Lane Hutson vit sa première vraie tempête
Il ne le dira jamais publiquement. Il ne le laissera jamais transparaître devant les micros. Mais depuis quelques temps, Lane Hutson traverse sans doute le moment le plus délicat de son jeune parcours avec le Canadien.
Et le revers de 3-2 en prolongation face aux Capitals de Washington, mardi soir, n’a fait que rendre ce malaise plus visible.
Parce que pendant 40 minutes, le CH avait le contrôle. Samuel Montembeault était solide, le désavantage numérique impeccable, et l’équipe donnait l’impression d’un groupe mature, structuré, capable d’aller chercher deux points sur la route sans paniquer.
Puis, tranquillement, le fil s’est effondré. Et en troisième période, les décisions ont cessé d’être collectives pour devenir individuelles.
Ce n’est pas un hasard si, dans l’après-match, plusieurs vétérans ont parlé de gestion du risque, de rondelle, de montées inutiles, sans jamais nommer qui que ce soit. Mais dans un vestiaire, tout le monde comprend très bien de qui on parle.
« Notre gestion de rondelle n’a pas été à son meilleur en troisième période », a lancé Zachary Bolduc.
« On aurait pu mieux gérer notre risque et les empêcher de soutenir de la pression », a ajouté Brendan Gallagher.
Joseph Veleno, lui, a parlé de montées à l’emporte-pièce.
Personne n’a dit le nom. Tout le monde l’a entendu.
Quand on essaie d’en faire trop
Sur la séquence la plus révélatrice du match, Lane Hutson fonce à la ligne bleue offensive pour tenter de maintenir la rondelle, sans soutien, sans angle pour faire une de ses fameuses feintes, sans option réelle.
Il se bat, il recule, il corrige partiellement son erreur, preuve de son talent et de sa compétitivité, mais le message est là : ce n’était pas le moment.
C’est exactement le genre de jeu qu’on voit chez un joueur qui sent le besoin de forcer la différence, de créer quelque chose à tout prix. Et dans le contexte actuel, il est impossible de ne pas faire le lien avec ce qui se passe à l’extérieur de la glace.
Bill Guerin n’a même pas pris la peine de l’appeler pour les Jeux olympiques.
Pas même un coup de téléphone
Pas un mot.
Rien.
Pour un défenseur qui est parmi les meilleurs pointeurs de la ligue à sa position, c’est un affront silencieux. Et même s’il affirme vouloir « juste jouer », ce genre de chose s’imprime dans la tête.
Bill Guerin continue de clamer qu'il n'a pas pris Hutson car il était un petit joueur à risque, aucunement robuste, qui n'est pas encore bâti pour un court tournoi olympique.
Et depuis, on dirait que Hutson tente d'en faire trop pour répondre au Dg des États-Unis.
La réponse du Canadien ne s’est pas fait attendre. Lane Hutson a été retiré de certaines situations clés, notamment sur l’avantage numérique et sur ce fameux 5 contre 3 qui aurait pu changer le match.
Une décision lourde de sens. On parle d'une véritable claque publique. Le message était cinglant.
Martin St‑Louis n’était pas content. Pas furieux. Déçu. Et chez lui, c’est souvent plus grave.
On a senti que l’entraîneur voulait rappeler une chose essentielle : ce n’est pas un jeu vidéo.
On ne force pas des jeux quand on mène.
On ne cherche pas le jeu parfait quand l’équipe a besoin de calme.
St‑Louis l’a dit lui-même, avec son ton posé mais ferme :
« C’est une ligue qui demande les actions aux bons moments et on a manqué un peu de ces actions-là aux bons moments du match. »
Dans ce contexte, sortir Hutson de l’avantage numérique, c’est lui dire : on te fait confiance, mais pas à n’importe quel prix.
C’est peut-être la première fois depuis son arrivée que Lane Hutson se retrouve véritablement confronté à une réponse collective du vestiaire. Pas contre lui, mais pour le forcer à ajuster son jeu. Et c’est souvent à ce moment-là qu’on voit de quoi un joueur est réellement fait.
Ironiquement, Joe Veleno, qui a connu lui aussi un match difficile (son trio a été mangé tout rond 0-6 aux chances de marquer à cinq contre cinq) s’est permis de pointer le prodige.
Quand un plombier comme Veleno se permet d'attaquer un talent pur comme Hutson, c'est que ça va mal à la shop.
Ce qui montre à quel point la frustration était généralisée.
Mais le message reste valide : quand tu mènes par deux buts en troisième période sur la route, tu ne joues pas comme si tu tirais de l’arrière.
Rien de ce qui se passe n’enlève quoi que ce soit au talent de Lane Hutson. Absolument rien. Mais c’est sa première vraie tempête mentale dans la LNH, sa première fois où le jeu lui demande de ralentir plutôt que d’accélérer.
Tous les grands joueurs passent par là.
La différence, c’est ce qu’ils font ensuite.
Mercredi, le Canadien aura congé. Buffalo arrive ensuite. Et pour Hutson, ce sera une question simple, mais déterminante : jouer pour briller… ou jouer pour gagner.
C’est souvent là que les carrières basculent. À lui de relever la tête et de faire payer Bill Guerin.
