Les accusations sont lourdes. Et surtout, elles sont publiques. Lors du Bye Bye 2025, un sketch est allé beaucoup plus loin qu’un simple clin d’œil humoristique en reprenant, presque mot pour mot, les codes, le langage et les images associés depuis des mois à une insinuation précise : celle voulant que José Théodore soit un « poudré ».
Le Bye Bye accuse José Théodore pic.twitter.com/3GY2svAYLQ
— hockey30.com (@HOCKEY30_com) January 1, 2026
Tout est nommé et montré directement. Le sketch met en scène un personnage clairement identifiable comme José Théodore, qui parle explicitement de « clés », répète obsessionnellement skate, skate, skate, dans un débit volontairement saccadé, et surtout, on le voit caler une bouteille de vin devant tout le monde.
Les références sont limpides pour quiconque a vu la fameuse vidéo avec son beau-frère Louis Morissette.
Depuis, José Théodore est au cœur d’un malaise qui dépasse largement le cadre de l’humour.
C’est dans ce contexte précis qu’il a choisi de répondre. Ou plutôt… de déplacer la réponse.
À l’époque où José Théodore était gardien étoile du Canadien de Montréal, il était reconnu pour être particulièrement près de ses coéquipiers québécois Mike Ribeiro et Pierre Dagenais dans le vestiaire.
Comme c’est souvent le cas dans la LNH, les joueurs de même nationalité ont naturellement tendance à graviter ensemble. Rien d’exceptionnel. Rien d’illégal. Rien de caché.
Mais à Montréal, cette proximité avait rapidement été rebaptisée par les médias : les 3 Amigos. Et avec ce surnom est venue toute une légende.
Des rumeurs persistantes d’activités hors glace, des insinuations répétées, des histoires de nightlife montées en épingle pendant des mois, parfois des années. Une image qui a collé aux trois joueurs bien au-delà de leurs performances sur la glace.
Des années plus tard, visiblement tanné de porter ce fardeau, José Théodore a voulu remettre les pendules à l’heure.
Dans son podcast 60 Avec le 60 sur les ondes de KO Sports, il recevait Pierre Dagenais et a profité de l’occasion pour rétablir les faits, niant tout en bloc, avec une précision presque défensive, comme quelqu’un qui en a assez de se faire accoler la même étiquette depuis vingt ans.
"On va mettre de quoi au clair pour tout le monde: ça a été buildé comme si on sortait dans les clubs à Montréal les 3 ensemble. Une fois, en trois ans, et c'était un été qu'on a réussi à convaincre Mike de dire: ‘Hey on va aller souper les trois ensemble.’
" C'est arrivé une fois qu'on était les trois. C'était même quand on n’avait pas de couvre-feu, là, puis qu'on sortait avec Saku Koivu. Moi, j'étais là tout le temps, lui il s'en allait tout le temps chez eux après les games. 3 amigos parce qu'on était tout le temps ensemble.
Dans les avions, on jouait au backgammon. On allait souper, on était les trois, mais y avait d'autres gars aussi. On était souvent ensemble, on marchait ensemble pour aller aux pratiques.
On avait notre même petit style avec les casquettes... Un moment donné, c'était 'Ah ils sont tout le temps ensemble eux autres, les 3 amigos".
Mais ça a bifurqué de 3 amigos 'juste le party' versus que c'est juste qu'on était toujours ensemble sur la route, c'était normal. Nous autres on se le disait tout le temps, 'C'est drôle plus que d'autres choses. On laisse aller le mythe."
Le message qu’il tente de faire passer est cinglant : selon lui, les accusations actuelles ne seraient que la résurgence d’un vieux récit jamais vraiment enterré.
Une vieille perception qui revient le hanter, encore une fois, malgré les années, malgré sa carrière médiatique sérieuse, malgré sa vie actuelle loin de ce Montréal nocturne fantasmé.
Sauf que le problème est là. Ce n’est pas ce que le public a vu récemment.
Le malaise de 2025 n’est pas né d’un souvenir des années 2000, ni d’un trio dans un avion jouant au backgammon.
Il est né d’une vidéo précise tournée avec son beau-frère Louis Morissette. Une vidéo où son débit de voix, son intensité, son langage décousu et son visage nerveux-saccadé-trop excité ont déclenché une avalanche de commentaires.
C’est cette séquence-là qui a mené à la parodie du Bye Bye. Pas Ribeiro. Pas Dagenais. Pas les 3 Amigos.
En ramenant systématiquement la discussion vers ce vieux mythe, José Théodore fait autre chose que se défendre : il évite soigneusement le cœur du problème actuel.
Aborder frontalement le Bye Bye signifierait commenter une parodie qui implique directement son propre beau-frère, l’un des producteurs les plus influents du milieu.
Un terrain dangereux. Alors il choisit la voie la plus sécuritaire : parler d’un passé déjà débattu, déjà expliqué, déjà nié mille fois, sans risquer d’éclabousser qui que ce soit d’autre que lui-même.
Mais le public, lui, voit clair. Il comprend que la tempête médiatique de 2025 n’a rien à voir avec les soupers d’équipe ou les casquettes assorties.
Elle est liée à une image récente, amplifiée par les réseaux sociaux, puis figée par la télévision. En voulant enfin tuer un mythe vieux de vingt ans, José Théodore laisse intact celui qui est en train de se solidifier sous ses yeux.
Et c’est là tout le drame : il est visiblement épuisé, tanné, usé par des accusations qu’il juge injustes, mais en évitant de nommer la vraie source du malaise, il permet à la nouvelle perception de continuer à circuler.
Théo aurait dû parler à un professionnel des relations publiques. Car sa diversion est ratée sur toute la ligne.
