Doug Armstrong est présentement assis sur un baril de poudre.
Et ce n’est pas une image.
À la fois directeur général d’Équipe Canada pour le tournoi olympique… et DG des Blues de Saint-Louis, Armstrong est attaqué de partout depuis la défaite crève-cœur du Canada contre les États-Unis.
Les critiques pleuvent sur ses choix, sur la construction de l’alignement, sur l’absence de mordant devant le filet, sur certaines décisions défensives incompréhensibles... bref, sur sa vision globale.
Des analystes comme Nick Kypreos, James Mirtle et Ray Ferraro ont tous pointé la même chose : le Canada n’avait pas les bons profils pour gagner ce genre de match. Trop de finesse, pas assez de présence devant le filet, trop de défenseurs incapables de relancer l’attaque quand ça compte.
Et au centre de cette tempête médiatique : Doug Armstrong.
Ce qui fait le plus mal au DG des Blues depuis la défaite olympique, ce n’est pas une critique abstraite : ce sont des reproches précis, répétés, et impossibles à ignorer quand on revoit les séquences.
Nick Kypreos a carrément lancé que le Canada « n’avait pas les bons gars », en ciblant d’abord l’avantage numérique.
Selon lui, l’équipe avait besoin d’un vrai écran devant le filet, d’une présence lourde comme Zach Hyman, plutôt que d’empiler des tireurs comme Celebrini, McDavid et MacKinnon qui cherchaient tous à jouer en périphérie pour créer de l’espace.
Personne ne s’est installé devant le gardien pendant de longues séquences. Ensuite, il a démoli la sélection de Drew Doughty, affirmant sans détour que le vétéran de 36 ans était incapable de suivre le rythme et qu’il était absurde de penser qu’il pouvait remplacer un défenseur mobile comme Cale Makar ou Josh Morrissey.
James Mirtle a enfoncé le clou : le Canada n’avait tout simplement pas de plan B offensif à la ligne bleue quand Morrissey est tombé, surtout avec un entraîneur-chef qui ne semblait pas faire confiance à Shea Theodore.
Il manquait clairement un défenseur capable de transporter la rondelle et d’animer le jeu. Ray Ferraro a pour sa part ramené Evan Bouchard dans l’équation, même s’il reconnaît ses absences défensives par moments.
Selon lui, utilisé comme septième défenseur spécialisé en avantage numérique, Bouchard aurait pu ouvrir des lignes de tir à la pointe et changer la dynamique.
On reproche à Armstrong d’avoir "choké a défensive".
Ce qu’il vit actuellement sur la scène internationale rejaillit directement sur son travail à Saint-Louis.
Parce que pendant qu’on le démonte à la télévision nationale, Armstrong est aussi en négociation active avec le Canadiens de Montréal pour son attaquant vedette Jordan Kyrou.
Et là, tout devient politique.
Selon ce qui circule dans les cercles bien branchés, et confirmé par des échos provenant de The Athletic, Armstrong explore sérieusement un scénario où David Reinbacher prendrait le chemin du Missouri.
Le package discuté ressemble à ceci :
À Montréal :
Jordan Kyrou
Tyler Tucker (un défenseur gaucher de profondeur, un gars de bas d’alignement, robuste, simple, capable de tenir le fort comme sixième ou septième défenseur).
Un choix de troisième ronde
À Saint-Louis :
David Reinbacher
Arber Xhekaj
Un échange massif. Et surtout, un échange qui permettrait à Armstrong de changer immédiatement le narratif autour de lui.
Parce que soyons francs : Armstrong a besoin d’une diversion.
Il est sous le feu roulant des critiques pour sa gestion d’Équipe Canada, et pendant ce temps, ses Blues stagnent dans une semi-reconstruction qui piétine. Kyrou est leur actif offensif le plus liquide. Le bouger maintenant, c’est envoyer un message clair : on avance, on reconstruit, on tourne la page.
Et Armstrong veut le faire vite.
Pourquoi? Parce qu’il sait que chaque jour qui passe alourdit son bilan public. Chaque chronique, chaque segment télé, chaque analyse post-olympique ajoute une couche de pression. Une grosse transaction NHL serait le moyen parfait de détourner l’attention.
C’est exactement pour ça que Kent Hughes doit frapper pendant que le fer est chaud.
Mais Montréal n’est pas seul.
Les Islanders de New York sont extrêmement agressifs dans le dossier Kyrou. Tellement agressifs qu’ils auraient déjà mis sur la table Cole Eiserman, le franc-tireur repêché tout juste avant Michael Hage.
Ça, c’est lourd.
Eiserman est un pur buteur. Un actif offensif premium. Et ça signifie une chose : si le Canadien veut rester dans la course, Reinbacher devient presque inévitable.
Oui, Montréal préférerait donner un choix de premier tour, un Adam Engström, un Owen Beck, même un Kirby Dach.
Mais Armstrong veut un espoir A à la ligne bleue. Un vrai morceau de fondation.
Reinbacher coche toutes les cases.
Et dans l’état actuel des choses, c’est exactement ce qu’il faut pour battre l’offre des Islanders.
Ce dossier est directement lié à la situation personnelle d’Armstrong.
Le DG des Blues est présentement « dans l’eau chaude jusqu’au cou ». Il est critiqué comme architecte d’Équipe Canada. Il est critiqué comme bâtisseur à Saint-Louis. Il a besoin d’un coup d’éclat. Il a besoin de montrer qu’il contrôle encore son destin.
Jordan Kyrou est sa carte maîtresse.
Et Kent Hughes le sait.
Montréal cherche désespérément un ailier droit élite pour compléter son top-6. Kyrou répond parfaitement au besoin : vitesse, finition, contrat à long terme, âge compatible avec le noyau Suzuki–Caufield–Demidov.
Armstrong, lui, cherche à sauver sa crédibilité.
C’est là que les deux lignes se croisent.
Si Hughes est prêt à inclure Reinbacher, le Canadien peut battre New York.
Sinon, Kyrou risque de partir ailleurs.
La fenêtre est ouverte maintenant parce que Doug Armstrong veut faire diversion, parce qu’il veut changer le sujet, parce qu’il veut respirer.
Et quand un DG est acculé de cette façon, c’est exactement à ce moment-là qu’il faut attaquer.
Kent Hughes a une opportunité en or.
Reste à voir s’il aura le courage de payer le prix.
