Une simple ligne sur un tableau peut parfois en dire beaucoup plus qu’un communiqué officiel.
En plein cœur du mois d’août, alors que les partisans scrutent le moindre indice en attendant le début du camp d’entraînement, un détail attire soudainement l’attention… Brett Berard figure déjà parmi les attaquants du Canadien de Montréal.
Ce n’est pourtant pas le nom qui faisait le plus de bruit au moment de son acquisition.
Lorsque Kent Hughes est allé le chercher plus tôt cet été, plusieurs y ont vu une transaction secondaire, un ajout de profondeur, un joueur appelé à renforcer le Rocket de Laval avant tout.
Pourtant, les projections contractuelles racontent une tout autre histoire.
Aujourd’hui, Berard apparaît directement sur la liste des attaquants du grand club.

Pendant ce temps, plusieurs jeunes qui patientent depuis des années dans l’organisation se retrouvent encore du côté des joueurs hors alignement, en attente de leur véritable occasion.
Owen Beck y est toujours. Filip Mesar aussi. Florian Xhekaj également. Même Sasha Pastujov, acquis lui aussi cet été et toujours sans contrat, est projeté avec le Rocket plutôt qu’avec le Canadien.

Ce simple classement soulève une question qui mérite d’être posée… qu’a donc vu Kent Hughes chez Brett Berard?
À première vue, le profil n’a rien de spectaculaire.
Choix de cinquième ronde des Rangers de New York en 2020, l’ailier américain de 23 ans mesure seulement 5 pieds 9 pouces et pèse autour de 174 livres. Pas exactement le prototype physique qui attire normalement tous les regards.
Pourtant, son parcours raconte une autre histoire.
À Providence College puis chez le Wolf Pack de Hartford, Berard s’est bâti une réputation de joueur incapable d’abandonner une présence.
Rapide, énergique, agressif sur l’échec avant, toujours prêt à déranger les défenseurs adverses. Une identité qui ressemble énormément au genre de hockey que Martin St-Louis réclame quotidiennement.
L’an dernier, il a finalement obtenu sa première véritable audition dans la LNH avec les Rangers. Quarante-huit matchs, six buts, dix points.
Des chiffres modestes, certes, mais obtenus dans une équipe aspirante à la Coupe Stanley où les places étaient rares et les minutes encore plus difficiles à gagner.
À Montréal, la réalité est complètement différente.
Le Canadien cherche encore à compléter son quatrième trio. La bataille pour les derniers postes sera ouverte dès septembre.
Et lorsqu’on regarde la façon dont l’organisation l’a immédiatement intégré à son alignement projeté plutôt que parmi les joueurs destinés à Laval, difficile de croire que cette décision est le fruit du hasard.
Cette impression devient encore plus intéressante lorsqu’on compare Berard aux autres jeunes de l’organisation.
Owen Beck continue son développement après plusieurs saisons passées avec le Rocket.
Filip Mesar tente toujours de convaincre que son talent offensif peut se traduire chez les professionnels nord-américains.
Florian Xhekaj poursuit sa progression avec patience pendant que Sasha Pastujov arrive avec une excellente réputation offensive acquise dans la Ligue américaine.
Tous ces joueurs connaissent déjà les installations du Canadien, les entraîneurs, le personnel de développement, les méthodes de travail de l’organisation.
Berard, lui, débarque à peine… et apparaît déjà devant eux.
Impossible de ne pas y voir un message.
Kent Hughes n’a probablement pas effectué cette transaction uniquement pour ajouter un corps de plus au camp d’entraînement.
Le directeur général possède maintenant suffisamment d’expérience pour cibler des joueurs correspondant exactement à ce que recherche son groupe d’entraîneurs.
Lorsque ce genre d’acquisition survient, il existe souvent un plan beaucoup plus précis qu’il n’y paraît au premier regard.
Le contrat signé par Berard nourrit aussi cette réflexion.
Il s’agit d’une entente d’une saison à deux volets, avec un salaire de 850 000 dollars dans la LNH.
Une signature peu coûteuse qui offre énormément de flexibilité.
Si le joueur gagne son poste, Montréal obtient un attaquant énergique à très faible impact sur la masse salariale.
Si la compétition le pousse vers Laval, le risque demeure pratiquement inexistant.
Voilà exactement le genre de pari que Kent Hughes affectionne depuis son arrivée.
Le plus intéressant reste toutefois la bataille qui s’annonce en septembre.
Aucun poste ne sera offert gratuitement.
Berard devra mériter chaque présence. Beck, Mesar, Xhekaj, Pastujov et plusieurs autres tenteront eux aussi de convaincre Martin St-Louis qu’ils appartiennent au prochain noyau du Canadien.
Mais une chose saute déjà aux yeux.
Avant même que le premier entraînement officiel ne soit lancé, Brett Berard occupe une place que plusieurs jeunes de l’organisation espéraient encore atteindre.
Parfois, les indices les plus révélateurs ne viennent pas des conférences de presse.
Ils apparaissent discrètement… sur une simple feuille d’alignement.
À suivre…
