Bill Guérin est une honte ambulante. Et on ne dit pas ça parce qu'il a ignoré Cole Caufield et Lane Hutson de l'équipe olympique américaine.
Oui, il y a des décisions sportives qu’on peut débattre. Oui, il y a des choix d’alignement qu’on peut comprendre, même lorsqu’ils font mal. Mais il y a des gestes symboliques, lourds de sens, qui dépassent largement le cadre du hockey.
La conférence de presse de Bill Guerin, vendredi matin, appartient clairement à cette troisième catégorie.
Parce que non seulement Cole Caufield et Lane Hutson ne font pas partie de la formation américaine pour les Jeux olympiques de 2026 à Milan, mais Bill Guérin a carrément refusé de prononcer leurs noms. Pas une fois. Pas une allusion. Pas même une phrase respectueuse du type « il était dans la discussion ». Rien. Le silence total.
À la place, Guérin a choisi de commenter l’absence de Jason Robertson. Il a parlé longuement d’Adam Fox, justifiant son exclusion. Mais Cole Caufield? Lane Hutson?
Évaporés du discours officiel. Comme s’ils n’avaient jamais existé.
Pour les partisans du Canadien de Montréal, le message fait mal au coeur : ce n’est plus un désaccord hockey, c’est un pied de nez assumé.
La formation américaine est maintenant officielle : 14 attaquants, 8 défenseurs, 3 gardiens. Une équipe largement construite dans la continuité du tournoi des Quatre Nations, avec 21 joueurs de retour, et seulement quatre nouveaux visages.
Attaquants: Matt Boldy, Kyle Connor, Jack Eichel, Jake Guentzel, Jack Hughes, Clayton Keller, Dylan Larkin, Auston Matthews, J.T. Miller, Brock Nelson, Tage Thompson, Brady Tkachuk, Matthew Tkachuk et Vincent Trocheck.
Défenseurs: Brock Faber, Noah Hanifin, Quinn Hughes, Seth Jones, Charlie McAvoy, Jake Sanderson, Jaccob Slavin et Zach Werenski.
Gardiens: Connor Hellebuyck, Jake Oettinger et Jeremy Swayman.
En attaque, Guérin a misé sur des profils qu’il adore depuis toujours. Des joueurs qu’il juge fiables, physiques, responsables défensivement, capables de jouer sans la rondelle et d’encaisser un match de séries internationales.
Même les ajouts, Tage Thompson et Clayton Keller, sont justifiés par un argument précis : ils ont gagné le championnat du monde en 2025, alors que Cole Caufield a snobé l'évènement.
La mentalité n’a jamais changé, et Guérin l’a répété encore cette semaine pour qu’on comprenne bien le fond de sa pensée :
« Nous voulions bâtir une équipe, pas une équipe d’étoiles. Si tu ne peux pas jouer sans la rondelle, si tu ne peux pas frapper et être responsable défensivement, ce n’est probablement pas le bon tournoi pour toi. »
C’est cette phrase-là qui scelle définitivement le sort de Cole Caufield.
Ce qui choque à Montréal, ce n’est pas seulement l’exclusion de Cole Caufield.
C’est la manière.
Caufield est l’un des meilleurs marqueurs américains de la LNH. Il est décisif en prolongation. Il est excellent en tirs de barrage. Il est capable de renverser un match sur une seule présence. Même The Athletic le reconnaît :
« Pour une équipe qui a perdu une finale par un seul but, laisser un joueur comme Caufield à la maison est un pari risqué. »
Et pourtant, Guérin ne l’a même pas mentionné parmi les omissions notables.
Comme si la décision allait de soi.
Comme si le dossier était fermé depuis longtemps.
À Montréal, plusieurs observateurs en arrivent à la même conclusion : les dés étaient pipés d’avance.
L’épisode de Prague, lors du Championnat du monde, continue de planer comme une ombre. Caufield, jeune, célibataire, adulé, avait profité de la vie nocturne et des femmes tchèques.
Rien d’illégal. Rien de sanctionné. Mais dans l’esprit de Guérin, cet épisode a cristallisé une image : celle d’un joueur jugé trop axé sur son petit nombril, trop libre, pas assez « militaire » dans son approche.
Depuis, peu importe les buts, peu importe l’évolution de son jeu, peu importe le fait qu’il soit aujourd’hui beaucoup plus discret et structuré, le verdict semble immuable.
Lane Hutson? Même mépris, autre dossier.
Aucun commentaire. Aucun mot. Aucun effort pour expliquer pourquoi l’un des défenseurs offensifs les plus électrisants de la ligue n’a même pas été considéré comme solution de rechange.
À la place, Guérin a longuement parlé d’Adam Fox, expliquant que le rythme du tournoi des Quatre Nations l’avait exposé, que certaines erreurs, notamment sur le but gagnant de Connor McDavid, étaient « restées gravées dans la mémoire du groupe ».
Autrement dit : Fox a été analysé, décortiqué, expliqué. Hutson a été ignoré.
Pour le Québec hockey, c’est difficile à avaler.
Depuis l’annonce officielle, la réaction est immédiate.
Réseaux sociaux en feu. Émissions de radio en mode indignation. Et un sentiment largement partagé : Bill Guérin n’aime pas le Canadien de Montréal, et il ne s’en cache plus.
Personne ne dit que Caufield ou Hutson devait automatiquement faire l’équipe.
Mais ne même pas le nommer, alors qu’il cite Robertson, Fox et d’autres omissions, c’est perçu comme une humiliation gratuite.
D’autant plus que Guérin sait exactement ce que Caufield et Hutson représentent à Montréal. Il sait que chaque mot ,ou chaque silence, est analysé. Et il a choisi le silence.
Sur papier, l’équipe américaine est solide. Excellente devant le filet. Profonde en défense. Physique à l’attaque.
Mais elle laisse à la maison plusieurs joueurs capables de créer quelque chose à partir de rien : Caufield, Hutson, Robertson, DeBrincat.
Guérin assume pleinement ce risque.
« Nous avons un bassin de talent immense. Certains très bons joueurs ont dû être laissés de côté. Mais nous croyons que ce groupe-ci peut gagner l’or. »
S’il réussit, il sera encensé.
S’il échoue, chaque but manqué, chaque avantage numérique stérile, chaque prolongation perdue ramènera deux nom sur la table : Cole Caufield et Lane Hutson.
Et maintenant?
Pour Caufield, le coup est dur. Très dur.
Des proches du joueur parlent d’une énorme déception, au point où la nouvelle aurait littéralement gâché son congé des Fêtes. Il voulait faire cette équipe-là. Il croyait, sincèrement, avoir fait tout ce qu’on lui demandait.
Martin St-Louis, qui a lui-même connu l’exclusion au plus haut niveau international, devra trouver les mots. Parce que cette fois, ce n’est pas un manque de talent qui est pointé du doigt. C’est une philosophie.
Et une chose est sûre : Bill Guérin n’a pas seulement choisi une équipe. Il a envoyé un message.
À Montréal, on l’a reçu. Fort. Clair. Et très mal.
