et c’est là que l’émission devient difficile à avaler.

Parce que dans la bande-annonce, on voit Valérie Plante visiter un bidonville en Amérique latine, observer, analyser, poser un regard presque sociologique sur la réalité urbaine. On nous parle de « militante », d’« authenticité », de compréhension des dynamiques citoyennes.

Mais comment ne pas voir le décalage?

Comment ne pas voir l’image d’une ancienne mairesse qui quitte une ville critiquée pour son désordre, ses retards, ses incohérences… et qui s’érige ensuite en observatrice du désordre ailleurs?

C’est comme si on demandait à quelqu’un qui a échoué un chantier de venir expliquer aux autres comment bâtir.

Et ce qui alimente encore plus la colère, c’est le sentiment que rien n’a été assumé.

Pas sur les dépenses.

Pas sur les absences.

Pas sur les décisions.

Même dans ses propres mots, elle parle d’avoir été un « paratonnerre ». Comme si la critique était un phénomène extérieur, presque injuste, presque abstrait.

Mais la critique ne sort pas de nulle part.

Elle vient des citoyens.

Elle vient de ceux qui ont payé.

Parce que tout ça — le salaire, les soupers, les déplacements, les indemnités — ce n’est pas de l’argent abstrait. C’est de l’argent réel. L’argent des taxes, des amendes, des parcomètres, des frais de stationnement, des hausses de tarifs.

Chaque contravention.

Chaque heure de stationnement payée.

Chaque augmentation de taxes.

Tout ça alimente le système.

Et aujourd’hui, ce système a payé une indemnité record à une mairesse qui s’apprête à commenter les erreurs des autres villes.

C’est là que le sentiment de malaise devient profond.

Parce qu’on n’est plus seulement dans la critique politique.

On est dans une critique sociale.

Dans l’impression qu’il existe deux réalités parallèles :

D’un côté, des citoyens qui subissent les décisions, qui paient, qui s’adaptent, qui encaissent.

De l’autre, une classe politique qui circule, consomme, voyage, puis se recycle dans les médias pour analyser le monde.

Et Montréal, dans tout ça, reste derrière.

Une ville qui a perdu des occasions.

Une ville qui s’est compliquée.

Une ville qui donne parfois l’impression de tourner en rond.

Et au lieu d’un bilan clair, au lieu d’une remise en question, au lieu d’un moment de recul, on assiste à une transition presque fluide vers une nouvelle plateforme.

La télévision.

Comme si rien ne s’était passé.

Comme si huit ans pouvaient être résumés en une émission.

Comme si le chaos pouvait devenir un sujet de contenu.

Le problème, ce n’est pas qu’elle fasse de la télévision.

Le problème, c’est le timing.

Le problème, c’est le contraste.

Le problème, c’est la mémoire.

Parce que les Montréalais, eux, n’ont pas oublié.

Ils n’ont pas oublié les routes.

Ils n’ont pas oublié les dépenses.

Ils n’ont pas oublié les absences.

Ils n’ont pas oublié les chiffres.

Et surtout, ils n’ont pas oublié qu’au moment de partir, pendant que la ville tentait encore de se relever, elle, elle a encaissé.

310 000 $.

Et maintenant, elle va nous expliquer le chaos.

C’est peut-être ça, au fond, le vrai symbole de cette époque : une ville qui vit ses problèmes pendant que ceux qui les ont gérés prennent du recul… pour en faire un sujet d’émission.