Depuis une semaine, le même film tourne en boucle.
Peu importe l’adversaire, peu importe l’aréna, le Canadien finit toujours par se retrouver au même endroit : sous pression, étouffé, coincé dans sa zone… et incapable de respirer.
À ce moment précis, Martin St-Louis appuie sur un bouton.
Le fameux bouton d’urgence.
Celui que tout le monde commence à reconnaître.
Celui qui ramène Juraj Slafkovský sur le premier trio avec Nick Suzuki et Cole Caufield, comme on brise une vitre en cas d’incendie. Ce réflexe n’est plus un secret. Il est devenu une habitude.
Dans son texte publié ce matin dans The Athletic, Arpon Basu met exactement le doigt sur le malaise : dès que le match devient lourd, dès que l’adversaire impose un échec avant soutenu et du jeu physique constant, le Canadien perd pied.
Martin St-Louis ne s’en cache même plus.
« Nous avons été dominés en deuxième et en troisième période. Nous manquions d’exécution, nous manquions de rythme. Ils jouaient beaucoup plus vite que nous. Avec le rythme qu’ils imposaient, la façon dont ils plaçaient les rondelles et apportaient de la lourdeur, nous avions énormément de difficulté à sortir de notre zone. »
Un mot ressort constamment de cette analyse : lourdeur.=
Detroit l’a imposée.
Washington l’a imposée.
Buffalo l’a imposée.
Ottawa l’a imposée.
Chaque fois que l’adversaire active la machine, chaque fois que le forecheck devient méthodique et sans relâche, les mêmes symptômes apparaissent chez le Canadien.
Les sorties de zone deviennent hésitantes. Les décisions se transforment en jeux risqués. Le rythme chute. La confiance s’effrite.
Et le banc réagit.
Juraj Slafkovský retourne avec Suzuki et Caufield.
Encore.
Ce choix n’est pas mauvais. Au contraire. Slafkovský est exactement le type de joueur capable de survivre dans ce genre de match. Gros gabarit, force physique, capacité à protéger la rondelle, présence devant le filet, robustesse dans les coins.
Quand le jeu devient lourd, Slafkovský devient indispensable.
Martin St-Louis l’a expliqué clairement.
« J’avais l’impression que c’était un match très lourd, et j’ai senti que Slaf s’imposait dans ce contexte, même si ça n’allait pas bien pour notre groupe, surtout en deuxième et en troisième période. Je voulais le voir davantage sur la glace, parce que dans les coins, c’est son pain et son beurre. »
Le problème n’est donc pas l’utilisation de Slafkovský.
Le problème, c’est la dépendance.
Parce que ce bouton d’urgence révèle quelque chose de beaucoup plus inquiétant : une équipe qui ne sait pas encore traverser les tempêtes sans changer radicalement son identité.
Une équipe qui a besoin d’un plan de secours un peu trop souvent.
Le Canadien est redoutable quand l’espace existe. Quand le jeu est fluide. Quand la vitesse fait la différence. Dès que cet espace disparaît, tout devient plus compliqué.
Slafkovský est une excellente réponse à la lourdeur… mais il ne peut pas être la seule.
Voilà le cœur du problème.
Une équipe qui aspire aux séries éliminatoires ne peut pas survivre en appuyant constamment sur le bouton panique.
En séries, chaque présence est lourde. Chaque sortie de zone est contestée. Chaque erreur est punie sans pitié.
La dernière semaine a servi d’avertissement.
Trois défaites contre des équipes en pleine course aux séries avant ce miracle à Ottawa.
Trois fois le même malaise. Trois fois la même solution.
Même cette victoire contre les Sénateurs n’efface rien.
Dix-neuf tirs au total. Une domination territoriale adverse flagrante. Une fin de match sauve par des éclairs de talent pur. Ce genre de scénario ne tient pas longtemps au printemps.
Le bouton d’urgence fonctionne encore. Slafkovský a répondu présent. Caufield a terminé le travail. Deux points sont entrés au classement.
Mais à force de l’utiliser, ce bouton devient un aveu.
Un aveu que le Canadien doit encore apprendre à jouer lourd sans paniquer. À sortir de zone sous pression sans improviser.
À accepter que certains matchs se gagnent avec les détails, pas uniquement avec le talent.
Sinon, ce secret ne restera pas longtemps le moins bien gardé.
Et la prochaine fois que Martin St-Louis cherchera la vitre à briser…
Il risque de se rendre compte qu’il n’y en a plus.
Ouch...
