Lane Hutson était méconnaissable ce soir.
Il n’y a pas d’autre mot : le prodige a connu le pire match de sa carrière samedi soir au Centre Bell. Face aux Red Wings de Detroit, dans un duel lourd de conséquences au sommet de la section Atlantique, le jeune défenseur du Canadien a été méconnaissable.
Pire encore, sa performance soulève une question taboue mais inévitable : est-il bâti pour le hockey de séries?
La séquence a été pénible dès les premières minutes. À plusieurs reprises, Hutson s’est fait frapper, isoler en périphérie, et neutraliser par des adversaires plus imposants physiquement.
Il a terminé la rencontre avec un différentiel négatif, sans contribution offensive, et avec l’air frustré, voire dépassé sur certaines séquences.
Même TVA Sports, dans son émission d’après-match, n’a pas évité le sujet :
« Ce n’était pas Lane Hutson tel qu’on le connaît. Il n’a pas été capable de s’imposer. On dirait qu’il n’avait aucun espace. »
Un commentaire partagé par plusieurs analystes américains, dont certains affirment que c’est précisément ce type de match qui explique pourquoi Hutson a été ignoré par Équipe USA pour les Jeux de Milan.
« Quand le jeu devient physique, quand ça frappe, quand c’est fermé… on le garde en périphérie et on le sort de la game. Est-ce qu’il peut survivre dans un contexte de séries? », a lancé un ancien recruteur de la NCAA à ESPN Boston.
Personne ne remet en question le talent offensif exceptionnel de Lane Hutson, ni son instinct créatif unique. Mais la rencontre de samedi, une défaite sans appel de 4-0, rappelle brutalement les limites physiques du défenseur de 21 ans quand les matchs deviennent plus durs, plus fermés, plus intenses.
Même Martin St-Louis n’a pas caché son insatisfaction. Hutson a vu son temps d’utilisation réduit en troisième période, et n’a pas été utilisé dans les dernières séquences critiques, au profit de Noah Dobson.
Ce genre de match arrive dans une saison. Mais celui-ci restera marqué d’un astérisque dans le parcours de Hutson.
Et il servira peut-être de repère, surtout si les questions sur son adaptabilité au style des séries continuent à refaire surface.
C’était la soirée parfaite pour Bill Guerin. Alors que des milliers de partisans du CH se sont insurgés cette semaine contre le fait que Lane Hutson ait été écarté de l’équipe olympique américaine, voilà qu’il a offert, bien involontairement, la justification rêvée au directeur général du Wild et architecte de la formation nationale.
Pendant que Cole Caufield livrait un match honnête malgré l’inefficacité de son équipe, Hutson, lui, s’est littéralement effondré.
Rudoyé le long des rampes, évité en relance, évitant les contacts, et jamais dangereux à l’attaque, le jeune prodige semblait figé.
Le même défenseur qui avait ébloui la LNH avec 44 points en 45 matchs a tout à coup semblé invisible. Comme s’il portait un chandail trop grand pour lui. Et dans une défaite de 4-0, face à un rival direct, ce genre de performance laisse une trace au fer rouge.
Les Red Wings de Detroit, eux, n’ont pas eu besoin d’en faire trop. Ils ont simplement joué serré, physique, intense, et attendu que les erreurs surviennent.
Un bond chanceux derrière le filet, une relance manquée, un 5 contre 3 mal géré, et c’était suffisant. Hutson n’a pas commis de revirement flagrant, mais il n’a pas non plus été la bougie d’allumage qu’il aurait dû être. Il n’a pas eu d’impact.
Un autre recruteur basé à Minneapolis, interrogé anonymement dimanche matin par The Hockey News, l’a bien résumé :
« Hutson est spectaculaire quand le jeu est ouvert. Mais dans un match fermé, quand tout se joue en bas des cercles… il devient vulnérable. C’est pour ça que Guerin ne l’a même pas appelé. »
C’est peut-être ce qui est le plus troublant. Pas seulement le fait qu’il ait été ignoré. Mais qu’il n’ait même pas eu l’appel. Pas de respect. Pas de communication. Et pourtant, le match contre Detroit semble avoir donné raison à cette approche brutale.
La question maintenant : comment Lane Hutson va-t-il répondre à cette épreuve?
Ce match est peut-être un point tournant dans sa saison. Pas à cause des statistiques, tout le monde a droit à un mauvais soir, mais parce que le timing est catastrophique.
Une semaine après sa non-sélection, quelques heures après que les fans ont crié à l’injustice, il arrive avec une performance en dessous de tout, qui valide les pires critiques.
La seule chose qu’on retient de samedi soir, c’est que la plus grande étoile émergente du CH a été éteinte. Et que Bill Guerin, quelque part aux États-Unis, doit se dire qu’il a eu raison.
