Honte à Louis Morissette: des millions de dollars en fumée

Honte à Louis Morissette: des millions de dollars en fumée

Par David Garel le 2026-01-28

Le malaise est total. Louis Morissette accuse le ministre des Finances de « s’en sacrer » de la culture, mais au même moment, il incarne exactement ce que de plus en plus de Québécois ne tolèrent plus : une culture financiarisée, verrouillée, subventionnée, monétisée à répétition, où le public paie, repaie, et n’a plus jamais l’impression d’être la priorité.

Quand Morissette affirme à Télé-Québec qu’Éric Girard a raté « plein d’opportunités » et qu’il ne comprend pas l’importance de la culture, il oublie volontairement une chose essentielle : jamais un créateur québécois n’a autant bénéficié du système qu’il dénonce aujourd’hui.

@zone3.ca Louis Morissette déplore à Marie-Louise Arsenault que la culture québécoise n'est pas une priorité pour la classe politique. 📺 Dans les médias | Mercredi 21h sur @teleqc #louismorissette #culture #québec ♬ son original - Zone3

Jamais. Subventions publiques, crédits d’impôt, partenariats d’État, plateformes financées indirectement par le contribuable, revenus d’abonnements, revenus publicitaires, commandites gouvernementales : Morissette a coché toutes les cases. Et il continue.

Des millions et des millions de dollars brûlés par vos taxes... pour la famille Cloutier-Morissette...

Des millions... en fumée...

KO Sports n’est pas un projet populaire. Ce n’est pas une initiative citoyenne. Ce n’est pas une réponse à une crise culturelle.

C’est un modèle d’affaires froid, rodé, parfaitement aligné sur ce que Morissette fait depuis des années : contrôler toute la chaîne, produire, incarner, diffuser, monétiser, encaisser.

Le discours est sympathique, le ton est rassembleur, le vernis est « authentique », mais la mécanique, elle, est purement capitaliste.

On nous l’a vendu comme le « bébé numérique », la grande révélation sportive de l’année. Une plateforme 100 % balados, des voix connues, une centaine d’intervenants, des noms qui font saliver. José Théodore, Maxime Talbot, Mathias Brunet, Simon Boisvert.

Le sport québécois dans toute sa proximité. Mais derrière cette façade, il n’y a rien de démocratique. Il y a une captation d’auditoire.

Gratuit juste assez longtemps pour créer l’habitude, pour installer le réflexe, pour enfermer le public dans l’écosystème. Ensuite, le paywall. 9,99 $ par mois pour les « extras ». Toujours le même modèle. Toujours la même recette.

Et pendant que le public se fait tranquillement préparer à sortir la carte de crédit, les commandites d’État entrent par la grande porte.

Loto-Québec, société publique, finance déjà l’aventure. Résumons calmement : des fonds publics soutiennent indirectement une plateforme privée qui va ensuite faire payer les citoyens pour accéder à du contenu.

Le tout, piloté par un homme qui accuse le gouvernement de ne pas en faire assez pour la culture. Le cynisme est difficile à ignorer.

Ce n’est pas une question de talent. Morissette est brillant, structuré, redoutablement efficace. C’est un stratège. Quand il produit un film, il se paie comme acteur principal, comme producteur, comme scénariste.

Les chiffres circulent depuis longtemps dans l’industrie : des centaines de milliers de dollars par projet, avant même de parler des profits nets, qui peuvent atteindre plus d’un million par production. Les séries télé suivent le même modèle. Les plateformes aussi. Rien n’est laissé au hasard. Tout est optimisé.

Et Véronique Cloutie en est une pièce centrale. Impossible de dissocier le modèle Morissette de l’empire Cloutier, tant les deux fonctionnent en symbiose depuis des années.

Véro incarne le visage sympathique, rassembleur, quasi intouchable du show-business québécois, pendant que derrière, la machine tourne à plein régime avec un soutien public massif.

Véro.tv fonctionne exactement de la même manière. Une plateforme payante à 9,99 $ par mois, qui sert essentiellement de vitrine aux productions de KOTV, la boîte de Morissette.

Véro.tv est subventionnée indirectement par le même écosystème de crédits d’impôt, de partenariats publics, de visibilité offerte par Radio-Canada, et de fonds qui transitent toujours vers les mêmes structures familiales.

Véronique Cloutier bénéficie depuis des années d’un statut quasi institutionnel : accès privilégié aux ondes publiques, projets portés par des diffuseurs subventionnés, exposition maximale, protection médiatique.

Quand Louis Morissette dénonce l’indifférence du ministre des Finances envers la culture, il oublie que sa propre famille est parmi les plus choyées par ce système.

Une famille mise en scène dans ses propres bureaux, dans son quotidien bourgeois, avec ses propres équipes, sur sa propre chaîne. Une convergence totale, assumée, mais rarement nommée pour ce qu’elle est.

Et là-dessus, Radio-Canada diffuse, finance, fait de. la promotion pour "Véro et Louis". Le service public devient une rampe de lancement pour un empire privé. Le public paie. Encore.

Alors quand Morissette remet en question les priorités du ministre des Finances, le malaise n’est pas politique, il est moral. Parce que le problème n’est pas l’absence d’argent en culture. Le problème, c’est où il va, et à qui il profite.

Le système finance les mêmes joueurs, encore et encore, pendant qu’on demande au public de compenser le reste par des abonnements, des forfaits, des exclusivités. La culture devient un produit fractionné, inaccessible à ceux qui ne suivent pas.

Le sport, historiquement, est un espace de rassemblement. De partage. Avec KO Sports, on privatise l’accès. On enferme la passion dans une cage dorée. Tu veux rester ? Tu paies. Tu ne peux pas ? Tu restes à l’extérieur. Et on ose appeler ça une avancée culturelle.

Ce n’est pas un streaming premium. C’est un plan d’affaires sans âme. Un modèle où l’humour sert à vendre, où la proximité sert à fidéliser, où la gratuité sert d’hameçon.

Le public n’est plus un citoyen, c’est un client captif. Et quand il se fatigue, on lui explique que c’est nécessaire, que tout le monde fait ça, que c’est la réalité du marché.

Non. C’est un choix.

Louis Morissette a le talent, le réseau, les moyens. Ce qu’il n’a plus, de plus en plus, c’est la crédibilité morale pour donner des leçons à l’État.

Critiquer le financement de la culture quand on est subventionné jusqu’à la moelle, commandité par des sociétés publiques et payé directement par le public à répétition, c’est indécent.

Le vrai K.O., il est là. Pas pour le ministre. Pour la confiance. Pour l’idée même que la culture québécoise sert encore d’abord le monde, avant de servir les bilans financiers.