Jacob Fowler aurait pu s’effondrer sous la pression après ce but tellement malchanceux:
Mais non. Le jeune gardien prend la pression, la regarde en face, l’analyse froidement, puis s’en sert pour devenir meilleur.
Jacob Fowler, à 21 ans, a livré samedi soir l’une des prestations les plus déroutantes de maturité que Montréal ait vues d’un gardien aussi jeune depuis Carey Price en 2008. La défaite 4-0 face aux Red Wings aurait pu l’écraser. Elle aurait pu l’humilier. Elle aurait pu créer des excuses, des frustrations, des reproches envers ses défenseurs ou la malchance. Mais Fowler a fait exactement l’inverse.
Il a assumé. Il a absorbé. Il a transformé chaque erreur en matériau de construction mentale.
Et dans un marché comme Montréal, c’est ce qui sépare un futur numéro un… d’un gardien qui brise sous la lumière.
Son entrevue... est digne d'un vétéran de 30 ans.
« Au final, c’est à moi de décider si je reste dans mon filet ou non. Et ce but-là n’entre pas si je reste. C’est quelque chose que j’apprends, et ça fait mal d’apprendre de cette façon. »
Pas un mot pour blâmer l’extrémité métallique de la bande qui a renvoyé la rondelle vers Raymond. Pas un mot pour critiquer Bolduc, surpris sur la relance. Pas un mot pour cacher sa faute. À 21 ans, il parle comme un vétéran de 32 ans qui a déjà vécu deux éliminations en séries.
On lui a demandé si le manque de chance offensif du CH ou les rares occasions en avantage numérique avaient influencé le match. Il aurait pu dire oui. Il aurait pu se protéger. Il a refusé.
« Oui, c’est plus facile de marquer avec plus de power plays, mais c’est le hockey. Tu ne joues pas la même équipe sept soirs de suite. Certaines nuits, les bonds vont de ton bord, d’autres non. Crédits à eux : ils ont travaillé, ils ont bien joué, et leur gardien a fait les gros arrêts quand c’était nécessaire. »
Lucidité. Pas de frustration. Pas d’émotions mal dirigées. Une analyse froide, respectueuse, qui en dit long sur sa capacité à lire un match.
Lorsqu’un journaliste lui a demandé à quel point le premier but. complètement malchanceux, était frustrant, il a répondu avec une honnêteté désarmante :
« C’est dur. Tu veux faire chaque arrêt pour ton équipe. Je trouvais que je voyais bien la rondelle, que je contrôlais le match. Ça fait mal de couper les jambes de ton équipe comme ça… mais encore une fois, c’est en apprenant de cette façon que tu deviens meilleur. »
C’est ça qui renverse tout le monde : il n’a pas minimisé l’impact de son erreur, il ne l’a pas déguisée, il ne l’a pas fuie. Il l’a analysée, absorbée… puis rangée dans sa boîte mentale. Une boîte qui servira un soir de printemps, match numéro 7, quand ce même bond arrivera peut-être encore.
« Personne ne veut donner ce genre de but. Mais maintenant que c’est arrivé, tu apprends. Peut-être qu’un jour, en match numéro 7 d’une série, ça n’arrivera pas. Ce n’est sûrement pas la dernière mauvaise chance de ma carrière, mais tu apprends de chacune. »
C’est exactement le type de propos que Kent Hughes visait lorsqu’il parlait de Fowler comme d’un gardien “incassable”, mentalement différent, construit pour absorber Montréal plutôt que d’être détruit par elle.
Et hier soir, malgré la défaite, malgré les chiffres, malgré le score qui ne pardonne rien, Fowler a brillamment validé cette réputation.
Il aurait pu en vouloir au hockey, aux poteaux, à la glace, à la malchance, aux rebonds ridicules.
Il a choisi d’en faire du carburant.
Il aurait pu se cacher derrière son âge.
Il a choisi d’en faire une leçon.
Il aurait pu dire : “mauvais match”.
Il a dit : « Je veux être meilleur chaque soir. »
Ce qu’on a vu hier, ce n’est pas une défaite.
Ce qu’on a vu, c’est la naissance du mental d’un vrai numéro un.
Et le plus incroyable dans tout ça?
Ce kid, qui parle comme un vétéran, conclut en nous donnant la chair de poule :
« Je suis encore jeune, j’apprends. Un but ne me définit pas. Ce qui compte, c’est de rester mentalement fort… et il va en falloir beaucoup pour me briser. »
À Montréal, ce genre de phrase ne se prononce pas.
Elle se gravera avec le temps.
Jacob Fowler n’a pas gagné ce soir.
Mais il a prouvé qu’il est bâti pour rester.
