Malaise à Brossard: Brendan Gallagher perdu sur la glace

Malaise à Brossard: Brendan Gallagher perdu sur la glace

Par David Garel le 2026-01-28

À Brossard, il y a des journées où l’entraînement ne sert pas à préparer un match, mais à exposer des vérités qu’on tente encore de repousser.

Celle d’aujourd’hui en faisait partie. Pas une rumeur, pas une interprétation : une succession de scènes malaisantes, visibles, filmées, commentées, qui finissent par raconter une histoire beaucoup plus lourde que n’importe quel point de presse. Et au centre de tout ça, encore une fois, Brendan Gallagher.

Le malaise commence là où plus personne n’est capable de se l’expliquer rationnellement : Brendan Gallagher utilisé à la pointe de l’avantage numérique sur la deuxième unité. Pas devant le filet, pas pour déranger le gardien, pas pour ramasser des retours, là où il a bâti sa carrière, mais à la pointe.

À gérer la rondelle. À lire le jeu. À distribuer. À tirer. C’est là que tout craque. Parce que ce n’est plus une question de respect, ni de loyauté, ni d’héritage. C’est une question de cohérence hockey.

Gallagher n’a plus de tir menaçant, plus de vision périphérique, plus de timing pour bouger la ligne bleue, plus la capacité de corriger une mauvaise réception sous pression.

À la pointe, il est perdu. Totalement. On le voit hésiter, figer, remettre la rondelle sans conviction, ralentir une séquence qui devrait être fluide. Ce n’est pas cruel de le dire : c’est cruel de le mettre là.

Le problème, ce n’est même pas qu’on n’ose pas encore le sortir de l’alignement. On peut comprendre cette partie-là.

On peut comprendre le poids symbolique, le vestiaire, le respect, l’homme. Ce que personne ne comprend, en revanche, c’est pourquoi on s’entête à lui donner des responsabilités qui exposent précisément ce qu’il n’est plus capable de faire.

À la pointe, sur un avantage numérique, tu ne peux pas tricher. Tout est amplifié. Chaque demi-seconde de retard saute aux yeux. Chaque mauvaise décision tue le momentum.

Et aujourd’hui, la vidéo est là. Brutale. Gallagher à la pointe, complètement dépassé par la vitesse d’exécution requise. La honte.

Et pendant que cette scène se déroule, un autre malaise s’installe en parallèle, tout aussi lourd : Patrik Laine, encore une fois, en alternance, encore une fois maintenu à distance du premier trio et de la première unité alors que tout le monde à Brossard voit qu’il est prêt.

Prêt physiquement. Prêt dans son coup de patin. Prêt dans son tir. Mais pas prêt… politiquement. On continue de le gérer comme une variable à contrôler plutôt qu’une arme à exploiter.

Résultat : un joueur élite fini-indésirable qui regarde passer son tour pendant qu’on force des responsabilités à des profils qui n’y correspondent plus.

Le malaise ne s’arrête pas là. Joe Veleno continue d’être celui qu’on sacrifie par défaut, alors que, sur la glace, il est objectivement plus utile, plus mobile, plus constant que Gallagher en ce moment.

Veleno patine, transporte, respecte son rôle. Mais il n’a pas l’historique. Il n’a pas la symbolique. Alors il paie. C’est ça, la vérité inconfortable. Et plus on la contourne, plus elle devient évidente.

Ajoutez à ça les autres détails qui, pris individuellement, semblent anodins, mais qui, mis ensemble, donnent l’impression d’un vestiaire en déséquilibre.

Samuel Montembeault qui change de masque comme si un nouveau design pouvait régler ses problèmes.

Ivan Demidov qui s’entraîne avec des bâtons Warrior en match car c'est son commanditaire principal, mais Bauer à l’entraînement parce qu’il est visiblement plus confortable ainsi.

Demidov est-il à ce point... au CASH?

Et au milieu de tout ça, Gallagher. Fatigué. Irrité. Visiblement impatient à l’entraînement. Regard fermé, langage corporel lourd, le guerrier est usé à la corde.

Ce qui rend tout ça encore plus difficile à avaler, c’est que les solutions existent. Si tu veux une pointe sécuritaire sur la 2e unité, tu mets Dobson et Matheson.

Si tu veux un tir, tu mets Laine. Si tu veux de l’énergie simple, tu mets Blais ou Veleno. Mais ce qui se passe en ce moment, c'est de traiter Gally le fini en chouchou.

À Brossard, aujourd’hui, ce n’était pas un entraînement ordinaire. C’était une accumulation de scènes qui racontent toutes la même chose : le Canadien avance, mais traîne encore des décisions qu’il n’ose pas pleinement assumer.

Gallagher n’est pas le problème humain. Il est le symptôme d’une organisation coincée entre ce qu’elle respecte et ce qu’elle doit faire pour rester cohérente sur la glace.

Et tant qu’on continuera de le placer à la pointe d’un avantage numérique, tant qu’on continuera de forcer des rôles plutôt que d’accepter la réalité, le malaise ne fera que grandir.

Parce que la glace, elle, n’a aucune mémoire. Elle ne respecte ni les carrières, ni les sacrifices. Elle expose seulement ce qui est encore possible… et ce qui ne l’est plus.

Le malaise... est devenu invivable...