Marc Bergevin brise le silence: il donne une entrevue à coeur ouvert

Marc Bergevin brise le silence: il donne une entrevue à coeur ouvert

Par David Garel le 2026-01-13

Marc Bergevin sort enfin de son silence médiatique en accordant une entrevue cinglante.

Quand il a pris place devant Martin Biron, pour Sabres Live, on sentait une curiosité collective : allait‑il réellement parler ? Vraiment ? Enfin ?

L’ex‑directeur général du Canadien de Montréal, celui qui n’a jamais accordé d’entrevue aux médias québécois depuis son départ, venait de franchir une frontière.

Là, devant les caméras des Sabres, il a ouvert sa fenêtre intérieure. Il a dévoilé son jardin secret.

Biron demande l’origine de son arrivée à Buffalo. Bergevin sourit, parle calmement, presque comme s’il racontait une histoire à un ami.

« Ça s’est fait vite, vraiment vite, » explique‑t‑il.

« Jarmo Kekalainen a appelé Kenny (Ken Holland) à Los Angeles pour avoir la permission. C’est la bonne manière de faire. …Puis Kenny m’a appelé, et m’a dit : ‘Jarmo veut te parler d’un rôle aux Sabres.’ Et j’ai dit oui. »

Il poursuit :

« On avait une relation, Jarmo et moi, depuis des années. Pas de travail direct ensemble, mais on s’est souvent croisés lors des réunions des DG. On sortait dîner. On a développé une amitié. Quand cette opportunité est arrivée, j’ai senti que c’était la bonne chose à faire. »

Il évoque aussi son engagement avec Hockey Canada (il était déjà engagé avec l’équipe pour la Spangler Cup, il ne pouvait pas se retirer.

« J’ai dit à Jarmo : ‘Je ne peux pas revenir sur ça.’ Et il a dit que ce n’était pas un problème. »

Bergevin n’a vu qu’une poignée de matchs quand il est arrivé à Buffalo : Columbus, Vancouver, Rangers, Anaheim, Floride. Il décrit la progression de l’équipe et le chemin qu’il reste à parcourir avec franchise :

« Il y a de bons éléments en place, mais beaucoup de travail reste à faire. Nous n’avons rien accompli, autre que cette série de victoires, et il faut rester concentré. »

Quand Biron lui demande s’il préfère observer les joueurs ou les systèmes, Bergevin répond avec honnêteté :

« Je ne suis pas entraîneur. Je ne veux pas être entraîneur. J’ai fait un peu de coaching à Chicago une année, mais ça n’était pas pour moi.**

Il rend hommage au coach des Sabres, Lindy Ruff :

“Lindy a beaucoup d’expérience. Je ne vais pas lui dire comment coacher.”

Puis, sourire en coin... viennent ses anecdotes croustillantes.

Biron : « Tes farces sont bien documentées. Laquelle t’a valu le plus de problèmes ? »

Bergevin rit :

« Une fois à Tampa Bay, en 1992, lors de l’expansion… j’ai scotché la plaque d’immatriculation d’un gars avec du ruban. Sur le chemin du retour, il s’est fait arrêter par la police parce qu’ils pensaient qu’il conduisait sans plaque. Je n’ai pas eu de problème… mais lui, oui. »

« L’autre était avec Rob DeMio. Un matin, les entraîneurs avaient apporté des petits beignets, ces boules sucrées. Je les ai trempés dans la paraffine qu’on utilisait pour les mains, je les ai remis dans la boîte. Le matin, tout le monde s’est précipité : ‘Oh, des beignets !’ Et après une ou deux bouchées… boom, c’était de la paraffine. Ça ne fait pas mal, mais ce n’est pas très bon. »

Ce n’est pas juste une anecdote de vestiaire, c’est la preuve d’un esprit joyeux, joueur, proche des gars. Quelle différence avec l’image sévère qu’on lui a longtemps collée à Montréal.

Puis, vient le retour sur les débuts dans la gestion : scouting, Blackhawks, coaching et plus.

Bergevin remonte le fil de son parcours :

« Après le lock‑out, j’ai commencé comme scout pro avec Chicago. C’est comme ça que j’ai débuté. »

Puis, il raconte comment il a travaillé brièvement comme assistant avec Joel Queneville avec Blackhawks, avant de revenir à la direction du personnel des joueurs, là où il a senti que sa vraie passion résidait : l’évaluation et la gestion d’effectif.

Biron aborde ensuite des sujets plus personnels : ses amis de hockey, sa famille, ses enfants.

Les enfants de Bergevin sont tous diplômés d’université maintenant. Un fils a joué au soccer à Penn State, une fille a étudié à Boulder, un autre est allé à l’Université de Washington. Loin de l’aréna, mais connectés à la vie.

Puis, Biron l’interroge sur l’entraînement. Bergevin sourit :

« Vous voyez ces photos musclées de moi à l’époque du CH ? C’était Photoshop. »

« Mais j’aime m’entraîner. Ça clarifie l’esprit. Je ne suis pas golfeur. Je préfère travailler, courir, soulever des poids. C’est ma façon d’évacuer le stress. »

Dire qu'à Montréal, on l'accusait de prendre des stéroïdes et on se moquait de lui et Trevor Timmins en les appelant "le Biceps Club".

Quand Biron demande qui seraient ses trois choix all‑time pour une ligne mythique, Bergevin hésite, rit, choisit :

“Gretzky. Mario. Et… Ovechkin.”

Puis, il évoque Patrick Roy, Dominic Hasek, Martin Brodeur en gardiens légendaires, en donnant à chaque fois une réponse pleine de respect, d’expertise et d’admiration.

Enfin, quand Biron lui demande où il aimerait vivre s’il pouvait choisir n’importe quel endroit dans le monde :

“Costa Rica.”

Et il explique qu’il y possède une petite maison, un refuge zen. Un endroit pour souffler, mais jamais pour arrêterd’aimer le hockey.

Quand on lui demande si chaque match est comme lorsqu’il était jeune :

« Je n’ai jamais travaillé un jour de ma vie. Quand je vais voir un match de hockey, que ce soit à Hartford ou en Suisse… ce n’est pas du travail. C’est quelque chose que j’adore. »

C’est peut‑être la phrase la plus révélatrice de toute l’entrevue : un homme qui n’a jamais perdu l’amour du jeu.

Ce qui rend cette entrevue incroyable, ce n’est pas seulement la sortie de son silence. C’est le contraste entre l’homme qui a fui les médias québécois pendant des années et l’homme qui se raconte sans filtre aujourd’hui devant une équipe de télévision américaine.

À Montréal, il a souvent été perçu comme fermé, distant, inaccessible. À Buffalo, il apparaît humain, drôle, réfléchi, chaleureux, transparent.

Et quand il raconte des histoires avec humour, quand il parle de paraffine, de beignets, de policier, quand il rit de ses propres débuts, on ne peut s’empêcher de penser que son silence médiatique envers les Québécois est reliée à blessure sensible mal gérée ?

Cette entrevue, c’est justement un pied de nez à ses détracteurs québécois.

Marc Bergevin qui sort enfin de l’ombre et se raconte comme un homme, alors qu'il ne l'a jamais fait avec un journaliste de chez nous.

Une revanche... sans pitié...