Le suspense est terminé: Matthew Schaefer écarte Ivan Demidov

Le suspense est terminé: Matthew Schaefer écarte Ivan Demidov

Par David Garel le 2026-01-04

À force de vouloir maintenir l’illusion du suspense, Montréal est en train de rater l’évidence la plus cinglante de cette saison : Matthew Schaefer ne perdra pas le trophée Calder s’il reste en santé, point final.

On peut bien s’exciter, mousser, répéter en boucle que Ivan Demidov est une recrue exceptionnelle, ce qui est vrai, on peut rappeler qu’il a été nommé recrue du mois de décembre, ce qui est mérité, on peut souligner qu’il produit malgré un temps de jeu limité et un rôle parfois instable, tout ça est exact.

Mais aucune de ces vérités ne change le constat fondamental : Schaefer est en train de livrer une saison de recrue historiquement dominante à une position qui pèse plus lourd dans le vote, avec un impact beaucoup plus grand que Demidov, aussi brillant soit-il, ne peut tout simplement pas égaler cette année.

Regardons froidement les chiffres, sans émotion ni partisanerie. À l’approche de la mi-saison, Demidov mène les recrues de la LNH avec 35 points, dont 10 buts, en 40 matchs, une production remarquable pour un attaquant de 20 ans utilisé en moyenne 15 minutes par match, souvent privé de longues séquences en avantage numérique, et davantage reconnu pour sa vision que pour son volume de tirs.

En décembre, il a récolté 14 points en 15 matchs, terminant premier parmi toutes les recrues, avec des classements élites : 1er pour les aides (10), 1er pour les aides à forces égales (7), 1er pour les points à forces égales (10), 2e pour les aides en avantage numérique (3), 2e pour les points en avantage numérique (4), 4e pour les buts (4), le tout en étant constamment sous la barre des 16 minutes de jeu. C’est exceptionnel, mais ce n’est pas écrasant.

En face, Schaefer joue dans une autre dimension d’influence. À 18 ans, le défenseur des Islanders affiche 28 points en 42 matchs, mais surtout, il le fait en jouant près de 24 minutes par rencontre, contre les meilleurs trios adverses, dans toutes les situations, avec une responsabilité défensive totale.

Les statistiques avancées expliquent pourquoi le débat est déjà en train de mourir. En passes complétées vers l’enclave, une statistique clé transmise par Sportlogiq, Schaefer mène les recrues avec 78 passes, contre 66 pour Demidov, et en zone offensive, l’écart devient carrément ridicule : 758 passes complétées pour Schaefer, contre 499 pour Demidov, soit 259 de plus. Ce n’est pas une nuance, c’est une domination territoriale.

Le volume de jeu raconte la même histoire. Schaefer mène toutes les recrues pour les tirs au but avec 113, alors que Demidov se retrouve neuvième avec 55, loin derrière des joueurs comme Arseny Gritsyuk (80), Emmitt Finnie (78), Ben Kindel (77), Beckett Sennecke (76) et même son coéquipier Oliver Kapanen (71).

Demidov demeure un fabricant de jeu d’élite, mais dans la course au Calder, le vote récompense presque toujours celui qui impose le rythme du match, pas seulement celui qui embellit le jeu.

Et puis, il y a ce match d'hier. Celui qui circule partout. Celui qui tue pratiquement le débat. Samedi soir, Schaefer a inscrit deux buts, dont un but magnifique en échappée et le but gagnant en prolongation à 49 secondes de la fin, devenant le premier défenseur de l’histoire de la LNH à réussir deux matchs de plusieurs buts à 18 ans.

Un moment signature. Un moment Calder. Un moment que les partisans, les journalistes et les membres de l’Association des journalistes de hockey n’oublient jamais au moment de voter. Ce genre de soirée-là ne se neutralise pas avec un bon mois de décembre, aussi solide soit-il.

Pendant ce temps, à Montréal, on tente déjà de déplacer le narratif. On parle du record de Michael Ryder, 16 points en un mois en janvier 2004, que Demidov pourrait battre avec 16 matchs au calendrier en janvier, on évoque la possibilité de devenir seulement le troisième Canadien du siècle à dominer un mois civil offensivement, on rappelle que depuis 1967-1968, aucune équipe n’a vu deux recrues consécutives remporter le Calder, sauf dans des contextes exceptionnels.

Tout cela est vrai, mais tout cela demeure périphérique tant que Schaefer continue d’empiler les minutes, les responsabilités, les séquences décisives et les performances télévisées qui définissent une saison de recrue dominante.

Même les autres candidats confirment indirectement cette hiérarchie. Beckett Sennecke, à Anaheim, affiche 30 points en 40 matchs, un très bon rythme, mais sans l’impact global.

Jesper Wallstedt, au Minnesota, est spectaculaire avec un dossier de 11-2-3, une moyenne de 2,21 et un taux d’efficacité de 0,928, incluant quatre jeux blancs, mais l’histoire récente démontre à quel point il est difficile pour un gardien recrue de battre un attaquant ou un défenseurs qui marquent la saison de son empreinte chaque semaine. Et aucun d’eux n’a ce que Schaefer possède déjà : la reconnaissance universelle.

C’est là que la discussion devient inconfortable pour Montréal. Demidov ne perd pas la course parce qu’il n’est pas assez bon.

Il la perd parce que Schaefer est trop dominant. Parce qu’il joue plus. Parce qu’il touche plus la rondelle. Parce qu’il influence chaque séquence. Parce qu’il coche toutes les cases qui font gagner un Calder. Et parce que son match de deux buts, dont un en prolongation, est exactement le genre de moment qui scelle un trophée à la mi-saison.

On peut continuer de croire. On peut espérer un effondrement. On peut rêver d’un mois de janvier irréel. Mais si Schaefer reste en santé, s’il continue de jouer 23 à 24 minutes par soir, de produire, de gagner des matchs et de livrer des moments forts, alors il faut accepter la réalité : cette course-là est déjà en train de se refermer.

Demidov est une étoile montante. Schaefer, lui, est déjà en train de s’installer comme un défenseur top 10 dans la LNH.

Le débat est terminé.