Ça chauffe pour Martin St-Louis.
Le Canadien tente déjà de contrôler le récit et essaie déjà de rassurer tout le monde.
Depuis l’arrivée de Derek Lalonde derrière le banc du Canadien, plusieurs journalistes ont posé la même question : Martin St-Louis vient-il de recevoir le plus gros avertissement de son mandat?
La question était inévitable.
Lalonde n’est pas un jeune entraîneur qui arrive à Montréal pour apprendre tranquillement aux côtés de St-Louis. Il a déjà été entraîneur-chef dans la LNH. Il possède une expérience considérable derrière un banc. Il a gagné la Coupe Stanley avec Tampa Bay. Il connaît les systèmes défensifs, les unités spéciales et les réalités d’une équipe qui aspire à gagner.
Puis, soudainement, voilà que le message circule.
Martin St-Louis était d’accord.
Martin St-Louis aurait participé à la décision.
Derek Lalonde n’aurait jamais été embauché sans son approbation.
On n’aurait surtout jamais voulu brimer son orgueil.
Blablabla.
Excusez-moi l’expression, mais il y a une énorme opération de relations publiques derrière tout ça.
Arpon Basu, de The Athletic, est allé sur les ondes du 98,5 Sports expliquer que Lalonde n’avait pas été imposé à St-Louis. Selon lui, l’entraîneur-chef aurait fait partie du processus et l’embauche n’aurait jamais eu lieu sans son accord.
Parfait.
Mais personne n’est obligé d’être naïf.
Le Canadien pouvait difficilement annoncer publiquement que Kent Hughes et Jeff Gorton avaient décidé d’amener un entraîneur beaucoup plus expérimenté pour corriger les faiblesses tactiques de Martin St-Louis.
Imaginez le communiqué.
« Nous sommes heureux d’annoncer l’embauche de Derek Lalonde parce que notre entraîneur-chef a besoin d’aide. »
Cela n’arrivera jamais.
Évidemment que le discours officiel sera beaucoup plus doux.
Évidemment que l’on va expliquer que Martin était consulté.
Évidemment que l’on va présenter Lalonde comme un collègue qui arrive simplement pour compléter un personnel déjà extraordinaire.
Le Canadien est devenu un véritable country club lorsqu’il est question de Martin St-Louis.
Il faut protéger Martin.
Il faut éviter de froisser Martin.
Il faut surtout éviter de donner l’impression que quelqu’un vient remettre Martin en question.
Mais le problème est que tout le monde connaît la véritable faiblesse de son équipe.
Le système défensif.
Le fameux « man-to-man ».
Et là, il devient difficile de raconter n’importe quoi.
Martin St-Louis a défendu ce système pendant des mois. Il voulait vivre avec son système et mourir avec son système. Chaque fois que les critiques augmentaient, le message restait essentiellement le même : le problème n’était pas la structure.
C’était l’exécution.
Les joueurs devaient mieux lire le jeu.
Les joueurs devaient mieux communiquer.
Les joueurs devaient faire moins d’erreurs.
Le système, lui, n’avait rien à se reprocher.
Le discours entourant Derek Lalonde devient donc presque comique.
Le Canadien vient d’embaucher un entraîneur associé dont la grande spécialité est exactement l’un des secteurs les plus problématiques de l’équipe.
Le jeu défensif.
L’infériorité numérique.
La structure.
Ce n’est pas une coïncidence.
Lalonde n’arrive pas à Montréal pour distribuer des cônes à Brossard.
Il n’a pas été embauché pour regarder Stéphane Robidas acquiescer aux décisions de Martin St-Louis.
Le Canadien avait besoin d’un entraîneur capable d’arriver dans une salle et de dire : « Non. Je ne suis pas d’accord. »
Et surtout, quelqu’un capable de proposer une solution crédible.
Pendant longtemps, Martin St-Louis a travaillé avec un groupe d’entraîneurs qui possédait beaucoup moins d’expérience que lui. La dynamique était confortable. St-Louis était l’ancien joueur vedette. Le Hall of Famer. L’homme qui avait vécu la LNH et remporté la Coupe Stanley.
Il pouvait les manipuler à sa guise.
Aujourd’hui, Derek Lalonde arrive avec un autre bagage, une expertise qui complète directement les faiblesses de St-Louis.
Et, surtout, il n’a aucune raison de se coucher devant Martin « Napoléon » St-Louis.
Le Canadien peut bien répéter que Martin St-Louis a approuvé l’embauche. Cela ne change absolument rien à la réalité.
Son système man-to-man a été envoyé à la poubelle.
Tout le monde a vu les mêmes problèmes : des joueurs qui suivent leur homme trop loin, des espaces qui s’ouvrent, des lectures compliquées et des séquences où un seul retard peut complètement détruire la structure défensive.
On peut aimer Martin St-Louis.
On peut croire qu’il est un excellent communicateur.
On peut reconnaître son travail avec les jeunes joueurs.
Mais est-il vraiment un coach pour gagner la Coupe Stanley?
Le CH a répondu non avec l’embauche de Lalonde.
Napoléon St-Louis va devoir partager le royaume.
Et même si le CH veut nous faire croire que Martin a participé à la décision et que tout le monde s’aime.
Les partisans n’ont pas de poignée dans le dos.
Bienvenue au country club.
Mais derrière les sourires et les belles phrases, une réalité demeure.
Martin St-Louis devra travailler avec quelqu’un qui possède suffisamment d’expérience et de crédibilité pour réellement challenger ses décisions.
Son poste… ne sera jamais autant en danger…
Et ça, aucune opération de relations publiques ne pourra le cacher.
