Décidément, Zachary Bolduc continue de s'enfoncer un peu plus... chaque jour...
Il y a des retours à la maison qui réparent, et il y a ceux qui brisent encore un peu plus ce qui est déjà fissuré. Pour Zachary Bolduc, ce match à Saint-Louis avait tout pour ressembler à une tentative de rédemption intime, un moment pour prouver, à lui-même d’abord, que la transaction n’avait pas éteint ce qu’il était devenu avec les Blues, mais la soirée s’est transformée en cauchemar froid, silencieux, cruel, à l’image d’une défaite de 2-0 où chaque présence semblait alourdir un peu plus son dossier aux yeux de Martin St-Louis.
Bolduc voulait trop bien faire, et c’est précisément là que tout a dérapé. Dès les premières minutes, il a offert ce que les entraîneurs redoutent le plus chez un jeune attaquant en manque de confiance : un revirement inutile, mal senti, directement responsable du premier but, une erreur sans filet, sans excuse, dans un match où le Canadien n’avait déjà aucune marge de manœuvre offensive.
À partir de ce moment-là, tout son jeu s’est effondré comme un château de cartes : hésitant avec la rondelle, constamment en retard sur ses lectures, incapable d’imposer quoi que ce soit physiquement, Bolduc est devenu un joueur nuisible par accumulation de petites décisions ratées plutôt qu’un facteur positif.
Et c’est là que le discours médiatique québécois, qui depuis des semaines peignait Bolduc comme une victime du système et de la rigidité de St-Louis, a commencé à changer subtilement, presque à contrecœur.
Parce que quand un entraîneur te donne du temps de glace avec un trio censé te stabiliser, dans ce cas-ci avec Gallagher (en remplacement de Josh Anderson et Danault), un trio qui a été le pire du match, et que tu n’arrives toujours pas à exister, à gagner une bataille, à créer un simple momentum, la thèse du mauvais traitement commence à s’effriter d’elle-même.
Pendant ce temps-là, de l’autre côté de l’équation, Logan Mailloux, l'autre mal-aimé de la transaction, a joué ses 13 minutes sans éclat, sans drame, avec un différentiel de +1, sans que le match ne passe par lui, exactement ce qu’un jeune défenseur en chute libre doit parfois faire pour survivre dans une rencontre serrée.
Rien de spectaculaire, mais rien de catastrophique non plus. Pour la première fois depuis la transaction, le malaise était autour de Bolduc... pas de Mailloux...
À 22 ans, on ne peut évidemment pas parler d’un joueur fini, ni d’un cas désespéré, mais on commence à parler d’un joueur qui n’a toujours pas digéré sa transaction, qui joue avec un poids mental évident, qui semble chercher son identité à chaque présence plutôt que de s’y accrocher.
À Saint-Louis, il savait exactement qui il était : un marqueur, un gars de séquences, un attaquant qu’on protégeait défensivement pour maximiser son tir.
À Montréal, il est devenu un projet inachevé, évalué d’abord sur ses replis, ses couvertures, sa capacité à ne pas nuire, et ce glissement de critères l’a visiblement déséquilibré.
C’est précisément pour cette raison que, pour la première fois depuis longtemps, une partie importante du discours médiatique québécois commence à donner raison à St-Louis de ne pas faire confiance à Bolduc.
Le coach du CH se faisait traiter de tous les noms pour son mauvais traitement envers l'attaquant qubécois. Bolduc était dépeint comme une victime alors que St-Louis était le méchant bourreau qui détruisait son joueur.
Mais la réalité est que St-Louis savait ce qu'il faisait: comme s'il avait que Bolduc était nuisible à son équipe.
Quand un joueur est incapable de répondre présent dans un match aussi symbolique, aussi chargé émotionnellement que sontre son ancienne équipe, l’argument du « le coach l’étouffe » devient difficile à soutenir.
Ce match à Saint-Louis n’a pas seulement été une défaite au tableau. Il a été un miroir impitoyable. Un rappel que Bolduc n’est pas encore remis de ce divorce hockey, que chaque présence est encore teintée par ce qu’il a perdu plutôt que par ce qu’il peut devenir, et que tant qu’il n’acceptera pas pleinement son nouveau rôle, aussi ingrat soit-il, les minutes, la confiance et la narration publique continueront de lui glisser entre les doigts.
Le plus dur, dans tout ça, ce n’est même pas le résultat. C’est le silence. Aucun éclat, aucun moment pour renverser la perception, aucune séquence pour forcer le débat.
Juste un match atroce, dans son ancienne maison, au moment précis où il avait le plus besoin de se rappeler qui il était.
Et parfois, dans la LNH, c’est exactement comme ça qu’un entraîneur gagne un argument : pas par un discours, pas par une punition visible, mais parce que la glace finit par parler plus fort que tout le reste.
