Le traditionnel match de hockey-balle organisé dans le cadre du Week-end de la famille à l’Omnium Banque Nationale de Montréal avait tout pour être une célébration. Des centaines de spectateurs, des enfants survoltés, des joueurs professionnels venus donner de leur temps, des autographes à la chaîne et une ambiance festive au Stade IGA.
Mais un détail a rapidement attiré l’attention de plusieurs personnes sur place.
Marc-Édouard Vlasic portait un chandail des Sharks de San Jose.
Un choix qui a laissé plusieurs observateurs étonnés. Pour ne pas dire sur le derrière.
D'accord, il a passé toute sa carrière avec les Sharks. C’est justement ce qui rendait la scène encore plus étrange.
Comment expliquer qu’un joueur qui a publiquement réglé ses comptes avec son ancienne organisation choisisse encore aujourd’hui d’en afficher les couleurs?
Quelques mois plus tôt, Vlasic avait accordé une entrevue remarquée au 98,5 Sports dans laquelle il avait vertement critiqué les Sharks.
Il reprochait à l’organisation la lenteur de sa reconstruction, laissait entendre que la direction prenait les mauvaises décisions et multipliait les commentaires amers sur une équipe avec laquelle il semblait avoir complètement rompu.
Ce n’était d’ailleurs pas la première fois.
Avant de s’en prendre à l’organisation au complet, il avait déjà exprimé son mécontentement envers lec coach Ryan Warsofsky. Finalement, c’est toute la direction menée par Mike Grier qui s’est retrouvée dans sa ligne de mire.
Le message était cinglant.
Vlasic ne comprenait pas la direction empruntée par les Sharks.
Il faut dire qu'il n'a jamais accepté que San Jose rachète son contrat.
Une séparation qui ressemblait davantage à une rupture et un coeur brisé pour Vlasic.
On parle pourtant d’un joueur qui a disputé 19 saisons avec l’organisation. La séparation s’est faite sans véritable célébration, ce qui démontre que le divorce était consommé depuis longtemps. On ne l'a jamais honoré.
Vlasic avait déclaré que les Sharks ne savaient pas comment reconstruire. Pourtant, un an plus tard, tout le monde encense Mike Grier. L’organisation est maintenant considérée comme l’une des mieux placées pour l’avenir. Les critiques de Vlasic ont mal vieilli.
Il avait toujours un discours où le problème était les autres. David Quinn. Jamais il ne reconnaissait que son propre niveau de jeu avait énormément chuté.
Il refuse encore aujourd’hui d’annoncer sa retraite. Techniquement, il laisse la porte ouverte. Mais il a pris une année complète loin du hockey. À 39 ans, après un an sans jouer, les chances qu’une équipe lui offre un contrat sont nulles. Tout le monde comprend que sa carrière est terminée, sauf peut-être lui.
Voilà pourquoi le voir débarquer au Stade IGA avec un chandail des Sharks sur le dos a créé un véritable malaise.
Quel message voulait-il envoyer?
Était-ce un geste de nostalgie? Une façon d’honorer les 19 saisons passées dans cette organisation? Ou simplement le premier chandail qui lui est tombé sous la main?
Personne ne semblait vraiment comprendre.
D’un côté, un joueur qui avait durement critiqué son ancienne équipe et laissé entendre que la reconstruction était mal gérée.
De l’autre, le même joueur qui continuait d’en porter les couleurs comme si rien ne s’était passé.
Cette image résumait à elle seule toute l’ambiguïté entourant la fin de sa carrière.
Car officiellement, Marc-Édouard Vlasic n’a toujours pas annoncé sa retraite.
Il continue d’entretenir l’idée qu’un retour dans la LNH demeure possible.
Il a lui-même révélé avoir reçu quelques approches après son rachat, mais avoir privilégié sa famille à l’approche de la naissance de sa fille. Il a expliqué avoir pris du recul et vouloir réévaluer sa situation plus tard, sans fermer complètement la porte à un retour.
En théorie, le dossier demeure donc ouvert.
En pratique, très peu de gens croient qu’une équipe lui offrira un contrat.
À 38 ans, après 1323 matchs dans la LNH, Vlasic n’était déjà plus un joueur régulier avec les Sharks avant même son rachat. L’organisation l’avait progressivement écarté de l’alignement pendant qu’une nouvelle génération prenait le relais autour de Macklin Celebrini, Will Smith, Sam Dickinson et plusieurs autres jeunes espoirs.
Les Sharks avaient tourné la page.
Le reste de la LNH aussi.
Son année loin du hockey n’a évidemment rien changé à cette réalité. Au contraire. Pendant que les autres vétérans tentaient de convaincre des équipes au camp d’entraînement ou en Europe, Vlasic a choisi de consacrer son temps à sa famille.
Un choix parfaitement respectable sur le plan personnel.
Mais sur le plan sportif, cette pause d’une saison complète rend aujourd’hui un retour encore plus improbable.
C’est pourquoi cette apparition au Stade IGA a suscité autant de questions.
Il ne s’est pas présenté comme un ancien joueur.
Il ne s’est pas présenté comme un retraité.
Il donnait plutôt l’impression d’être encore attaché à une organisation avec laquelle tout semblait pourtant s’être terminé dans l’amertume.
L’image envoyait un message complètement contradictoire avec les déclarations qu’il avait faites au cours des derniers mois.
Au fond, c’est peut-être ce qui résume le mieux la situation de Marc-Édouard Vlasic.
Un immense défenseur qui a marqué l’histoire des Sharks, mais dont la fin de parcours demeure difficile à définir.
Il n’a jamais officiellement fermé le livre.
Il continue de croire qu’un téléphone pourrait sonner.
Pendant ce temps, le reste du monde du hockey semble déjà avoir tourné la page.
Et voir celui qui avait tant dénoncé les Sharks porter encore leur chandail a rappelé à tout le monde une chose.
Même après un divorce aussi public, certains liens restent difficiles à couper… même lorsqu’ils ne semblent plus avoir aucun sens.
