Disparition de Jonathan Drouin: une triste histoire

Disparition de Jonathan Drouin: une triste histoire

Par David Garel le 2026-01-16

Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans ce qu’est en train de vivre Jonathan Drouin à Long Island.

Parce que tout, absolument tout, rappelle le film de Montréal. Les mêmes silences. Les mêmes précautions verbales. Les mêmes phrases rassurantes. Les mêmes regards de pitié. Et surtout, les mêmes résultats qui ne viennent pas.

Jonathan Drouin a disparu.

Le pauvre n’a pas marqué depuis le 14 novembre. Deux mois sans trouver le fond du filet. 3 buts en 41 matchs. 20 maigres points. Et pourtant, on continue de parler de lui comme d’un joueur « qui joue bien », « qui comprend le jeu », « qui fait les bonnes choses ».

Exactement comme à Montréal. Exactement comme avant que tout s’effondre.

Le problème, ce n’est pas seulement l’absence de buts. Le problème, c’est le discours autour de cette absence. Un discours qui sonne comme une excuse permanente, comme si on avait collectivement décidé que Jonathan Drouin devait être protégé de toute critique, de toute exigence, de toute responsabilité liée à son contrat de 4 millions de dollars par saison.

Parce que oui, Jonathan Drouin gagne 4 millions par année. Et il en gagnera encore 4 l’an prochain.

Quand Drouin affirme au New York Post :

« Je suis assez vieux pour simplement jouer. Si je marque, je marque. Si je ne marque pas, je ne marque pas »

il ne parle pas comme un joueur affamé. Il ne parle pas comme un joueur en mission. Il parle comme un joueur résigné.

Et quand il ajoute :

« Je ne suis pas de ceux qui vont commencer à lancer 10 fois au filet juste pour en rentrer une »

Ce n’est pas de la maturité. C’est un aveu brutal : il ne forcera rien. Il n’ira pas chercher le but. Il n’ira pas payer le prix. Il va rester en périphérie.

« Beaucoup de gars vont tirer neuf fois au but parce qu’ils n’ont pas marqué depuis un mois ou deux. Moi, je joue simplement le jeu qui est devant moi, et s’il y a un jeu à faire, je le fais.»

«Je me sens bien par rapport à mon jeu», a-t-il ajouté, créant la grogne des partisans des Islanders.

«Évidemment, j’aimerais marquer, apporter davantage de contributions, mais tu dois faire le jeu qui est devant toi.»

Dans une ligue où les marqueurs se créent leurs chances, où les joueurs de top-6 provoquent, dérangent, s’imposent, ce genre de discours est alarmant. Parce qu’il confirme ce que tout le monde voit : Jonathan Drouin n’impose rien à personne.

Patrick Roy le protège… mais à quel prix?

Le coach, fidèle à lui-même, prend le joueur sous son aile. Il parle de processus. De patience. De confiance. De simplicité. Il dit :

« Je lui ai expliqué qu’il devait se concentrer sur les choses qu’il peut contrôler »

« Le résultat finira par venir, j’en suis convaincu »

Le problème, c’est que le résultat ne vient pas. Et ça fait longtemps.

Roy insiste sur l’intelligence de Drouin, sa vision, sa lecture du jeu. Mais à Long Island, les médias commencent à murmurer ce que personne n’ose dire frontalement : Drouin est encore là parce que Roy le veut, pas parce que ses performances l’exigent.

Il a commencé l’année sur le premier trio. Il a glissé au deuxième. Il est toujours sur la première unité de powerplay. Et pourtant, rien ne bouge. Aucun but. Aucun impact décisif. Aucun moment où il change le cours d’un match.

De plus en plus, on parle de favoritisme. Et quand ce mot apparaît, c’est que quelque chose est brisé.

Aujourd’hui, Jonathan Drouin évolue avec Jean-Gabriel Pageau et Anders Lee. Un trio honnête. Un trio travaillant. Mais un trio offensivement stérile.

Drouin n’est pas un moteur là-dedans. Il n’est pas celui qui transporte la rondelle, qui dicte le tempo, qui force la défense adverse à reculer. Il est un passager discret, parfois invisible, souvent inoffensif.

Et c’est là que la comparaison avec le Colorado devient inévitable.

À Denver, Drouin était bon. Vraiment bon. Mais surtout, il était bon avec Nathan MacKinnon. L’ombre du meilleur joueur au monde le protégeait, le libérait, l’alimentait. Il n’avait pas à mener. Il avait à compléter.

À Long Island, il n’y a pas de MacKinnon. Et sans son chum, le plafond de Drouin s’effondre.

On recommence à marcher sur des œufs

Ce qui frappe le plus, ce n’est pas la critique. C’est son absence.

Personne ne le démonte vraiment. Personne ne le confronte en face. On parle de lui avec douceur. Avec empathie. Avec prudence. Comme si la peur de raviver quelque chose planait constamment.

Exactement comme à Montréal.

On le prend en pitié. Le coach le prend en pitié. Les médias le prennent en pitié. Et quand un joueur de 4 millions devient un sujet de compassion plutôt qu’un sujet de performance, c’est déjà un échec organisationnel.

Mathieu Darche a parié sur une belle histoire humaine et québécoise.

Une histoire de rédemption.

Mais aujourd’hui, il faut le dire clairement : ce pari est en train de tourner au cauchemar.

Parce que ce n’est pas un contrat neutre. On ne parle pas d'un pari à bas risque.

C’est 4 millions par saison, encore l’an prochain, pour un joueur qui n’a pas marqué depuis deux mois, qui est septième pointeur de son équipe à égalité avec un défenseur, et qui ne change jamais l’issue d’un match.

Mathieu Darche s’est fait avoir.

Le plus triste dans tout ça, ce n’est pas de constater que Jonathan Drouin ne produit pas. C’est de réaliser qu’on est en train de revivre, presque scène par scène, le même effondrement émotionnel.

Un joueur qui doute, qui se réfugie dans le discours, qu’on protège au lieu de le challenger.

Un joueur qui disparaît tranquillement.

Jonathan Drouin n’est pas un mauvais gars. Ce n’est pas un fraudeur. Ce n’est pas un tricheur. Mais aujourd’hui, à Long Island, il fait pitié sportivement. Et c’est encore plus dur à regarder quand on sait à quel point on voulait que cette histoire fonctionne.

On parlait de rêve. On parlait d'une histoire d'Hollywood: le pauvre Drouin sauvé par Patrick Roy.

Aujourd’hui, on parle de silence. De lenteur. D’invisibilité.

Triste histoire. Vraiment.