Au moment même où Martin St-Louis montait au lutrin pour défendre corps et âme Zachary Bolduc, vantant son implication sans la rondelle, son évolution, sa maturité, son hockey plus complet que jamais, on avait presque l’impression d’assister à une opération séduction parfaitement orchestrée.
Le coach répétait que Bolduc jouait mieux maintenant qu’au début de la saison, qu’il comprenait enfin les détails, qu’il était un exemple de progression globale et que la feuille de pointage ne disait pas tout.
Un plaidoyer long, élogieux, presque excessif. Un discours qui allait au-delà du hockey et qui sonnait comme une déclaration publique de confiance envers le jeune Québécois.
Puis le match est arrivé. Et tout ce qui avait été dit s’est effondré dans un silence assourdissant.
Car dans les faits, Zachary Bolduc a été… le joueur le moins utilisé du Canadien hier soir. Douze petites minutes.
Le même total que Brendan Gallagher, dont la saison en dents de scie justifie pourtant chaque réduction de rôle.
Pis encore, Bolduc n’a même pas eu ce que Gallagher reçoit encore par automatisme: la présomption de confiance.
On l’a vu trimballé en bas de l’alignement, utilisé au compte-gouttes, mis au frigo dès que le match devenait serré. C’était une contradiction tellement flagrante qu’on aurait cru à un geste volontaire.
Et c’est là que l’inconfort commence.
Parce que lorsqu’un coach prend la peine de vendre un joueur publiquement avec autant d’emphase, mais que quelques heures plus tard, il le réduit au strict minimum de temps de glace, il n’y a que deux explications.
Soit Martin St-Louis ne croit pas à ce qu’il dit, soit il utilise Bolduc dans un jeu de gestion interne où la communication publique devient un outil de contrôle.
Et dans les deux cas, ce qui se passe avec Bolduc ressemble dangereusement à ce qui a marqué les pires années de coaching autoritaire: on dit une chose, on fait l’inverse, et le joueur se retrouve à deviner où se situe réellement sa place.
C’est cette zone grise, cette ambiguïté maîtrisée, qui rappelle les méthodes rigides d’un Babcock ou d’un Tortorella.
Pourtant, Martin St-Louis est le coach le plus humain de l'histoire du CH. Mais avec Bolduc, il devient un bourreau psychologique.
Des discours émotifs, des plaidoiries pour la confiance, suivis de décisions qui brisent justement cette confiance.
Une manière de garder un jeune joueur nerveux, manipulable, incertain de son statut, surtout dans un contexte où la congestion offensive devient un prétexte parfait pour redistribuer les cartes.
Le message envoyé semble clair: tu fais tout ce qu’on te demande, tu progresses, tu joues mieux qu’en début de saison… mais tu ne joueras pas plus. Tu ne seras pas récompensé. Et surtout, tu ne dois pas croire que ta place est acquise.
Le paradoxe était brutal. Quelques heures plus tôt, St-Louis disait que Bolduc ne devait pas mesurer son jeu par les points, mais par l’ensemble de son impact.
Pourtant, le soir même, celui qu’il décrivait comme un joueur en pleine ascension a été traité comme un figurant, alors qu’un Brendan Gallagher en difficulté chronique recevait sensiblement le même temps de glace, malgré un rendement qui n’a plus rien à voir avec celui d’un joueur de deuxième trio.
Dans un vestiaire, ces choses ne passent jamais inaperçues. Le message subliminal est toujours plus fort que la conférence de presse.
C’est d’autant plus troublant que Bolduc, lui, n’a jamais donné l’impression de prendre quoi que ce soit pour acquis.
Un jeune joueur qui travaille, qui applique les systèmes, qui ajoute de la physique, qui bloque des tirs, qui frappe, qui écoute chaque demande du staff. Et malgré tout, il se retrouve à la marge, victime d’un jeu d’équilibre interne qui ne lui appartient pas.
Le contraste entre les mots et les actes était tellement violent qu’il faut se poser la question que personne n’ose formuler publiquement: pourquoi vendre Bolduc comme un joueur transformé pour ensuite l’envoyer dans le couloir froid des oubliés?
Pourquoi tenir un plaidoyer sur son développement global pour ensuite lui offrir le traitement d’un joueur jugé insuffisant? Pourquoi bâtir sa confiance en matinée pour mieux la fracturer le soir venu?
Il y a des soirs où les décisions d’un entraîneur en disent plus que toutes ses conférences. Hier soir en était un. Martin St-Louis a peut-être voulu protéger son groupe, contrôler le discours, calmer la grogne autour de Bolduc, mais en limitant son temps de glace à ce point, il a transmis un message plus fort que toutes ses explications: la parole du matin ne garantit rien une fois la rondelle tombée.
Et c’est précisément ce type de décalage que les joueurs, tôt ou tard, n’oublient jamais.
