Le couperet est tombé sans avertissement.
À la veille du match contre les Capitals, Martin St-Louis confirme que Zachary Bolduc sera inséré dans l’alignement. Alexandre Texier, lui, saute son tour.
Retiré de la formation.
Bolduc, Struble et Dobes affronteront les Caps samedi. Texier et Xhekaj seront laissés de côté
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 28, 2026
Bolduc, Struble and Dobes will face the Caps on Saturday. Texier and Xhekaj are healthy scratches#GoHabsGo pic.twitter.com/RkYbmAqsk4
Parce que dans le cas de Texier, ça ne tombe pas dans le vide.
Ça tombe dans une saison en montagnes russes.
Ça tombe dans une carrière marquée par les interruptions.
Ça tombe dans une tête qui a déjà connu le doute, la remise en question, l’arrêt complet.
On parle d’un joueur qui, à 26 ans, a déjà traversé plus que bien des vétérans.
Columbus. Les attentes. Le rôle jamais stabilisé.
Le congé personnel en 2023 pour prendre soin de sa santé mentale — décision courageuse, mais qui a laissé une cicatrice dans le narratif autour de lui.
Retour en Europe pour se rebâtir. Passage à Saint-Louis qui ne décolle pas.
Puis Montréal.
Un nouveau départ.
Une bonne séquence en début de saison. Suffisamment convaincante pour mériter une prolongation de contrat de deux ans à 2,5 millions par saison jusqu’en 2028.
Un vote de confiance.
Mais un vote de confiance n’est pas une carte VIP vers le noyau.
Et c’est là que le malaise s’installe.
Parce qu’en février, Texier vivait l’autre extrême.
Village olympique. Équipe de France. Meilleur joueur de son groupe. Porte-drapeau émotionnel d’un pays qui tente de construire quelque chose sur cinq ou six ans.
« Représenter ton pays… l’expérience était incroyable », disait-il avec des étoiles dans les yeux.
À Milan, il était la référence.
À Montréal, il est une pièce interchangeable.
C’est brutal comme contraste.
Du sommet national à la rotation du bottom six.
Et le pire? Ce n’est même pas une punition. C’est de la profondeur.
Le Canadien est riche.
Bolduc pousse.
Newhook est revenu.
Dach est en santé.
Evans joue son rôle.
Gallagher refuse de disparaître.
Anderson a son statut.
Danault demeure une référence défensive.
Dans ce contexte, quelqu’un doit s’asseoir.
Cette fois, c’est Texier.
Et oui, ça peut réveiller des démons.
Pas parce qu’il est fragile.
Mais parce qu’il connaît ce film-là.
Être sur la ligne mince.
Ne jamais savoir si ton rôle est stable.
Sentir que tu dois prouver à chaque présence que tu mérites ta chaise.
On l’avait écrit : le jeu de la chaise musicale allait commencer.
Zachary Bolduc a ouvert la danse.
Alexandre Texier embarque dans le tour suivant.
La vraie question maintenant n’est pas “pourquoi lui?”.
La vraie question est : combien de temps cette rotation va durer?
Est-ce que ce sera équitable?
Parce qu’on le sait, dans toutes les équipes de la LNH, il existe des statuts.
Brendan Gallagher.
Phillip Danault.
Josh Anderson.
Jake Evans.
Des vétérans. Des gars identifiés. Des contrats installés.
Est-ce que l’un d’eux goûtera au même traitement?
Ou est-ce que la chaise musicale va surtout toucher les “entre-deux” — ceux qui ne sont pas des piliers, mais pas non plus des prospects intouchables?
Texier est exactement dans cette zone grise.
Ni noyau dur.
Ni simple profondeur AHL.
Un joueur utile. Polyvalent. Intelligent.
Mais pas encore indispensable.
Et c’est ça qui peut ronger.
Parce qu’il a signé une extension.
Parce qu’il pensait peut-être avoir stabilisé sa trajectoire.
Parce qu’à 26 ans, tu veux sortir de la catégorie “projet”.
Tu veux être une certitude.
Montréal n’est plus en reconstruction douce.
On parle de séries.
On parle de sprint de 20 matchs.
On parle d’un vestiaire où la patience diminue.
Dans un tel contexte, les émotions olympiques ne comptent plus.
Les discours sur “construire quelque chose sur cinq ans” ne veulent rien dire.
Seuls les détails, les replis, la constance défensive dictent l’alignement.
Texier le sait.
La profondeur est un luxe… mais aussi un piège.
Un piège mental.
Parce qu’il suffit de deux matchs moyens pour glisser.
Il suffit d’un retour de blessure pour disparaître.
Il suffit d’un jeune qui pousse pour te faire sentir remplaçable.
Et remplaçable, c’est exactement le mot que personne ne veut entendre.
Surtout quand tu as déjà vécu les hauts et les bas d’une carrière instable.
La bonne nouvelle?
Ce n’est pas une condamnation.
C’est une rotation.
La mauvaise?
Les rotations prolongées laissent des traces.
On va surveiller deux choses.
D’abord, la gestion de Martin St-Louis.
Est-ce que le traitement sera uniforme?
Est-ce que les vétérans devront aussi s’asseoir?
Ensuite, la réaction de Texier.
Parce que dans ce genre de situation, il existe deux issues :
Soit tu replonges dans le doute.
Soit tu transformes la frustration en moteur.
À Montréal, personne ne protège longtemps ceux qui hésitent.
La chaise musicale vient de commencer.
Et Alexandre Texier n’a plus droit à une rechute.
Le timing est cruel.
Mais la réponse, elle, lui appartient.
À suivre ...
