La victoire était là. Le pointage aussi. Mais la confiance, elle, n’y était pas. Et ça, tout le monde l’a senti au Centre Bell mardi soir.
Les Canadiens de Montréal ont battu les Maple Leafs de Toronto 3 à 1. Sur papier, c’est une victoire propre, une victoire importante dans la course aux séries.
Mais dans la réalité du match, dans la perception médiatique, dans le discours des analystes à RDS et à TVA Sports, ce gain n’a convaincu absolument personne. Au contraire. Pour plusieurs observateurs, cette soirée a surtout exposé les fissures d’un club qui gagne… sans vraiment rassurer.
Le début du match aurait pourtant dû mener à une humiliation totale des Maple Leafs. Pendant vingt minutes, les Canadiens ont dominé outrageusement. Les chiffres sont presque gênants pour Toronto.
Montréal a terminé la première période avec 18 tirs au but, dont neuf provenant directement de l’enclave. Encore plus révélateur : les chances dangereuses étaient de 10 contre 3 en faveur du Tricolore.
À ce moment-là, le match aurait dû être terminé.
Les Maple Leafs de Toronto arrivaient à Montréal complètement brisés, incapables de gagner depuis huit matchs. Une équipe qui semblait perdue, désorganisée, fragile mentalement.
Les partisans du Centre Bell ont rapidement compris pourquoi cette formation traverse l’une des pires séquences de sa saison.
Et pourtant… le Canadien n’a jamais réussi à assommer son adversaire.
Olivier Kapanen a marqué son 20e but et son boni de 250 000 dollars:
Oliver Kapanen. Recrue. 20 buts.
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Oliver Kapanen. Rookie. 20 goals.#GoHabsGo pic.twitter.com/q0WyJVW3H3
Phillip Danault a doublé l'avance après avoir profité d’un rebond chanceux sur la bande, mais l’avance ne reflétait absolument pas la domination montréalaise.
UNE TITE POINTE POUR PHIL
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) March 10, 2026
PIZZA PARTY #GoHabsGo pic.twitter.com/Rp9jcJCA4C
Montréal contrôlait la rondelle, Montréal contrôlait le territoire, Montréal contrôlait le rythme… mais Montréal n’arrivait pas à finir le travail.
C’est exactement le genre de scénario qui rend les analystes nerveux.
Parce que quand tu ne tues pas un adversaire vulnérable, tu lui donnes une deuxième vie.
Et c’est exactement ce qui est arrivé.
Au retour de l’entracte, les Maple Leafs ont soudainement trouvé un peu d’énergie. Un ralentissement montréalais, une punition à Lane Hutson et un revirement coûteux de Noah Dobson ont complètement changé le momentum.
William Nylander en a profité pour réduire l’écart et, pendant quelques minutes, le match a soudainement basculé.
Toronto a même réussi une séquence de neuf tirs consécutifs sans riposte.
Le Canadien dominait 21-6 auparavant… et soudainement, c’est Jakub Dobes qui devait sauver les meubles.
Le jeune gardien a multiplié les arrêts importants, notamment face à Auston Matthews, copieusement hué par la foule montréalaise, mais aussi contre Jake McCabe et Matias Maccelli. Sans Dobes, cette soirée aurait facilement pu déraper.
Jake Evans a sauvé les siens en marquand dans un filet désert:
Très bien. Très très bien
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) March 11, 2026
Very nice, very nice#GoHabsGo pic.twitter.com/QiF5RgcwMg
Ce genre de scénario n’a évidemment pas échappé aux analystes.
Et à TVA Sports, Renaud Lavoie n’a pas mâché ses mots.
Pendant son segment « Mise en échec » à l’émission JiC, il a carrément remis en question la direction que prend le Canadien.
« Il y a des problèmes », a-t-il lancé sans détour.
Selon lui, plusieurs joueurs du Canadien traversent des moments extrêmement difficiles. Mike Matheson, par exemple, était sur la glace lors de plusieurs buts des Kings de Los Angeles quelques jours plus tôt. Oliver Kapanen, lui, connaît un sérieux ralentissement offensif après un début de saison prometteur. (il lui a fermé la bouche en marquant son but).
