Le ciel tombe sur la tête d'Alexandre Texier

Le ciel tombe sur la tête d'Alexandre Texier

Par David Garel le 2026-02-03

C’est difficile d’imaginer pire scénario pour Alexandre Texier. Il y a à peine quelques semaines, il était l’histoire parfaite : propulsé sur le premier trio, parfaitement complémentaire à Nick Suzuki et Cole Caufield, fraîchement prolongé à 2,5 M$ par saison, symbole d’un Canadien qui récompense ceux qui livrent. Puis la blessure est arrivée. Et pendant qu’il soignait son corps, le décor a changé sans lui.

À son retour, la réalité sera brutale : Kirby Dach s’est installé sur le premier trio… et il ne l’a pas fait à moitié.

Gabarit, protection de rondelle, présence physique, jeu nord-sud : exactement ce que le Canadien cherchait en vue des séries.

Ce qui renforce encore davantage la position de Kirby Dach, c’est la nature même de sa performance à Saint Paul, dans un match pourtant perdu, mais révélateur.

Le Canadien a mené, a répondu, a bataillé, mais s’est encore fait piéger dans un scénario d’apprentissage, comme l’a reconnu Martin St-Louis.

Et dans ce contexte-là, Dach a incarné exactement ce que le coach cherchait : un joueur capable d’absorber le chaos... jusqu'à marquer un but tellement important:

« On s’est échangé des chances de marquer sans arrêt, a avoué Dach après la rencontre. Il faut savoir jouer de manière un peu plus responsable dans le territoire défensif. »

Ce genre de déclaration veut tout dire. Elle révèle un joueur conscient des exigences du moment, prêt à jouer un hockey moins sexy, plus lourd, plus discipliné, le genre de hockey qui gagne en séries, même quand le spectacle en souffre.

Le but de Dach dans ce match-là n’est pas qu’un point sur la feuille. C’est un but de séries, dans l’esprit comme dans l’exécution : protection de rondelle, engagement physique, présence autour du filet, patience sous pression.

C’est précisément ce type de séquence qui pousse un entraîneur à dire : je ne peux pas sortir ce gars-là. Dans une ligue où les décisions se prennent souvent à la marge, Dach offre quelque chose que le Canadien cherchait à l’extérieur depuis des mois.

Et c’est là que le paradoxe Texier devient brutal : au moment même où Alexandre Texier avait prouvé qu’il pouvait faire respirer un trio par son intelligence et sa vitesse, Dach prouve qu’il peut endurcir ce même trio.

Deux profils utiles, mais dans une course aux séries, Martin St-Louis choisit celui qui réduit le risque immédiat.

C’est aussi pour ça que le contexte global du match contre le Wild ne peut pas être ignoré. Le Canadien a perdu en prolongation, mais a quitté Saint Paul avec un point précieux, consolidant sa place au troisième rang de sa division, avec une avance confortable.

Comme l’a dit St-Louis, « quand tu vas chercher trois points sur quatre dans ces deux matchs-là, tu gagnes sur le reste de la ligue ».

Ce sont des propos de coach en mode résultats, pas en mode développement individuel. Dans ce cadre-là, la décision de garder Dach sur le premier trio n’est pas émotionnelle, elle est stratégique.

Et pour Texier, aussi injuste que cela puisse paraître, la blessure est arrivée exactement au mauvais moment, au moment où l’équipe a basculé d’un mode révélation à un mode gestion des risques. Ce n’est pas un rejet. C’est un écrasement de timing. Et dans la LNH, le timing est souvent plus cruel que le talent.

Dach est le genre d’ailier capable d’absorber la pression, de créer de l’espace pour Suzuki et Caufield, de jouer des matchs lourds quand le jeu se resserre.

Si Dach continue comme ça, et surtout s’il reste en santé, Montréal n’a plus besoin de sacrifier son futur pour aller chercher un Blake Coleman ou un autre ailier de location. La solution est peut-être déjà dans la maison.

Et c’est là que Texier se retrouve coincé. Non pas parce qu’il n’est pas utile, il l’est, mais parce que la hiérarchie s’est figée pendant son absence.

Le deuxième trio est verrouillé. Le trio vétéran Phillip Danault - Brendan Gallagher - Josh Anderson est intouchable pour son rôle précis.

Résultat : le seul espace logique pour Texier, à court terme, se situe plus bas, probablement à la gauche de Jake Evans et Zachary Bolduc, en prenant la place de Joe Veleno. Un rôle utile, certes, mais loin de la vitrine qu’il occupait avant sa blessure.

Soyons francs : pour des séries, Texier n’est pas Dach. Il est plus fin, plus cérébral, plus fluide, et oui, un peu soft quand le jeu devient une guerre d’usure.

Le hockey de printemps exige souvent autre chose. Et Martin St-Louis, dans une saison où chaque point compte, privilégie ce qui lui permet de gagner maintenant. Le message n’est pas contre Texier ; il est pour la configuration la plus robuste possible.

Reste que le timing est cruel. Texier se blesse au moment exact où il avait solidifié sa place. À son retour, il doit tout recommencer, dans un alignement plus congestionné, avec un concurrent direct qui coche toutes les cases recherchées pour les séries.

Il peut jouer à gauche, à droite, monter, descendre, sa polyvalence est réelle, mais pour l’instant, tout est fait pour garder Kirby Dach là où il est.

Le Canadien apprend encore, comme l’a rappelé le match à Saint-Paul. Les décisions sont pragmatiques, parfois froides.

Et pour Alexandre Texier, ce retour ressemble à une épreuve de plus : accepter un rôle moindre sans perdre ce qui a fait sa force (intelligence, constance, confiance).

Le héros d’hier doit redevenir patient. Dans la LNH, les histoires changent vite. Très vite. Et pour Texier, la prochaine page s’écrit maintenant, loin des projecteurs du premier trio.

Et il faut nommer une réalité qu’on ne peut pas balayer du revers de la main : Alexandre Texier n’est pas un joueur comme les autres sur le plan humain.

Son parcours à Columbus, puis à Saint-Louis, a laissé des traces, et on sait que les périodes où il a été tassé, effacé, ou privé de rôle clair ont été particulièrement difficiles pour lui sur le plan mental.

Texier a lui-même reconnu avoir traversé des moments de grande fragilité, où la confiance et le plaisir de jouer avaient pratiquement disparu.

À Montréal, il avait justement retrouvé cet équilibre rare : un rôle défini, une reconnaissance, un sentiment d’appartenance réel. C’est pourquoi il faut faire attention avec cette rétrogradation soudaine, sans transition ni filet de sécurité mental.

Pas parce qu’un joueur ne peut pas perdre sa place, mais parce que, dans son cas précis, la manière et le timing comptent doublement.

Le Canadien s’est bâti une réputation récente d’organisation attentive à l’humain, consciente de l’impact de ses décisions.

Gérer Texier froidement, comme un simple pion interchangeable, serait non seulement risqué sportivement, mais potentiellement dangereux sur le plan humain.

Et c’est exactement pour ça que cette situation est scrutée avec autant d’inquiétude : on ne parle pas d’un joueur capricieux, mais d’un joueur qui a déjà payé très cher, mentalement, pour avoir été tassé trop brutalement ailleurs.

Le ciel lui est tombé sur la tête. Il faudra l'aider... à garder la tête haute...