Pendant que TVA Sports célèbre aujourd’hui une victoire absolument gigantesque, pendant que Québecor vient officiellement de sécuriser pour 12 ans les droits nationaux francophones de la LNH, une publication risque de provoquer beaucoup plus de colère que prévu à l’intérieur même de l’empire TVA.
Car derrière cette nouvelle entente historique, derrière les 32 matchs du Canadien, les séries éliminatoires et les centaines de matchs de la LNH qui resteront dans l’univers de TVA Sports, il y a une réalité beaucoup plus sombre.
Une réalité que les employés de TVA n’ont certainement pas oubliée. Des centaines de collègues ont perdu leur emploi. Des salles de nouvelles ont été amputées. Des équipes ont été compressées. Des employés vivent depuis des mois avec la peur de la prochaine vague.
Et c’est dans ce contexte explosif que Jessie Tremblay-Dumais, la conjointe du président de TVA Sports, Louis-Philippe Neveu, vient de publier une immense lettre d’amour pour célébrer celui qu’elle décrit comme l’homme ayant réussi « le deal d’une vie ».
Wow. Son message est extrêmement puissant. Extrêmement personnel. Elle ne cache absolument rien de ce que cette négociation a représenté pour son mari et leur famille.
« Une saga de 16 mois qui se conclut enfin aujourd’hui. Le jour de notre anniversaire de mariage en plus, ça ne s’invente pas », écrit-elle avant de décrire ce qu’elle appelle carrément « la négo la plus difficile de ta carrière ».
Voici l'intégral de son message. Ne manquez pas la suite de l'article des plus croustillantes après son message public:

Elle parle « des heures innombrables de travail, une stratégie sans cesse à réinventer, des discussions complexes, des remises en question, des déceptions, des ajustements et surtout, une pression constante et grandissante ».
Elle raconte un dossier qui aurait occupé pratiquement toute leur existence pendant plus d’un an. « C’est un dossier qui ne connaît ni les soirs, ni les week-ends, ni les vacances. Un dossier dont l’impact se mesure dans la carrière, la qualité de vie et le bonheur de centaines de personnes. »
Et c’est précisément cette dernière phrase qui risque de faire très mal.
Le bonheur de centaines de personnes.
Vraiment?
Car des centaines de personnes, chez TVA, ont aussi vu leur vie basculer au cours des dernières années.
Pendant que Louis-Philippe Neveu et Pierre-Karl Péladeau négociaient le plus gros dossier de sa carrière, le reste de l’entreprise vivait une période d’une brutalité incroyable.
La grande restructuration amorcée en novembre 2023 avait entraîné l’abolition de 547 postes. Une autre vague de suppressions avait ensuite frappé. Près de 800 emplois ont disparu en quelques années.
À l’interne, le moral s’est effondré. Un sondage du Syndicat des employé(e)s de TVA avait révélé une réalité inquiétante : une immense proportion des employés interrogés songeaient à quitter l’entreprise, pendant que la peur de nouvelles mises à pied était devenue pratiquement universelle.
Des employés devaient faire davantage avec moins de collègues. Des équipes étaient amputées. Des bureaux régionaux fermaient. Des travailleurs étaient transférés. TVA Sports elle-même devait déménager pour réduire ses coûts.
Alors, lorsque la femme du président de TVA Sports écrit qu’elle a vu son mari porter « le poids de la confidentialité », qu’elle a vu « les réponses que tu ne pouvais pas donner », « les inquiétudes que tu devais accueillir sans pouvoir tout expliquer », sa publication prend soudainement une dimension... cinglante...
Elle poursuit :
« Toutes ces personnes qui attendaient des nouvelles, qui cherchaient des certitudes, alors que tu ne pouvais leur offrir qu’une seule chose : ta parole et ta conviction profonde que le travail finirait par porter fruit. »
Pour Louis-Philippe Neveu, professionnellement, c’est gigantesque.
Mais le contraste avec TVA est terrible.
Car la confiance est précisément ce qui semble avoir disparu chez une partie importante des employés de TVA.
Comment demander à des travailleurs de faire confiance à l’avenir lorsqu’ils ont vu des centaines de collègues partir?
Comment leur demander de croire aux discours sur les difficultés financières et l’austérité lorsqu’ils voient maintenant l’entreprise célébrer une entente de hockey valant au minimum 1,5 milliard.
Dans le fond, on congédie les pères et les mères de familles chez TVA... pour sauver TVA Sports.
Comment expliquer que TVA ait dû couper autant de postes alors que Québecor était prêt à être saigné financièrement pour conserver le hockey?
C’est là que la célébration du « deal d’une vie » ne passe pas pour ceux qui ont perdu leur emploi.
Car pendant ce temps, la télévision généraliste de TVA continue de vivre une crise profonde. Les compressions se multiplient. Les revenus traditionnels sont sous pression. L’industrie médiatique est en transformation complète. Et les employés qui restent doivent continuer à travailler dans un environnement où chaque nouvelle annonce de restructuration peut faire craindre le pire.
Jessie Tremblay-Dumais poursuit pourtant sa lettre avec une immense fierté. « Je suis tellement, tellement fière de toi. Et je suis fière de nous aussi », écrit-elle.
Puis elle explique à quel point cette négociation a envahi leur vie :
« Fière que malgré la place immense que ce dossier a occupée dans nos vies, on est restés des amoureux, des parents heureux et une équipe solide. Ça aurait été facile de laisser ce sujet envahir chacun de nos moments et conversations. Mais on a traversé cette année sans perdre de vue ce qui compte vraiment. »
« Bon, j’avoue que les deux derniers mois, on a été moins exemplaires sur ce point… parce qu’honnêtement y’avait de quoi virer fou. »
Puis vient la célébration.
« But hey! We made it baby!! »
Mais pendant que TVA Sports célèbre sa survie, une question commence déjà à brûler :
Combien de temps TVA elle-même pourra-t-elle encore survivre?
Poser la question, c'est y répondre.
Gloire à TVA Sports...
Repose en paix TVA...
