Le Canadien de Montréal n’était pas censé gagner à Ottawa. Pas avec 7 tirs à cinq contre cinq. Pas après une deuxième période où l’équipe s’est fait marcher dessus physiquement, mentalement, structurellement. Et pourtant, ils sont repartis avec deux points. Une victoire volée, arrachée, presque gênante… mais révélatrice.
Parce que cette victoire-là, aussi spectaculaire soit-elle au tableau, explique mieux que n’importe quel discours pourquoi le nom de Kent Hughes circule autant sur le marché des transactions.
Oui, il y a la résilience. Oui, il y a le caractère. Oui, il y a Juraj Slafkovský qui continue de grandir sous nos yeux, capable de changer un match par sa seule présence physique. Mais tout le reste? Tout le reste crie la même chose : le Canadien se fait manger quand le hockey devient lourd.
Ottawa a imposé sa loi. Ottawa a frappé. Ottawa a accéléré. Et dès que le match a quitté le registre du tempo et de la créativité pour entrer dans celui du frottement, Montréal a reculé. Littéralement.
Lane Hutson est le symbole parfait de cette soirée paradoxale. Trois passes à la feuille de pointage, mais probablement son pire match défensif depuis le début de la saison.
Pendant près de 55 minutes, les Sénateurs ont attaqué systématiquement de son côté. Ils l’ont ciblé. Ils l’ont pressé. Ils l’ont frappé. Et dès que le jeu devenait physique, Hutson disparaissait du portrait.
Ce n’est pas un procès, c’est un constat. Hutson est un joyau offensif. Mais sans protection, il devient une cible.
Et c’est là que tout s’effondre derrière lui.
Noah Dobson n’est pas un défenseur intimidant. Mike Matheson non plus. Alexandre Carrier apporte de l’intelligence, pas de la méchanceté.
Arber Xhekaj, malgré ses progrès, vient encore de prouver qu’il n’est pas fiable comme sixième défenseur en séries. Quand le match devient chaotique, il force des jeux, il sort de sa structure, il coûte cher. La vérité fait mal: le Canadien n’a aucun défenseur capable d’imposer le respect quand la température monte.
Ce n’est pas un hasard si le CH cherche activement un défenseur robuste, droitier ou gaucher. Peu importe la main, à ce stade. Ce qu’on cherche, c’est quelqu’un qui ne se fait pas brosser, quelqu’un qui stabilise, qui protège, qui calme le jeu.
Voilà pourquoi le nom de Mario Ferraro circule malgré son gabarit de 5 pieds 11. Le défenseur ses Sharks fait tout le sale travail: il bloque des tirs, il frappe, il n'a peur de rien.
Voilà pourquoi le géant des Canucks, Tyler Myers, est dans le viseur de Kent Hughes. Imaginez comment il nettoierait le filet, alors que le petit Hutson pourrait souffler.
Voilà pourquoi Justin Faulk reste dans les conversations dans les négociations entre les Blues et le CH. Même s'il n'est pas considéré comme robuste, on parle d'un défenseur complet qui peut se défendre physiquement.
Voilà pourquoi Kent Hughes regarde du côté de Chicago pour Connor Murphy. Le défenseur défensif de 6 pieds 4 et 212 livres rajouterait du poids et est beaucoup plus fiable qu'Arber Xhekaj, en plus d'être droitier.
Le besoin du CH à la ligne bleue n’est plus subtil. Il est criant.
La même logique s’applique à l’attaque.
Oliver Kapanen est en train de se faire rattraper par la réalité des séries. Dominé 7-0 aux tirs à cinq contre cinq hier. Différentiel de -3. Effacé physiquement. Invisible quand le match s’est durci. Ce n’est pas un manque de talent, c’est un manque de profil. Kapanen n’est pas un deuxième centre pour les séries, et la presse commence à le comprendre.
C’est exactement pour ça que les noms de Robert Thomas et Nazem Kadri circulent avec autant d’insistance à Montréal.
Pas parce que le CH veut faire un coup de tête. Mais parce que les matchs comme celui d’Ottawa exposent les limites actuelles du noyau. Quand le hockey devient brutal, Montréal n’a pas encore les armes pour survivre sans miracle.
Même chose sur les ailes. Ottawa a rudoyé Montréal. Buffalo l’avait fait avant. Washington aussi. Et chaque fois, le même diagnostic revient : il manque du papier sablé. Voilà pourquoi le Canadien regarde du côté de Kiefer Sherwood (Vancouver), de Blake Coleman (Calagry), de ces pestes mais capables de survivre quand le jeu devient sale.
Cette victoire volée n’est pas un faux pas. Elle est un avertissement.
Oui, Montréal peut gagner sans mériter. Oui, l’équipe a du cœur. Mais les séries ne pardonnent pas ce genre de match. On ne vole pas quatre rondes. On ne survit pas à des adversaires physiques avec des miracles répétés. À un moment donné, il faut répondre coup pour coup.
Et Kent Hughes le sait.
C’est exactement pour ça que le marché est aussi actif autour du Canadien. Pas parce que l’équipe va mal. Mais parce qu’elle commence à aller bien… sans encore être prête pour la guerre.
La victoire d’Ottawa ne masque rien. Elle confirme tout.
