Ce qui est en train de se jouer en ce moment entre la LNH et TVA Sports n’est pas une simple négociation de droits télé. C’est une bombe. Une vraie.
Et plus les jours passent, plus elle expose une réalité que tout le monde refusait de regarder en face : le modèle du hockey en français est en train de craquer de partout.
Dans les faits, tout est déjà réglé du côté anglophone. Avec un abonnement à TSN et Sportsnet, un partisan peut voir tous les matchs du Canadien de Montréal. C’est simple, clair, structuré.
Mais du côté francophone, c’est le chaos. Selon ce que rapporte Jérémy Filosa, la situation est devenue à un point où même le Canadien commence à s’inquiéter sérieusement.
Parce que si on se retrouve avec un mélange de télévision traditionnelle et de streaming pour compléter la grille, on va créer un système où il faudra potentiellement trois abonnements en français pour voir ce que deux suffisent à offrir en anglais.
Et dans ce scénario, la conclusion est évidente : une partie des partisans va simplement basculer vers l’anglais pour économiser.
Developing language story in Quebec.
— Elias Makos (@eliasmakos) March 30, 2026
French broadcasting rights for the Montreal Canadiens next season have yet to be determined.
In English, situation is set. You subscribe to TSN and Sportnet, you can watch all the games.
In French, it’s much more complex. Sources tell…
Et ça, pour le Canadien comme pour la LNH, c’est inacceptable.
Parce que pendant que le produit anglais est stable et rentable, le produit francophone, lui, est en train de devenir un casse-tête financier.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. RDS perd environ 500 000 dollars par match diffusé. C’est énorme. Tellement énorme que la chaîne a déjà réduit son implication, passant d’une soixantaine de matchs à 45, simplement pour limiter les dégâts. Et malgré ça, la rentabilité n’est plus au rendez-vous.
De l’autre côté, la situation de TVA Sports est encore plus critique. Depuis son entrée dans le marché, le réseau a englouti des centaines de millions de dollars. Entre 250 et 300 millions de pertes, selon les estimations.
Et le dernier contrat avec la LNH a aggravé la situation au point où même Pierre Karl Péladeau a reconnu que le modèle ne tenait plus.
TVA Sports n’a tout simplement plus les moyens de payer pour les droits nationaux, surtout dans un contexte où les coûts explosent avec des ententes comme celle de 11 milliards signée par Rogers.
Pierre Karl Péladeau négocie en position de faiblesse et tout le monde le sait, y compris la LNH. Après avoir encaissé des pertes massives avec le précédent contrat, il n’a tout simplement plus la marge de manœuvre pour payer le prix du marché, alors il tente de faire baisser la facture au maximum, de gratter chaque dollar, de convaincre qu’un rabais est justifié par la réalité du marché québécois.
Comme... une mendiant...
Le problème, c’est que la ligue, elle, sort d’une entente de 11 milliards avec Rogers et n’a aucune raison d’accepter un discount majeur pour le volet francophone.
Lebras de fer s’étire, parce qu’un côté essaie de sauver ce qui peut encore l’être, pendant que l’autre refuse de liquider un produit qui reste extrêmement précieux.
Et pendant que ça bloque, pendant que rien n’est signé, tout le monde comprend ce qui se joue en coulisses : TVA Sports ne peut plus payer le vrai prix, alors elle tente de revenir dans le portrait à rabais, quitte à étirer les négociations au maximum.
Et pourtant, la LNH aimerait que TVA Sports reste dans le portrait. Pas par charité, mais par stratégie. Parce que la compétition entre RDS et TVA Sports fait monter les enchères. Elle protège la valeur des droits. Elle maintient un semblant de marché. Et fait jaser une province... sur deux chaînes.
Mais cette compétition-là, aujourd’hui, repose sur du vide.
On en est rendu à envisager des scénarios qui auraient été impensables il y a quelques années. Comme celui évoqué par Filosa : voir Sportsnet produire du contenu en français, possiblement avec une description en studio adaptée pour le marché québécois.
Jeremy Filosa vient de parler des futurs droits de télévision des matchs du Canadien la saison prochaine avec Tony Marinaro. Comme il dit, il commence à être tard.
— Kevin Lefrançois (@KevinLefrancois) March 30, 2026
Selon ce qu’il a entendu, le CH est très réticent à l’idée des matchs en streaming sachant que les matchs en…
Ouch. Confier indirectement la diffusion francophone à un géant anglophone, faute de solution viable? C'est la honte.
C’est là que le malaise devient profond.
Parce que ce n’est plus seulement une question d’argent. C’est une question d’image. Une question d’identité. Une question de rapport de force.
Pendant que l’argent circule à flots dans le marché anglophone, le Québec donne l’impression de quémander une solution, de tenter de négocier à rabais, de bricoler un modèle pour simplement rester dans le jeu.
Et ça renvoie une image extrêmement dure : celle d’un marché incapable de soutenir son propre produit phare.
Pendant ce temps, les symptômes sont déjà visibles à l’écran. TVA Sports multiplie les placements de produits maladroits, intègre des commandites directement dans ses segments d’analyse, brouille la ligne entre contenu et publicité.
Honte publicitaire: les téléspectateurs ne pardonneront jamais à TVA Sports https://t.co/ZnQTC7RfPo
— hockey30.com (@HOCKEY30_com) March 1, 2026
Ce n’est pas un choix éditorial. C’est une nécessité financière. Et si, par miracle, TVA Sports mettait la main sur une portion des droits nationaux, la pression serait encore plus forte. Ce qu’on voit aujourd’hui avec les Reese’s, les beignes ou les pizzas, ce serait simplement amplifié.
Au final, cette négociation expose une vérité que personne ne veut dire trop fort : le hockey à la télévision traditionnelle n’est plus rentable au Québec.
Trop cher à produire, trop cher à acheter, pas assez de revenus pour soutenir le modèle. Et pendant que tout le monde tente de sauver les apparences, le temps file. Comme le dit Filosa, il commence à être tard.
Très tard.
