Irrespirable: Martin St-Louis tendu pour Samuel Montembeault

Irrespirable: Martin St-Louis tendu pour Samuel Montembeault

Par David Garel le 2026-02-04

Il y avait quelque chose de lourd, de presque irrespirable, dans l’air lors de la dernière disponibilité médiatique de Martin St-Louis.

Pas seulement de la fatigue.

Pas seulement la pression normale d’un calendrier chargé.

Non.

On sentait un entraîneur qui marchait sur des œufs. Un coach qui savait très bien que l’un de ses joueurs et pas n’importe lequel était en train de vivre le moment le plus fragile de sa carrière.

Parce que ce soir, face aux Jets de Winnipeg, Samuel Montembeault ne joue pas juste un match.

Il joue son avenir avec les Canadiens de Montréal.

Et tout le monde le sait.

On l’a vu dans le regard de St-Louis.

On l’a entendu dans ses réponses courtes, mécaniques, presque défensives.

On l’a senti dans sa façon d’esquiver, de fermer les portes, de refuser d’entrer dans les détails.

Quand on lui demande ce qu’il voit chez son gardien, s’il remarque un changement, s’il parle davantage avec lui dans cette période critique, St-Louis répond sans chaleur :

Il dit qu’il « laisse aller la séquence ».

Il répète qu’il ne parle pas beaucoup de technique.

Il précise qu’il parle à ses gardiens, mais sans ouvrir la moindre fenêtre émotionnelle.

C’est froid.

C’est sec.

« C’est le temps qu’il en joue une. Dobes a fait de l’excellent travail. Monty a travaillé sur ses affaires et on veut lui donner une occasion. »

Derrière ces réponses neutres, il y a une réalité brutale : Montembeault est en chute libre.

La dernière fois qu’on l’a vu devant le filet, c’était contre Boston.

Un match où il s’est littéralement écroulé.

Depuis?

Silence radio.

Plus un mot devant les caméras.

Plus une entrevue.

Plus aucune présence publique.

Il a perdu son poste.

Il a vu son entraîneur des gardiens être congédié.

Et dans le vestiaire, tout le monde sait que cette décision-là, même si personne ne le dira officiellement, est directement liée à l’état catastrophique de la situation devant le filet.

On peut bien parler de « décision organisationnelle ».

On peut bien répéter que ce n’est « pas la faute d’un seul joueur ».

Mais dans le monde réel, celui des joueurs, celui du vestiaire, celui des regards croisés après un but faible… tout le monde comprend.

Quand le coach des gardiens saute, c’est parce que les gardiens ne livrent pas.

Et quand ton entraîneur spécialisé est congédié pendant que toi, tu es cloué au banc, tu le prends sur les épaules. Que tu le veuilles ou non.

C’est exactement ce que vit Montembeault.

Ajoute à ça le fait qu’il a tenté récemment un geste typique d’un joueur à bout de solutions : changer son casque.

Un nouveau masque, chargé visuellement, avec des motifs étranges (squelettes de dinosaures, créatures sombres, esthétique chaotique. Comme si repeindre son identité pouvait réparer une confiance brisée.

À Montréal, ça n’a pas passé.

Les réseaux sociaux se sont déchaînés.

Les partisans ont ri.

Certains ont été cruels.

Parce que tout le monde sait qu’un casque ne fait pas arrêter des rondelles.

Quand un gardien en arrive là, c’est souvent le signe qu’il cherche désespérément quelque chose à quoi s’accrocher.

Pendant ce temps, son remplaçant empile les départs.

Pendant ce temps, l’organisation avance sans lui.

Pendant ce temps, son nom disparaît tranquillement du tableau.

Et maintenant, il doit revenir.

Pas dans un match tranquille.

Pas dans un contexte indulgent.

À Winnipeg.

Sous pression maximale.

Avec tout un marché qui attend de voir s’il va tenir debout.

Selon plusieurs observateurs autour de l’équipe, Montembeault joue littéralement sa carrière ce soir.

Pas juste son statut de numéro deux.

Pas juste son rôle à court terme.

Sa trajectoire complète.

Parce que s’il craque encore…

s’il accorde deux buts faibles…

s’il laisse filer le match…

il n’y aura plus de filet de sécurité.

Il devra répondre aux médias après la rencontre.

Il ne pourra pas se cacher.

Il ne pourra pas éviter les caméras.

Et psychologiquement, c’est immense.

On parle d’un gardien déjà fragilisé.

D’un joueur qui a perdu son poste.

D’un homme qui porte maintenant, à tort ou à raison, le poids du congédiement d’un membre du personnel.

Même Martin St-Louis le sait.

On l’a vu en conférence.

Il était tendu.

Protecteur, sans être rassurant.

Présent, sans être chaleureux.

Comme un coach qui essaie de garder le contrôle d’une situation qui lui échappe.

Parce que dans cette histoire, il n’y a plus de zone grise.

Soit Montembeault répond présent.

Soit Montréal tourne la page.

Et dans une ville comme celle-ci, quand le filet t’échappe… ce n’est jamais seulement le filet que tu perds.

C’est tout ce qui vient avec.