On aurait pu croire à une fin de conte de fées. Jacob Fowler, jeune prodige de 20 ans, le Carey Price 2.0, a officiellement signé un contrat d’essai professionnel avec le Rocket de Laval et son contrat d'entrée avec le Canadien de Montréal valide à partir de la saison prochaine.
Il rejoindra donc les rangs de la Ligue américaine pour terminer la saison 2024-2025… et le monde du CH respire enfin.
Ce qui s’est joué en coulisses ces derniers jours, c’est une véritable guerre froide entre le clan Fowler et l’état-major montréalais.
Et si la paix est revenue à la surface, la réalité est bien plus crue : Jacob Fowler voulait être à Montréal. Il voulait aider le Canadien à faire les séries, maintenant.
Il voulait brûler une année de contrat d’entrée, comme Lane Hutson l’a fait l’an dernier pour deux matchs de saison. Il voulait ce que plusieurs dans son entourage voyaient comme un passage obligé vers les grandes ligues.
Mais Kent Hughes a dit non.
Et Jacob Fowler, malgré l’insistance de son agent, a dû ravaler son orgueil, faire la paix avec la patience… et choisir Laval.
Tout a éclaté lorsque l’informateur Cam Robinson a lâché la bombe : Jacob Fowler, contre toute attente, retournerait à Boston College pour une autre saison universitaire. Un électrochoc. Montréal est tombée de sa chaise.
Les fans du CH espéraient voir leur nouveau joyau débarquer à Laval pour dominer les séries et se rapprocher du filet du Centre Bell.
Au lieu de ça, la rumeur de retour à l’université sonnait comme un message clair : le camp Fowler était frustré. Les négos bloquaient. Et surtout, l’idée de forcer la main au CH pour brûler une année de contrat d’entrée avait échoué.
Car c’était bien ça, le nerf de la guerre.
Jacob Fowler n’est pas un espoir ordinaire. Depuis sa sélection au 69e rang en 2023, il a tout gagné ou presque. Deux saisons exceptionnelles à Boston College, des statistiques étincelantes, une attitude de champion, une confiance inébranlable. Dans sa tête, et celle de plusieurs recruteurs, il est déjà prêt pour la LNH.
Et ses coéquipiers à Boston College? Ryan Leonard s’en va dans la LNH. Gabriel Perreault aussi. Fowler ne voulait pas rester derrière. Il se voyait comme eux, apte à faire le saut maintenant.
Son agent – que plusieurs décrivent comme « ambitieux à l’excès » – a tenté de forcer la main à Kent Hughes. Un contrat d’entrée, tout de suite.
On le signe. On le fait jouer. On brûle une année. Le CH a besoin d’un gardien. Dobes n’est pas prêt. Montembeault est à bout de souffle. Primeau est instable. Fowler aurait pu sauver la mise.
Mais Hughes a tenu bon.
Kent Hughes n’a pas tremblé. Pas question de créer une dynamique à trois gardiens à Montréal. Pas question de sacrifier une année de contrat pour un espoir, aussi bon soit-il.
Et surtout, pas question de briser le développement d’un gardien de 19 ans en lui mettant une pression démesurée dès maintenant.
Ce n’est pas qu’il ne croit pas en Fowler. Au contraire. Mais Hughes est un stratège. Et il savait que s’il cédait, il ouvrait la porte à un précédent dangereux.
On se souvient de ce qui s’est passé avec Lane Hutson : deux matchs pour brûler une année. Une anomalie. Une décision critiquée. Et cette fois, il ne voulait pas reproduire l’erreur.
Alors il a proposé ce que Carey Price avait fait : un contrat d’essai à Laval. L’été venu, on signe le contrat d’entrée. Trois belles années de contrôle. Pas de brûlure. Pas de drame.
Mais encore fallait-il que Fowler accepte.
Pendant 48 heures, Montréal a retenu son souffle. Et puis, Pierre LeBrun a calmé le jeu : le clan Fowler allait accepter. Il rejoindra Laval. Il aidera le Rocket en séries.
Et à ce moment-là, on a compris une chose : Kent Hughes avait gagné la guerre. L’agent de Fowler a plié. Le joueur aussi. Le DG du Canadien a protégé ses actifs, son développement et son vestiaire.
Mais à quel prix?
Jacob Fowler aurait pu claquer la porte. Il aurait pu retourner à Boston, attendre 2027 et devenir joueur autonome comme le permet la convention collective NCAA. Il ne l’a pas fait.
Il a accepté Laval. Il a accepté de patienter. Il a accepté de faire confiance au plan du CH.
Et ça, il faut le souligner.
Car à 20 ans, ce n’est pas évident. Surtout quand tu sais que tu pourrais déjà être dans la LNH. Surtout quand tu vois que le club a besoin de toi. Surtout quand tu es convaincu d’être meilleur que Dobes.
Mais Fowler a marché sur son orgueil. Il a mis l’équipe avant son ambition. Et même si c’est Kent Hughes qui sort vainqueur, c’est Fowler qui a montré de la grandeur.
Le Rocket est en séries. Marco Marciano, le coach des gardiens là-bas, est reconnu pour son approche moderne et sa capacité à faire éclore les jeunes. À Laval, Fowler sera entre bonnes mains.
Pas de pression médiatique. Pas de guerre de gardiens. Juste du développement pur et simple. Exactement ce qu’il faut.
Mais dans le vestiaire du Rocket et du Canadien, les choses seront claires : le futur, c’est Jacob Fowler. Dobes le sait. Primeau le sait. Montembeault, surtout, le sent. Et à partir de maintenant, chaque entraînement, chaque match, chaque arrêt comptera.
Parce que Fowler arrive.
Cette saga laisse des traces. Elle a révélé les tensions, les ambitions et les stratégies des deux clans. Elle a montré que le CH n’est plus géré avec les émotions d’autrefois. Kent Hughes dirige avec sang-froid, même dans les moments tendus.
Mais elle a aussi montré que Jacob Fowler est un vrai. Un gars d’équipe. Un gagnant dans l’âme.
Alors aujourd’hui, Montréal peut souffler. Fowler arrive à Laval. Et bientôt, ce sera au Centre Bell.
Mais n’oublions jamais ce qui s’est passé. Car cette guerre froide, bien que terminée, a redéfini la façon dont le Canadien gère ses joyaux.
Et cette fois, c’est le DG qui a eu le dernier mot.