Manque de classe dans les gradins: les partisans du CH accusés

Manque de classe dans les gradins: les partisans du CH accusés

Par David Garel le 2026-02-01

Il y a quelque chose qui s’est brisé hier soir à Buffalo pour les Sabres, et ce n’est pas seulement le pointage final.

Au KeyBank Center, ce match entre le Canadien de Montréal et les Sabres de Buffalo a rapidement dépassé le cadre du hockey.

Ce qui devait être une simple rivalité de division s’est transformé en procès public des partisans montréalais, accusés de tous les maux par une partie de la base partisane des Sabres et par certains médias américains visiblement très confortables avec les raccourcis culturels de "frogs".

Oui, une photo circule. Oui, on y voit des partisans du Canadien faire un doigt d’honneur aux joueurs des Sabres. Ce n’est ni élégant ni défendable.

Mais ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle cet instant isolé est devenu un symbole commode, brandi pour peindre l’ensemble des partisans montréalais comme des sauvages incapables de se tenir en public.

Comme si, soudainement, la mauvaise conduite devenait une exclusivité francophone. Comme si, par magie, les insultes, les gestes déplacés et les débordements n’existaient pas ailleurs dans la LNH.

Le malaise, lui, commence précisément là.

Car pendant que certains pointaient du doigt cette photo en criant au scandale, très peu ont pris la peine de rappeler le contexte.

Les partisans du Canadien ont été pris à partie toute la soirée. Des insultes lancées vers les fans di CH, des commentaires déplacés visant des femmes portant le chandail du CH, des chants « USA, USA, USA » scandés avec une ferveur presque caricaturale, comme si l’équipe adverse était composée exclusivement de joueurs américains.

Ironique, quand on sait que le hockey moderne est une mosaïque internationale et que même les Sabres n’échappent pas à cette réalité.

Ce qui dérange vraiment, au fond, ce n’est pas un geste isolé dans les gradins. Ce qui dérange, c’est la marée rouge.

C’est cette sensation, pour les partisans locaux, de perdre leur aréna lors d’un match à domicile. Comme c’est souvent le cas, les partisans du Canadien de Montréal se sont déplacés en grand nombre à l’étranger, transformant Buffalo en annexe du Centre Bell. Et ça, clairement, ça ne passe pas.

Rasmus Dahlin n’a d’ailleurs pas pris de détour pour l’exprimer après la défaite de 4 à 2 des siens. Le défenseur des Sabres a reconnu l’appui reçu par son équipe, mais a ajouté, sans détour, qu’il ne voulait plus revoir autant de chandails rouges dans son aréna.

Un commentaire révélateur, moins dirigé contre un comportement précis que contre une réalité devenue difficile à avaler : à Buffalo, quand le Canadien débarque, l’ambiance bascule.

Jake Sanderson avait dit la même chose il y a deux semaines en se disant humilié que les fans du CH débarque à Ottawa et prenne le contrôle de l'amphithéâtre.

Encore une fois, ce n’est pas tant le bruit qui dérange que son origine. Quand ce sont les partisans locaux qui huent, qui crient, qui provoquent, on parle de passion. Quand ce sont les partisans du Canadien, on parle d’arrogance, de manque de classe, voire de problème culturel. Deux poids, deux mesures.

Sur la glace, pourtant, le Canadien a fait ce qu’il devait faire. Cole Caufield a encore une fois répondu présent dans les moments clés, continuant de s’inscrire dans une lignée offensive qui rappelle les grandes heures du club, au point d’être comparé à Guy Lafleur dans certaines statistiques récentes.

Ce n’est pas un hasard si le Tricolore s’accroche au sommet de la section Atlantique. Avec cette victoire, l’équipe de Martin St-Louis se retrouve troisième avec 69 points, deux de plus que Buffalo, même si les Sabres ont un match en main.

C’est peut-être là que se trouve le vrai nœud du problème. Le Canadien gagne. Le Canadien avance. Et il le fait en imposant sa présence partout où il passe, sur la glace comme dans les gradins.

Pour une organisation comme Buffalo, qui cherche encore à s’imposer comme une puissance stable dans sa division, voir son aréna envahi par des partisans adverses est un rappel brutal du chemin qu’il reste à parcourir.

Alors oui, il faut dénoncer les gestes déplacés, peu importe leur provenance. Oui, des partisans du Canadien ont dépassé les bornes et méritent d’être critiqués pour ce geste précis.

Mais non, cela ne justifie pas le procès collectif intenté aux partisans montréalais. Encore moins les raccourcis faciles sur les « French Canadians » incapables de se comporter.

La réalité, c’est que le hockey est un sport émotif, que les débordements existent partout, et que le Canadien, qu’on l’aime ou non, transporte avec lui une ferveur que bien peu d’équipes peuvent égaler.

Au final, Buffalo pourra se consoler d’une chose : les Sabres ne reverront plus le Canadien en saison régulière. Mais si les deux équipes se croisent en séries éliminatoires, une possibilité bien réelle au rythme actuel, la marée rouge, elle, sera encore au rendez-vous.

Imaginez. Le CH serait à domicile durant toute la série...