Manque de respect: Simon Gagné fustige les joueurs canadiens de quitter le village olympique

Manque de respect: Simon Gagné fustige les joueurs canadiens de quitter le village olympique

Par David Garel le 2026-02-09

À Milan, pendant que tout le monde parle de médailles, de combinaisons de trios et de stratégie, une décision beaucoup plus fondamentale est en train de passer sous le radar : le Canada a choisi de quitter le village olympique.

Et pour Simon Gagné, c’est une erreur majeure. En entrevue avec le Journal de Montréal, Gagné a fustigé la décision de Hockey Canada.

Selon lui, on ne parle pas d'une petite nuance logistique. On parle d'une vraie faute de jugement.

Gagné sait exactement de quoi il parle. Il l’a vécu de l’intérieur, en 2006, quand Hockey Canada avait déjà décidé de sortir son équipe du village pour loger joueurs et familles dans des condos en ville. Sur papier, ça semblait confortable. En réalité, ça a été un fiasco.

Selon lui, les installations étaient ordinaires, l’environnement inconfortable, et surtout : l’équipe a perdu quelque chose d’essentiel en chemin. Le rythme, l’énergie, la chimie. Résultat ? Une formation pourtant bourrée de talent qui n’a jamais trouvé ses jambes, qui s’est mise à trébucher sur les détails, et qui a terminé son tournoi dans une immense déception collective.

Ce n’est pas juste une question de lits plus mous ou de chambres plus grandes. C’est une question d’âme.

« On avait une équipe remplie de talent, mais la chimie n’a jamais pris. On se sentait lourds, on s'est planté sur des détails, et à la fin, on n’avait tout simplement plus d’énergie. Ç’a été une énorme déception. »

« Avec le recul, je suis convaincu que le fait de ne pas être au village nous a coupés de quelque chose d’essentiel. Ce n’était pas juste une question de logistique, c’était une question d’esprit. »

Gagné compare directement cette expérience ratée à ce qu’il avait vécu auparavant dans le village en 2002 à Salt Lake City, entouré d’athlètes de partout dans le monde. Là où tu manges à côté d’un skieur, où tu croises une gymnaste dans l’ascenseur, où tu réalises que d’autres sportifs ont consacré quatre ans de leur vie pour un seul moment.

Ce mélange crée une humilité, une solidarité, une énergie impossible à reproduire dans un hôtel cinq étoiles.

Même son de cloche du côté de Martin Brodeur, qui a connu plusieurs Olympiques. Lui aussi insiste sur cet aspect humain : partager une chambre avec des légendes comme Wayne Gretzky, manger à la cafétéria avec des athlètes anonymes, entendre les histoires de ceux qui finissent derniers mais qui sont quand même fiers d’être là. Pour Brodeur, c’est ça, les Jeux. Pas un lobby feutré. Pas un service aux chambres.

« Aux Jeux, vivre dans le village, c’est complètement différent de la LNH. Tu partages le quotidien d’athlètes qui ont tout sacrifié pour être là, et ça te replace rapidement les idées. »

« J’ai déjà mangé avec des athlètes qui venaient de finir derniers dans leur discipline, mais qui étaient heureux comme jamais. Ça te frappe. Tu réalises que les Jeux, ce n’est pas juste une médaille, c’est une expérience humaine unique. »

« Quand on quitte le village pour aller dans des hôtels de luxe, on perd ce contact-là. On perd une partie de ce qui rend les Olympiques spéciaux. »

Et aujourd’hui, à Milan, le Canada est en train de refaire exactement la même erreur qu’en 2006.

Officiellement, on parle de récupération, de confort, de concentration maximale sur l’objectif ultime : l’or. Mais ce discours cache mal une réalité beaucoup plus froide : on isole les joueurs du reste du monde olympique pour les placer dans une bulle de professionnels millionnaires, loin de l’esprit des Jeux.

Oui, les joueurs ont fait un passage éclair au village. Oui, ils ont souri, serré quelques mains, pris deux ou trois photos. Mais dès que le tournoi commence, ils plient bagage.

Pour Gagné, c’est précisément là que ça dérape.

Parce qu’en quittant le village, tu ne gagnes pas juste du silence et des rideaux opaques. Tu perds aussi l’inspiration.

Tu perds le rappel constant de pourquoi tu es là. Tu perds cette pression positive créée par la proximité d’athlètes qui se battent avec beaucoup moins de moyens, beaucoup moins de visibilité, mais tout autant de cœur.

Et l’histoire est cruelle : la dernière fois que le Canada a fait ça, ça s’est terminé par l’un des pires résultats olympiques de son histoire.

Ce n’est pas une superstition. C’est un précédent.

Pendant ce temps, les Américains, eux, ont choisi l’approche inverse. Chambres partagées. Village olympique. Promiscuité assumée. Les frères Tkachuk ont même transformé leur section du bâtiment en véritable dortoir d’équipe. Ils veulent vivre les Jeux. Respirer les Jeux. Être dedans jusqu’au cou.

Le Canada, lui, se met déjà à part.

Et c’est exactement ce que Simon Gagné dénonce.

Parce qu’au-delà des systèmes et des unités spéciales, il y a une vérité simple : les Olympiques ne sont pas une tournée de la LNH. Ce n’est pas un voyage d’affaires. C’est un événement unique, chargé d’émotion, de symboles et de rencontres.

En tournant le dos à ça, Hockey Canada prend un risque énorme.

Un risque humain.

Un risque collectif.

Et peut-être, encore une fois, un risque sportif.

À Milan, on verra bientôt si cette décision “pragmatique” était visionnaire… ou si elle deviendra, comme en 2006, un autre chapitre douloureux dans l’histoire olympique du hockey canadien.

Simon Gagné et Martin Brodeur, eux, ont déjà donné leur verdict.

On sent le mauvais karma à plein nez.