Matvei Michkov continue de s’enfoncer avec les Flyers, et plus le temps passe, plus le contraste avec Martin St-Louis devient cruel
La chute de Matvei Michkov à Philadelphie n’est plus une simple mauvaise séquence. Ce n’est plus une adaptation difficile. C’est devenu un cauchemar humain et sportif, nourri par des messages contradictoires, des critiques publiques répétées et une approche qui étouffe exactement ce qui faisait sa force : l’instinct, la créativité, l’anticipation.
Et c’est là que le dossier devient profondément ironique. Le Canadien de Montréal ne voulait rien savoir de Michkov, alors même que Martin St‑Louis aurait sans doute été le coach parfait pour lui.
Philadelphie tente de le casser pour le corriger.
Le coach Rick Tocchet tente de changer Michkov. Il le fait à sa manière : en le confrontant publiquement, en ramenant constamment son état de forme au camp (alors qu'il est arrivé gras comme un voleur selon les propos du coach), en soulignant ce qu’il ne fait pas bien, en l’exposant comme un problème plutôt que comme un projet.
Le résultat est visible.
Un joueur crispé.
Un joueur qui hésite.
Un joueur qui ne joue plus avec anticipation, mais avec la peur de mal faire.
Et pourtant, les données racontent une histoire beaucoup moins alarmiste que le discours ambiant. À cinq contre cinq, Michkov n’est pas un poids mort. Son impact défensif est respectable. Ses buts attendus sont positifs. Mais dans un système rigide, nord-sud, axé sur la structure, on lui demande d’être quelqu’un qu’il n’est pas.
À force de vouloir qu’il joue « de la bonne façon », on est en train de lui enlever sa façon de jouer.
C’est ici que la critique devient hypocrite et dangereuse.
Quand le gardien Samuel Ersson connaît l’une des pires saisons statistiques de la ligue, le discours est empreint de patience, de confiance et de soutien. Quand Michkov traverse une disette offensive, on parle d’effort, de condition physique, d’engagement.
Le capitaine Sean Couturier s’en est même mêlé publiquement en novembre. Et jamais l’organisation n’a réellement calmé le jeu.
Michkov est devenu le bouc émissaire parfait dans une équipe qui, paradoxalement, gagne quand même.
C’est là toute l’absurdité du dossier : si Michkov échoue, la reconstruction des Flyers échoue. En faire l’ennemi, c’est scier la branche sur laquelle tout le monde est assis.
Martin St-Louis n’aurait jamais coaché Michkov de cette façon
Et c’est ici que le lien avec Montréal devient évident.
Aujourd’hui, Martin St-Louis a mis des mots très clairs sur sa philosophie en parlant de Ivan Demidov. Des mots qui expliquent à la fois pourquoi le Canadien n’a jamais voulu de Michkov, et pourquoi, paradoxalement, il aurait été le meilleur entraîneur possible pour lui.
St-Louis a expliqué qu’il faut faire extrêmement attention avec les joueurs élites de ce type :
« Il faut faire attention de ne pas trop les surentraîner. Tu dois établir des fondations claires et des éléments non négociables… et une fois que ces cases-là sont cochées, tu dois ensuite te tasser un peu. »
Puis, la phrase clé. Celle qui résume tout le dossier Michkov :
« Ces joueurs-là se coachent eux-mêmes. Ils se corrigent eux-mêmes. Je ne veux pas leur enlever le bâton des mains. Sinon, tu finis par leur surcharger le cerveau, et les joueurs élites deviennent ordinaires parce qu’ils n’anticipent plus et se demandent constamment ce que l’entraîneur attend d’eux. »
Voilà. Tout est là.
Surcoaché à Philadelphie, libéré à Montréal
Michkov est exactement ce type de joueur.
Un joueur instinctif. Un joueur est-ouest. Un créateur.
À Philadelphie, on le surcharge mentalement. À Montréal, St-Louis protège le cerveau de ses joueurs élites.
Ivan Demidov en est la preuve concrète. On lui impose des règles claires, un cadre précis… puis on lui laisse de l’espace. Résultat : un joueur confiant, engagé, en progression constante.
Michkov, lui, joue constamment avec une question dans la tête :
« Qu’est-ce que le coach veut que je fasse ici? »
Et à ce moment-là, comme St-Louis l’a expliqué, l’élite devient ordinaire.
Oui, Martin St-Louis aurait probablement été un entraîneur exceptionnel pour Matvei Michkov. Mais le Canadien n’a jamais voulu prendre ce risque.
Parce que Montréal ne voulait pas d’un joueur qui exige un environnement parfait pour fonctionner. Le CH voulait des joueurs qui adhèrent naturellement à la culture, pas des joueurs qu’il faut constamment rassurer, protéger ou recadrer publiquement.
Philadelphie a pris le pari. Et aujourd’hui, elle semble surtout coincée avec les conséquences.
La situation de Matvei Michkov à Philadelphie est triste. Pas parce qu’il manque de talent. Mais parce qu’on voit, en temps réel, un joueur perdre ce qui faisait sa force.
À force de vouloir le transformer, on le freine. À force de le pointer du doigt, on l’isole. À force de le surcoacher, on l’éteint.
Pendant ce temps, à Montréal, Martin St-Louis fait exactement l’inverse avec Ivan Demidov : il établit un cadre… puis il s’efface.
Et c’est peut-être là, au fond, la différence fondamentale entre les deux organisations.
Une différence qui explique pourquoi le cauchemar de Michkov se poursuit… pendant que Montréal avance, calmement et solidement.
