Mauvaise surprise pour TVA Sports et les droits de diffusion: Pierre-Karl Péladeau est outré

Mauvaise surprise pour TVA Sports et les droits de diffusion: Pierre-Karl Péladeau est outré

David Garel
Le 2026-07-11

C’est peut-être le plus gros revers subi par Pierre Karl Péladeau depuis la création de TVA Sports.

Pendant des mois, les journalistes du Québec tenaient pratiquement pour acquis que Québecor conserverait une place dominante dans la diffusion nationale du Canadien de Montréal.

L’objectif semblait clair : récupérer les 39 matchs nationaux qui n’appartiennent pas à RDS et conserver les séries éliminatoires en français. Or, à moins de deux mois du début des matchs préparatoires, rien n’est réglé. Pire encore, les négociations semblent avoir complètement changé de direction.

Le problème? Le marché n’est plus le même.

Depuis que Rogers a signé son gigantesque contrat de 11 milliards de dollars avec la LNH pour les 12 prochaines années, toute l’économie des droits télévisuels a explosé.

Ce qui coûtait déjà extrêmement cher est devenu encore plus dispendieux, au point où plusieurs diffuseurs traditionnels doivent désormais revoir complètement leurs ambitions.

François Messier, ancien vice-président responsable de la programmation à RDS et ancien directeur général des sports à Radio-Canada, résume parfaitement la situation.

« C’est une situation vraiment très particulière. »

Et il ajoute une phrase qui en dit long sur le niveau d’incertitude actuel.

« On est réellement à la dernière minute pour officialiser la grille horaire et trouver les commandites. Il faut que ça se règle très rapidement. »

L’industrie entière est suspendue à une décision qui aurait normalement dû être prise depuis longtemps.

Ce qui fait particulièrement mal à TVA Sports, c’est que le scénario envisagé il y a encore quelques mois semble tranquillement s’effondrer.

Selon François Messier, il devient de plus en plus évident que les plateformes numériques pourraient entrer dans l’équation.

« Ça me semble évident que des plateformes numériques seront impliquées dans les 39 matchs n’ayant pas encore été attribués à un diffuseur. »

Prime Video. Netflix. Peut-être Apple. Peut-être un autre joueur.

L’époque où la télévision traditionnelle contrôlait à elle seule la diffusion du hockey est terminée.

Selon Messier, entre quinze et vingt rencontres pourraient même aboutir sur une plateforme numérique.

Voilà ce qui complique énormément les discussions.

La chaîne doit désormais composer avec des géants mondiaux dont les ressources financières dépassent largement celles des diffuseurs québécois.

Messier croit toujours que TVA Sports participe aux discussions.

« TVA Sports est toujours dans le mix. »

Mais il laisse également entendre que les négociations sont devenues beaucoup plus difficiles.

« C’est une très grande possibilité. Et peut-être que les dirigeants de TVA Sports ne sont pas heureux de voir diminuer leur portion de matchs du Canadien et que c’est pour ça que le dossier traîne en longueur. »

Cette phrase résume tout le dossier.

Au-delà des chiffres, il y a aussi une dimension d’orgueil corporatif. Pour Pierre Karl Péladeau, perdre une partie importante des droits du Canadien représenterait beaucoup plus qu’un simple revers commercial.

Le PDG de Quebecor est outré en ce moment, lui qui pensait que le "deal" était pratiquement conclu.

TVA Sports a été bâtie autour du hockey de la LNH, et particulièrement autour du Canadien de Montréal. Pendant longtemps, plusieurs ont cru que Québecor réussirait à conserver les 39 matchs nationaux ainsi que les séries éliminatoires.

Or, voir ces rencontres potentiellement fragmentées entre plusieurs diffuseurs, voire des plateformes comme Prime Video ou Netflix pendant que RDS s'est assuré de diffuser 45 matchs, viendrait complètement changer la vision d’une chaîne qui voulait demeurer la référence francophone du hockey.

Pour Québecor, ce serait autant un coup porté à son modèle d’affaires qu’à son prestige dans l’univers médiatique québécois.

Québecor aurait souhaité conserver une place beaucoup plus importante.

Mais le nouveau modèle semble plutôt miser sur une diffusion éclatée entre plusieurs partenaires.

Le choc financier explique également pourquoi les négociations avancent si lentement.

François Messier rappelle qu’à son époque à RDS, un match coûtait environ 100 000 dollars.

Après le premier contrat signé par Rogers en 2013, ce montant est monté autour d’un million de dollars par rencontre.

Aujourd’hui?

« On parle désormais d’autour de 2 millions à payer par match. Ça commence à être beaucoup d’argent! »

C’est précisément là que tout bascule.

Même si le Canadien est redevenu une machine à cotes d’écoute grâce à Lane Hutson, Ivan Demidov, Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky, les droits ont augmenté tellement rapidement que la rentabilité devient beaucoup plus difficile à atteindre.

Les chiffres demeurent pourtant impressionnants.

Les séries du printemps dernier ont attiré plus de 1,3 million de téléspectateurs en moyenne lors du premier tour, avec des parts de marché dépassant les 40 %, avant de grimper encore davantage aux rondes suivantes.

Le hockey québécois n’a jamais cessé d’être populaire.

Ce sont les coûts qui ont complètement changé.

Pendant ce temps, RDS conserve déjà ses 45 matchs régionaux du Canadien pour plusieurs années, alors que les 39 autres rencontres ainsi que les séries éliminatoires demeurent toujours sans diffuseur officiel.

Cette attente inhabituelle démontre que personne n’est encore prêt à signer un chèque sans avoir la certitude que l’investissement pourra être rentabilisé.

Pour TVA Sports, l’enjeu est immense.

Messier le dit lui-même.

« C’est un investissement crucial pour la survie de TVA Sports. »

Mais le paradoxe est frappant.

D’un côté, Québecor a accumulé plus de 200 millions de dollars de pertes avec TVA Sports depuis sa création.

De l’autre, abandonner une partie importante du hockey représenterait un changement majeur pour la chaîne sportive.

Le gestionnaire de portefeuille Stephen Takacsy souligne d’ailleurs qu’une partie de la récente hausse de l’action de Groupe TVA s’explique par la spéculation entourant justement l’avenir de ces droits de diffusion.

Autrement dit, certains investisseurs considèrent maintenant que moins de hockey pourrait même améliorer la situation financière de Québecor.

Une conclusion qui aurait semblé impensable il y a seulement quelques années.

Une chose est certaine : le contrat historique de Rogers a complètement redéfini les règles du jeu.

Les plateformes numériques frappent désormais à la porte.

Les coûts explosent.

Les diffuseurs traditionnels hésitent.

Et pendant que tout le monde négocie encore, les amateurs de hockey attendent toujours de savoir où ils regarderont près de la moitié des matchs du Canadien la saison prochaine.

Ce simple fait démontre à quel point le paysage médiatique sportif québécois est en train de vivre l’une des plus grandes transformations de son histoire.