Composer avec une anomalie n’est jamais confortable pour un entraîneur.
Encore moins dans la LNH moderne, où chaque rôle est balisé, optimisé, compartimenté.
Pourtant, c’est exactement ce que Martin St-Louis fait présentement avec Arber Xhekaj.
Pas un défenseur classique.
Pas un simple shérif non plus.
Quelque chose entre les deux, et surtout quelque chose qui n’entre dans aucune case préfabriquée du hockey d’aujourd’hui.
Dans les commentaires d’après-match, le message est clair. Pas spectaculaire. Pas vendeur. Mais révélateur.
Quand St-Louis parle de minutes solides, de missions partagées, de responsabilités défensives réparties entre Engström, Struble et « Jocko », il ne parle pas de robustesse.
Il parle de confiance structurelle. Il parle d’un défenseur qui n’a pas nui. Et, dans ce contexte précis, c’est énorme.
Parce que la réalité, c’est que jouer en défense change tout.
Un agitateur en attaque peut se permettre des absences mentales.
Un mauvais chiffre dans la colonne des revirements se camoufle.
Une pénalité inutile se dilue dans la rotation des trios.
En défense, chaque erreur se transforme en surnombre, en chance de marquer, en but potentiel.
Le filet est derrière toi. Pas devant.
Et malgré ça, Xhekaj doit aussi composer avec un deuxième rôle invisible, mais omniprésent.
Celui de policier.
Celui du gars que tout le monde regarde quand ça brasse.
Celui qui sait qu’à tout moment, un regard, une mise en échec ou un geste borderline peut l’obliger à répondre.
Deux jeux mentaux en parallèle.
Deux niveaux de stress.
Deux lectures à faire sur la même présence.
Dans la LNH moderne, les joueurs qui endossent encore un rôle d’agitateur ou de dur à cuire sont presque exclusivement… des attaquants.
En 2025-2026, les exemples sont connus : Mathieu Olivier, Nicolas Deslauriers, Curtis MacDermid, Matt Rempe, Tanner Jeannot lorsqu’il joue ce rôle-là.
Tous évoluent à l’aile ou au centre.
Leur réalité est simple : énergie, intimidation, présence physique, parfois une bagarre… et si une erreur se produit, elle se camoufle plus facilement à 200 pieds du filet.
Historiquement, c’était la même chose. Georges Laraque, Donald Brashear, Bob Probert, Tie Domi, Rob Ray, Chris Nilan, Marty McSorley, Ryan Reaves : tous des attaquants.
Aucun n’avait à gérer des sorties de zone sous pression, des lectures défensives constantes ou la responsabilité directe d’un revirement qui se transforme immédiatement en but contre.
Arber Xhekaj évolue dans un rôle que la ligue n’offre presque plus.
Défenseur à temps plein, avec des minutes défensives réelles, des missions structurées, tout en portant encore l’étiquette de shérif.
Chaque décision devient doublement lourde : gérer la rondelle proprement et savoir quand intervenir physiquement sans pénaliser son équipe.
Cette dualité-là n’existe pas chez les enforcers attaquants.
Et c’est précisément ce qui rend le cas Xhekaj unique… et infiniment plus complexe à encadrer pour un entraîneur comme Martin St-Louis.
Martin St-Louis l’a souligné sans même le nommer directement : rester dans sa game.
« Jocko a été solide ce soir. »
Dans un match contre une équipe comme la Caroline, qui joue avec du volume, de la pression constante et qui cherche à te faire sortir de ta structure, c’était un test parfait.
Et Xhekaj l’a passé.
Pas parce qu’il a frappé. Pas parce qu’il s’est battu.
Mais parce qu’il n’a pas dérapé.
Pas de pénalité stupide. Pas de revirement panique. Pas de poursuite inutile après un joueur qui cherchait clairement à l’entraîner ailleurs.
Ça, c’est de la maturité défensive.
Et ça, pour un gars avec son profil, ce n’est pas banal.
St-Louis parle souvent de décisions.
De gros joueurs qui doivent décider de jouer gros. De petits joueurs capables de jouer grand. Xhekaj, lui, doit décider quand jouer gros… et quand simplement jouer juste.
Avec les blessures à la ligne bleue, avec l’absence de Matheson, avec une brigade défensive testée soir après soir, ce genre de performance compte.
Pas spectaculaire. Mais essentielle.
Parce qu’elle envoie un message clair : ce joueur peut être sur la glace sans que tout explose.
La LNH moderne n’aime pas les exceptions.
Elle préfère les profils propres, lisibles, interchangeables.
Arber Xhekaj est tout le contraire. Une anomalie. Un casse-tête. Un pari constant.
Mais dans ce début d’année 2026, au cœur d’un calendrier lourd et d’un vestiaire amoché, cette anomalie-là commence à ressembler à un atout que Martin St-Louis apprend tranquillement à apprivoiser.
Et ça, pour le reste de la ligue, ce n’est peut-être pas une très bonne nouvelle.
À suivre ...
