Bagarre générale, controverse, show incroyable. Et un immense malaise.
Avant même que la rondelle touche la glace, il y a eu ce moment gênant. Une tentative de mise en scène avec des pirates, un jeu d’acteur forcé, théâtral, étiré, qui tombait complètement à plat.
On sentait que ça ne levait pas, que la foule ne savait pas trop si elle devait applaudir, rire ou simplement attendre que ça passe.
Et le contexte rendait la chose encore plus étrange : on était au Raymond James Stadium, le domicile des Buccaneers, un lieu déjà représenté par l'image des pirates. On comprend l'idée... mais c'était tellement raté.
Voici la présentation honteuse:
Au lieu d’un clin d’œil assumé, ça donnait l’impression d’un numéro de trop, d’un moment artificiel qui jurait avec ce qui allait suivre. Un préambule maladroit, presque inconfortable… et paradoxalement, un contraste parfait avec la suite, parce qu’après ce départ malaisant, la soirée allait complètement exploser et devenir tout sauf tiède ou contrôlée.
Ce Lightning–Bruins présenté dans le cadre de la Série des stades de la LNH au Raymond James Stadium appartient à la légende.
Une remontée impossible, une bataille de gardiens en plein air, un coach déguisé en personnage culte du cinéma, une foule en délire, et une intensité qui a dépassé le simple cadre d’un match de saison régulière.
Tout a commencé dans le chaos total. Onze secondes après la mise au jeu initiale, Brandon Hagel inscrivait le but le plus rapide de l’histoire des matchs extérieurs de la ligue, effaçant une marque vieille de 2008. Le stade a explosé. À ce moment précis, personne n’aurait pu imaginer que ce n’était que le prélude à un scénario totalement fou.
Car après ce départ éclair, les Bruins de Boston ont complètement renversé la table. Cinq buts sans réplique, une domination clinique, une impression de match hors de contrôle pour le Lightning.
Alex Steeves, Morgan Geekie à deux reprises, Viktor Arvidsson et Matthew Poitras ont réduit le Raymond James Stadium au silence, installant un score de 5-1 qui semblait définitif. À ce stade, Tampa était non seulement battu, mais humilié à domicile, devant une foule immense, dans un événement conçu pour célébrer la franchise.
C’est là que la soirée a basculé dans une autre dimension.
En deuxième période, Brandon Hagel a tenté de soutirer une rondelle coincée entre les jambières de Jeremy Swayman. Dans l'ambiance d’un match extérieur survolté, a été l’étincelle parfaite.
Swayman a explosé, s’est jeté sur Hagel, déclenchant une mêlée devant son filet. Et c’est à ce moment précis qu’Andrei Vasilevskiy a décidé que ça suffisait.
Le gardien du Lightning a quitté son territoire, a avancé vers le centre de la patinoire. Swayman l’a vu. Les deux se sont regardés. Casques, masques et mitaines ont volé.
Pour la première fois de leur carrière respective, les deux gardiens en sont venus aux coups, sous les cris de la foule et le plaisir évident des joueurs sur les bancs.
Une vraie bataille de gardiens, en plein air, dans un stade de football, diffusée partout en Amérique du Nord. Une scène qui, à elle seule, justifie le qualificatif de « match de l’année ».
Le gardien des Bruins s'est fait corriger pour le monstre russe du Lightning.
Cette séquence a tout changé. Le Lightning s’est réveillé. L’équipe a soudainement retrouvé son identité : agressive, rapide, opportuniste.
Profitant de l’indiscipline de Boston, Tampa a inscrit trois buts consécutifs en avantage numérique par l’entremise d’Oliver Bjorkstrand, Darren Raddysh et Nick Paul. Le match, qui semblait enterré, est redevenu vivant. Le stade aussi.
Et comme souvent lorsque le chaos règne, Nikita Kucherov a pris le contrôle. Nommé joueur du mois de janvier après une séquence démentielle de 31 points en 13 matchs, le Russe a poursuivi sur sa lancée avec une performance de quatre points.
Trois passes, puis le but égalisateur en troisième période, son 28e de la saison, pour forcer la prolongation. À chaque présence, il dictait le rythme, trouvait les espaces, ralentissait le jeu quand il le fallait, l’accélérait quand Boston était à bout de souffle.
La prolongation a été le reflet du match : tendue, dramatique, indisciplinée. Une autre pénalité des Bruins, une septième supériorité numérique consécutive pour Tampa. Kucherov a frappé la barre transversale de plein fouet. Le genre de tir qui fait vibrer tout un stade et retient le souffle pendant une fraction de seconde.
En tirs de barrage, Jake Guentzel a tranché. Un seul but. Suffisant. David Pastrnak a frappé le poteau sur la dernière tentative. Fin du match. Victoire de 6-5 du Lightning, la plus grande remontée de l’histoire de la concession, dans l’un des contextes les plus spectaculaires imaginables.
Mais réduire cette soirée à ce qui s’est passé sur la glace serait passer à côté de l’essentiel. Ce match était aussi un spectacle total, assumé, presque théâtral.
Les arrivées au stade ont donné le ton. Les joueurs du Lightning, guidés par Baker Mayfield et Tristan Wirfs, ont défilé en équipements de football complet avec l'unuforme des Buccaneers de Tampa Bay dans la NFL.
Les Bruins, eux, ont opté pour un hommage aux pères fondateurs américains, habillés patriotes. Déjà, on était ailleurs.
Et puis il y a eu Jon Cooper.
L’entraîneur-chef du Lightning est arrivé vêtu comme Tony Montana, le personnage mythique incarné par Al Pacino dans le film Scarface.
Certains ont crié au mauvais goût, à la glorification d’un personnage associé à la violence et au trafic de drogue. D’autres y ont vu exactement ce que c’était : un entraîneur parfaitement conscient du contexte, qui a décidé d’embrasser le côté excessif de l’événement plutôt que de le fuir.
Dans une ligue souvent critiquée pour son manque de personnalité, Cooper a fait l’inverse. Il a joué le jeu. Il s’est amusé. Il a compris que ce match n’était pas seulement une rencontre de saison régulière, mais un moment de divertissement majeur, une vitrine, un produit culturel.
Et honnêtement, au vu de l’intensité, de la folie et de la réaction du public, difficile de prétendre qu’il s’est trompé.
Ce Lightning–Bruins restera comme un condensé de tout ce que la LNH peut offrir quand elle accepte de sortir du cadre : du talent brut, de la rivalité, de l’émotion, de l’imprévisible, et une dose assumée de spectacle.
Entre la bataille des gardiens, la remontée improbable, la domination de Kucherov et l’imagerie presque hollywoodienne autour de l’événement, on n’a pas simplement assisté à un match de hockey.
On a assisté à un moment gravé à vie dans notre histoire. On a encore des frissons dans le dos.
