Lundi, le Canadien de Montréal croisera de nouveau le Wild du Minnesota. Et au-delà du hockey, ce match a tout d’un règlement de comptes symbolique.
D’un côté, Cole Caufield et Lane Hutson, deux joueurs laissés à la maison par USA Hockey. De l’autre, le club dirigé par l’homme au cœur de la controverse : Bill Guerin. Depuis quelques semaines, Guerin ne fait plus seulement des choix : il les justifie maladroitement, parfois au prix de la vérité.
Car oui, il y a désormais un malaise plus grave que les sélections elles-mêmes : Bill Guerin a menti à la télévision nationale.
En entrevue sur Sportsnet, le DG américain a affirmé avoir parlé aux joueurs laissés de côté, les avoir appelés, respectés, expliqués.
Or, ce récit ne tient pas. Tout le monde le sait maintenant : Guerin a appelé Cole Caufield, mais n’a jamais appelé Lane Hutson. Le défenseur l'a même avoué publiquement, Pas un message. Pas une discussion. Pas même un appel de courtoisie. Rien.
Et c’est là que tout bascule. Car Guerin a tout simplement menti devant le pays en entier sur les ondes de Sportsnet:
« C’est difficile d’effectuer ces appels. Jason Robertson est un excellent joueur et connaît une très bonne campagne, tout comme Cole Caufield, Lane Hutson et Shane Pinto. Il y a tellement de bons éléments et cela montre la qualité du bassin de patineurs aux États-Unis. »
"All I know is that I was never going to make everybody happy."
— Sportsnet (@Sportsnet) February 1, 2026
Bill Guerin chats with @ScottOake about leaving players like Jason Robertson, Cole Caufield, Lane Hutson, and Shane Pinto off of Team USA's roster for #MilanoCortina2026 pic.twitter.com/gDDwU3Rjm6
Non seulement il ment, mais il inclut Shane Pinto? Donc, Guerin a appelé Pinto et non Hutson? Oh la honte.
« On aurait pu facilement les choisir. Il reste qu’on a laissé de côté plusieurs gars. Tout ce que je savais, c’est que je n’allais pas plaire à tout le monde. Je devais prendre les décisions que j’estimais les meilleures. »
L’appel à Caufield, aussi douloureux soit-il, a existé. Le joueur l’a confirmé lui-même. Une conversation difficile, mais humaine. Une marque minimale de respect envers un marqueur élite, laissé hors de l’alignement olympique.
« C’est poche. J’ai ressenti de la frustration et de la déception. Ce n’est pas agréable, mais il faut passer à autre chose. »
Caufield a encaissé. Il a compris. Il a été professionnel. Il a même ajouté qu’il souhaitait bonne chance à l’équipe américaine. Un discours digne.
Mais Lane Hutson ?
Rien. Le néant. Le silence.
On parle pourtant d’un défenseur de 21 ans, productif, influent, déjà parmi les défenseurs les plus dynamiques de toute la LNH. Un joueur qui, même s’il n’était pas retenu, méritait au minimum une explication. Un contact. Une reconnaissance. Guerin a choisi de l’ignorer. Et en affirmant publiquement qu’il avait parlé à tout le monde, il a ajouté le mensonge à l’affront.
À partir de là, ce n’est plus une décision hockey.
C’est une faute de leadership.
Le malaise est encore plus profond quand on observe les justifications de Guerin. Il martèle qu’il ne bâtit pas une équipe d’étoiles, qu’il veut de l’engagement, de la robustesse, des soldats.
Pourtant, quand on regarde froidement les chiffres, cinq des dix meilleurs marqueurs américains de la LNH ne sont pas là. Jason Robertson, Alex DeBrincat, Trevor Zegras, Cole Caufield. Et quand on lui reproche ce choix, Guerin répond :
« Si on prenait juste les statistiques, on n’aurait pas besoin de coach ni de DG. »
« Peu importe à quel point tu es doué offensivement, si tu ne peux pas frapper, ce n’est probablement pas le tournoi pour toi. Ce n’est pas un tournoi Pee-Wee. »
Ce sont des explications bidon. C’est une fuite en avant. Une manière de clore le débat sans l’assumer. D’ailleurs, même dans ses propos, Guerin se contredit. Il dit que ces joueurs auraient pu être choisis. Qu’ils étaient sur la liste. Qu’ils avaient le talent. Mais qu’il a décidé autrement. Très bien. Mais alors pourquoi mentir sur les appels ?
Parce que la vérité dérange.
Et dans le cas de Lane Hutson, elle dérange encore plus. Dans les cercles de la LNH, tout le monde le sait : le nom Hutson traîne un historique. Pas à cause du joueur. À cause du père qui a menacé Guerin d'envoyer son fils jouer avec le Canada.
Des prises de position passées. Des tensions avec USA Hockey. Des paroles jugées trop franches, trop publiques. Guerin n’a jamais pardonné ça. Et Hutson en paie aujourd’hui le prix, sans jamais avoir ouvert la bouche.
Lane Hutson n’a pas été écarté uniquement pour son jeu.
Il a été écarté pour rappeler qui décide.
C’est là que la décision devient politique. Et dangereuse.
Parce que si Team USA échoue, si la créativité manque à la ligne bleue, si le jeu de puissance stagne, le fantôme de Hutson va planer sur Milan.
Et si les Américains perdent encore par un but, sans Cole Caufield, il n’y aura plus d’alibi. Guerin a choisi l’ego plutôt que le talent. Le contrôle plutôt que le dialogue. Et aujourd’hui, cette posture lui revient en pleine figure.
À Montréal, la colère est réelle. Pas parce que Caufield et Hutson n’ont pas été choisis. Mais parce qu’ils ont été traités sans classe. Parce qu’on a parlé d’eux sans les nommer. Parce qu’on a menti en prétendant les avoir respectés.
Être DG d’une équipe olympique est difficile. Personne ne conteste ça. Mais être un leader, c’est autre chose. Et dans ce dossier, Bill Guerin a laissé une tache qui ne disparaîtra pas avec une médaille.
S’il gagne l’or, on dira qu’il avait raison.
S’il échoue, cette décision le suivra toute sa carrière.
Et quoi qu’il arrive, ce silence imposé à Lane Hutson, ce mensonge public, cette froideur calculée, ça ne s’oublie pas.
Jamais.