Et le problème est plus profond que ça.
Même les victoires du Canadien semblent fragiles.
Les statistiques des derniers matchs sont révélatrices. Montréal affiche un dossier impressionnant de 6-1-3 à ses dix dernières rencontres. Mais Martin St-Louis lui-même l’a admis : l’équipe ne joue pas comme une formation qui domine.
« Je regarde nos 10 derniers matchs, on est 6-1-3, mais on ne joue pas comme 6-1-3 », a reconnu l’entraîneur.
Pour St-Louis, le problème est clair : le Canadien n’a plus assez la rondelle.
Le club ne force plus assez de revirements, ne contrôle plus le jeu en zone neutre et perd trop souvent la bataille de possession. Défensivement, l’équipe commence à se faire étirer dangereusement.
Bref, la structure commence à craquer.
Et selon Renaud Lavoie, il ne faut pas se faire d’illusions.
« Les dieux du hockey, tu ne peux pas les niaiser trop longtemps. »
Le message est brutal, mais il résume parfaitement l’ambiance autour du Canadien en ce moment. Oui, l’équipe gagne. Oui, les points s’accumulent. Mais les performances, elles, laissent encore énormément de doutes.
Et cette victoire contre Toronto en est l’exemple parfait.
Parce que même dans un match dominé, même contre une équipe complètement en crise, même avec un Centre Bell en délire… le Canadien n’a jamais donné l’impression de contrôler pleinement son destin.
Et la soirée a même pris une tournure inquiétante lorsque Cole Caufield est resté au banc car il était malade.
Cole Caufield looking a bit uncomfortable at the end of the 2nd period.
— /r/Habs (@HabsOnReddit) March 11, 2026
He missed at least two shifts. pic.twitter.com/Azc5aBTJuv
L’attaquant vedette n’a disputé que cinq présences en deuxième période, pour un total de 2 minutes et 50 secondes de jeu. Sa dernière présence régulière s’est limitée à un bref quart de minute de 23 secondes avant qu’il ne disparaisse du banc.
Il n’est revenu que pour une seule chose : l’avantage numérique en troisième période.
Pour le reste, il a regardé le match assis.
Une image qui a immédiatement inquiété tout le monde. Tout le monde pensait qu'il était blessé.
Parce que Caufield n’est pas simplement un bon joueur dans cette équipe. Il est le franc-tireur du Canadien. L’arme offensive principale. Un marqueur de 37 buts et 64 points en 62 matchs cette saison.
Si le numéro 13 devait manquer du temps, les conséquences pourraient être énormes dans la course aux séries.
D’autant plus que le Canadien doit déjà repartir sur la route immédiatement pour affronter les Sénateurs d’Ottawa.
Pendant ce temps, certains éléments positifs ont tout de même émergé. Le trio d’Olivier Kapanen, Alex Newhook et Ivan Demidov a généré plusieurs occasions dangereuses. Kapanen a inscrit son 20e but de la saison, devenant seulement la sixième recrue du Canadien en trente ans à atteindre ce plateau.
Demidov, lui, a été particulièrement actif, remportant plusieurs batailles le long de la bande.
Lane Hutson a aussi ajouté un autre exploit historique à son début de carrière spectaculaire. Avec sa 116e mention d’aide, il est devenu le défenseur le plus productif de l’histoire de la LNH pour les passes lors des 150 premiers matchs.
Il dépasse ainsi Sergei Zubov.
Mais malgré tout ça… malgré les exploits individuels… malgré la victoire… le sentiment dominant autour du Canadien reste le même.
Personne n’est totalement convaincu.
Ni à RDS.
Ni à TVA Sports.
Ni dans les gradins.
Parce que quand une équipe domine autant un adversaire fragile et qu’elle doit quand même s’accrocher jusqu’à la fin pour protéger une mince avance… ça laisse forcément un goût étrange.
Et c’est exactement ce qui flotte autour du Canadien de Montréal en ce moment.
Une équipe qui gagne.
Mais une équipe qui n’a pas encore réussi à convaincre qu’elle est réellement prête pour la guerre des séries.
