Il y a une ligne extrêmement mince entre la confiance et l’arrogance. Entre l’émotion et la provocation. Entre montrer de la personnalité… et manquer de jugement.
Vendredi soir, Gavin McKenna a choisi son camp.
Après avoir inscrit un but contre Ohio State, la vedette de Penn State a traversé la glace en imitant la célèbre démarche de Conor McGregor, le fameux “strut” du combattant irlandais.
Gavin McKenna is the coolest kid in hockey https://t.co/Ea0h1u0rIL
— Mike Grinnell (@MikeGrinnell_) February 21, 2026
Une célébration théâtrale, assumée, préparée d’avance. McKenna l’a lui-même admis : il en avait parlé à ses parents la veille au téléphone. « Su je marque, je le fais. »
Il savait.
Il avait planifié.
Et c’est précisément ce qui rend le geste encore plus discutable.
Parce que ce n’est pas arrivé dans le vide. Ce n’est pas un jeune anonyme qui célèbre un but sans contexte. C’est un joueur qui revient à la maison pour la première fois depuis qu’il a été accusé de deux chefs d’accusation d’agression à la suite d’un incident survenu le 31 janvier, à l’extérieur d’un bar de State College, après le match extérieur au Beaver Stadium.
Rappelons les faits.
Selon les rapports policiers, McKenna aurait frappé un homme de 21 ans au visage à deux reprises. La victime a subi plusieurs fractures de la mâchoire, trois dents cassées et a dû subir une chirurgie.
L’altercation aurait découlé d’un échange verbal entre les groupes respectifs. Au départ, il faisait face à une accusation criminelle majeure de voies de fait graves, accusation qui a été retirée après révision vidéo, les procureurs estimant qu’il n’y avait pas d’intention de causer des lésions corporelles graves.
Mais attention.
Il fait toujours face à une accusation de voies de fait simples, ainsi qu’à des infractions sommaires pour harcèlement et trouble à l’ordre public. Le dossier n’est pas fermé. Il est toujours dans le système judiciaire. Il y a toujours une audience préliminaire. Il y a toujours une controverse active.
Et dans ce contexte-là, tu ne fais pas le "McGregor stru"t.
Tu ne fais pas ça.
Oui, McKenna a été spectaculaire sur la glace. Huit points en un match. Sept passes — un record du programme et un record du Big Ten. Une performance historique. Dominante. Électrisante. Il a détruit les feuilles de statistiques.
Mais le problème n’est pas la performance.
Le problème, c’est le timing.
Quand tu viens de traverser la tempête médiatique la plus violente de ta jeune carrière. Quand ton nom a été associé à des accusations criminelles.
Quand ton équipe, ton université, tes entraîneurs et ta famille ont dû répondre à des questions embarrassantes. Quand des images ont circulé. Quand ta mère a été mêlée publiquement à l’histoire.
Tu joues au hockey.
Tu marques.
Tu célèbres sobrement.
Tu rentres au banc.
Tu remercies tes coéquipiers.
Tu fais preuve d’humilité.
Ce n’est pas compliqué.
Au lieu de ça, McKenna choisit de faire référence à un combattant de l’UFC connu pour sa provocation, son "trash talk", ses excès. Et ce n’était même pas spontané : il avait dit à ses parents qu’il le ferait s’il marquait.
Ses parents.
Ce détail frappe.
Parce qu’à 18 ans, quand tu viens de mettre ta famille au cœur d’une controverse judiciaire, la priorité devrait être de la protéger, pas d’en rajouter. Pas de donner une nouvelle image à tourner en boucle sur les réseaux sociaux.
Oui, il a dit qu’il était « émotif ». Oui, il a parlé de « montrer de la personnalité ». Oui, il a mentionné que la glace était son « getaway » pendant que sa vie est turbulente.
Gavin McKenna talks about his McGregor celebration after his goal against Ohio State.
— Evan Smith (@EvanRGSmith) February 21, 2026
“There’s a lot going on in my life…. but being out there on the rink is my happiness”
“I thought I’d show some personality” pic.twitter.com/TYhWsC3XdP
On peut comprendre qu’un jeune cherche une échappatoire.
Mais maturité et talent ne vont pas toujours ensemble.
Et là, ce qu’on a vu, ce n’est pas de la maturité.
La section étudiante, The Roar Zone, a embarqué. Chants adaptés à la sauce McGregor.
« There’s only one Gavin McKenna… walking in McKenna Wonderland. »
Même des références à Dustin Poirier, rival de McGregor. L’ambiance était électrique. Théâtrale.
Mais ce n’est pas l’UFC.
C’est du hockey universitaire.
Et surtout, c’est un joueur qui tente de rebâtir son image.
Ce genre de célébration, dans un autre contexte, aurait pu passer pour du divertissement. Là, ça sonne comme un défi lancé au monde entier. Comme si rien ne l’atteignait. Comme si la controverse n’avait aucune leçon à offrir.
Et c’est ça qui dérange.
Parce que ce kid-là est projeté comme un potentiel premier choix au total en 2026. Il est supposé être le visage d’une franchise, un leader, un modèle. Les recruteurs regardent tout. Les directeurs généraux regardent tout. Les propriétaires regardent tout.
Le talent est indiscutable.
Mais le jugement?
C’est là que la discussion commence.
Tu peux défendre le fait qu’il ait réagi lors de l’altercation initiale. Plusieurs ont souligné qu’il aurait agi après des insultes visant sa mère. La vidéo a mené au retrait de l’accusation majeure. Soit.
Mais après ça, tu dois comprendre la gravité de la situation.
Tu dois comprendre que ton image est fragile.
Tu dois comprendre que tu représentes plus que toi-même.
Tu représentes une université.
Un programme.
Un vestiaire.
Une famille.
Et possiblement une future organisation de la LNH.
Ce n’est pas une question de "cancel culture". Ce n’est pas une chasse aux sorcières. C’est une question de responsabilité.
Quand tu viens de passer à deux doigts de voir ton avenir professionnel menacé par une accusation criminelle, tu n’imites pas un combattant controversé en paradant sur la glace comme si tu venais de gagner un combat de cage.
Tu gardes la tête basse.
Tu laisses ton jeu parler.
Tu montres que tu as appris.
Vendredi, McKenna a montré qu’il est capable d’être dominant, transcendant même. Mais il a aussi montré qu’il est encore très jeune.
Trop jeune, peut-être, pour comprendre que le silence et l’humilité sont parfois plus puissants qu’une démarche arrogante.
Le talent peut te propulser au sommet.
Le caractère décide si tu y restes.
Et en ce moment, Gavin McKenna marche sur une corde raide.
Pas à cause de ses points.
À cause de ses choix.
