Ivan Demidov fait suer Kent Hughes.
La nomination d’Ivan Demidov comme recrue du mois de décembre dans la LNH appartient clairement à la catégorie "je veux faire sauter la banque".
Oui, c’est une célébration. Oui, c’est mérité. Mais c’est aussi un signal d’alarme contractuel, un rappel brutal que chaque point de plus, chaque palmarès intermédiaire, chaque ligne statistique ajoutée rapproche le Canadien d’une négociation beaucoup plus coûteuse qu’on voudrait bien l’admettre.
Les chiffres, cette fois, ne laissent aucune place à l’interprétation. En décembre, Demidov a récolté 14 points en 15 matchs, un total qui le place au premier rang de toutes les recrues de la LNH pour le mois.
Dans le détail, il a dominé la ligue chez les recrues pour les passes (1er: 10), les passes à forces égales (1er: 7) et les points à forces égales (1er: 10).
Il a aussi terminé 2e ex æquo pour les passes en avantage numérique (3) et les points en avantage numérique (4), 4e ex æquo pour les buts (4) et 5e ex æquo pour les buts à forces égales (3).
Ce n’est pas une poussée artificielle, ni une séquence gonflée par un calendrier favorable : c’est une domination transversale, dans toutes les situations de jeu.
Depuis le début de la saison, le portrait devient encore plus parlant. Avant les matchs du 1er janvier, Demidov occupait le premier rang parmi toutes les recrues de la LNH avec 33 points (10 buts, 23 passes) en 39 matchs.
Il est 1er chez les recrues pour les passes (23), les passes à forces égales (15) et le taux d’efficacité de ses tirs (18,9 %, minimum un tir par match).
Il est 2e pour les points à forces égales (23), 2e pour les passes en avantage numérique (8) et 2e ex æquo pour les points en avantage numérique (10). Il est aussi 2e ex æquo pour les buts gagnants (2), 3e pour les buts totaux (10) et 3epour les buts à forces égales (8).
Il ne triche pas avec la feuille de pointage. Il produit partout, tout le temps, et contre tous les types d’adversaires.
Ce rendement place Demidov dans une compagnie extrêmement sélecte dans l’histoire récente du Canadien. Depuis le début du 21e siècle, seulement trois recrues du CH ont fait mieux que lui en un seul mois civil : Michael Ryder (16 points en janvier 2004), Cole Caufield (15 points en mars 2022) et Lane Hutson (15 points en mars 2025).
Et dans le cas de Hutson, on sait comment l’histoire s’est terminée : un trophée Calder… puis un contrat massif qui n’a laissé aucune marge de manœuvre sentimentale à l’organisation. Et Hutson a accepté un rabais monstre avec son contrat de 8 ans et 8,85 M$ par année.
Mais selon ce qui circule en Russie, Demidov n'a aucune intention d'offrir un rabais à Kent Hughes. On connaît le style russe de vouloir toucher le plus de "cash" possible.
C’est là que le malaise s’installe. Parce que pendant que Demidov empile les statistiques à Montréal dans un contexte parfois instable (minutes variables, rôle mouvant, trios qui changent), ses rivaux directs dans la course aux honneurs individuels bénéficient de conditions beaucoup plus favorables.
Beckett Sennecke, par exemple, a terminé décembre avec 11 points (5 buts, 6 passes) en 15 matchs, en évoluant aux côtés de Mason McTavish et Cutter Gauthier à Anaheim.
Matthew Schaefer, à New York, affiche 22 points et joue en moyenne 23 min 36 s par match à seulement 18 ans, avec un rôle défini et une confiance totale. Malgré ça, Demidov reste au cœur de la course, statistiquement et narrativement.
Et chaque ligne de plus sur cette feuille de pointage vient compliquer un peu plus la suite. Parce que Demidov sera admissible à une prolongation dès l’été prochain, avec une seule année restante à son contrat d’entrée.
Et contrairement à certains précédents à Montréal, on le répète: rien n’indique qu’il sera ouvert à un rabais stratégique.
Les signaux qui circulent sont limpides : le clan Demidov observe la ligue, compare les contrats, analyse les tendances, et voit très bien que des joueurs de ce calibre-là ne se signent plus à prix réduit.
Quand tu vois que Logan Cooley a signé pour 10 M$ par année, il est clair que l'agent de Demidov, Dan Milstein, veut atteindre le chiffre magique des deux chiffres.
Avec un rythme de production de 0,85 point par match à 20 ans, une efficacité de tir proche des 19 %, une capacité à produire à forces égales comme en avantage numérique, et maintenant un trophée mensuel officiel de la LNH en poche, Demidov se bâtit un dossier contractuel en béton armé.
Un dossier qui pourrait justifier, sans forcer, une demande autour de 9,5 à 10 millions par saison sur le long terme si la progression se maintient.
Martin St-Louis a arrêté de jouer au yo-yo avec son prodige offensif, alors le levier risque de devenir incontrôlable, parce que la production, elle, continue malgré tout.
C’est toute l’ironie de la situation. On célèbre aujourd’hui la recrue du mois. Peut-être le futur gagnant du trophée Calder. On souligne la fierté. Mais en coulisses, chaque statistique ajoutée éloigne un peu plus le scénario d’un contrat “raisonnable” et rapproche celui d’une négociation musclée, froide, purement basée sur le marché.
Purement... russe...
Demidov n’est plus un projet. Il est un actif majeur. Et les actifs majeurs, dans la LNH moderne, ne se paient pas avec des slogans à la Kent Hughes, du genre "sacrifie ton portefeuille pour le groupe".
Quand tu vois que Kirill Kaprizov a signé pour 17 M$ par année, alors on se dit que Kent Hughes est dans le trouble.
Le Canadien savoure d'avoir un prodige, et il a raison. Une distinction comme la recrue du mois, ça ne se banalise pas.
Mais pendant que les partisans applaudissent, Kent Hughes sait déjà que le vrai match commence ailleurs, loin des projecteurs, avec une calculatrice à la main.
Parce qu’Ivan Demidov, chiffres à l’appui, est en train de devenir exactement ce que toutes les équipes craignent et convoitent à la fois : une recrue trop bonne, trop vite, pour être signée à rabais.
