Pendant des mois, le discours était clair : les États-Unis allaient intimider la planète hockey. Les « Bash Brothers ». Le hockey nord-américain version testostérone. Le tournoi des 4 Nations avait laissé cette impression d’un virage assumé vers la robustesse. Et au cœur de cette ligne dure, un homme : Bill Guerin, répétant que si tu ne frappes pas, les Jeux ne sont pas pour toi.
Jeudi, à Milan, le Canada a répondu. Pas avec des conférences de presse. Pas avec des slogans. Avec des épaules.
Dès la première présence, Connor McDavid a renversé Lukáš Sedlák avec une mise en échec qui n’avait rien d’un geste symbolique.
McDavid dishes out the biggest hit of his life in his Olympic debut pic.twitter.com/UWZDp6tfc0
— The Sporting Page (@sportingpage) February 12, 2026
Ce n’était pas une petite obstruction subtile. C’était un message. Quelques secondes plus tôt, Nathan MacKinnon avait lui aussi distribué un contact appuyé qui a secoué l’aréna. Le ton était donné : ce Canada-là n’allait pas se faire dicter l’intensité.
Nathan MacKinnon reverse hit. pic.twitter.com/cIzJSqoW8L
— Avalanche Forever (@citchmook) February 12, 2026
Et au centre de ce chaos organisé, il y avait Tom Wilson.
Wilson n’a pas frappé pour la galerie. Il a frappé pour installer la peur. Chaque défenseur tchèque savait qu’un délai d’une demi-seconde devenait un luxe dangereux.
Chaque sortie de zone se faisait la tête haute. Chaque rondelle longeant la rampe devenait un piège potentiel. Les mises en échec n’étaient pas isolées : elles s’enchaînaient, méthodiques, structurées, synchronisées.
Ce qui est fascinant, c’est que ce n’était pas du hockey de frustration. C’était du hockey de contrôle.
Le Canada a gagné 5-0. Une victoire propre. Une victoire nette. Mais ce qui faisait jaser dans les corridors, ce n’était pas seulement le pointage. C’était la violence calculée du message envoyé.
Les médias américains parlaient depuis des semaines d’un alignement bâti pour brasser. On glorifiait le modèle USA. On questionnait la finesse canadienne. On insinuait que le Canada devait s’adapter ou mourir.
À Milan, le Canada n’a pas seulement répondu : il a inversé le récit.
Même Macklin Celebrini, le plus jeune sur la glace ou presque, a tenu le choc physiquement, gagnant des batailles le long des rampes contre des vétérans plus lourds. Bo Horvat a marqué, oui, mais il a surtout joué avec mordant. Nick Suzuki, plus discret dans le fracas, a trouvé le fond du filet en s’impliquant dans le trafic. Rien n’était gratuit. Rien n’était décoratif.
Et derrière eux, Jordan Binnington a fermé la porte au moment exact où la Tchéquie tentait de respirer.
Le Canada n’a pas seulement frappé. Il a frappé intelligemment. Il a frappé en gagnant.
Pendant ce temps, les États-Unis l’emportaient 5-1 contre la Lettonie. Une victoire attendue. Solide. Mais le bruit ambiant n’était pas autour du pointage américain. Il était autour de la déclaration canadienne.
Parce que ce que le Canada a montré, c’est qu’il peut jouer au jeu physique sans sacrifier le talent. Que McDavid peut distribuer des mises en échec et, dans la même séquence, créer une occasion en transition. Que MacKinnon peut intimider et accélérer dans le même souffle. Que Wilson peut terroriser et compléter.
Le message à Guerin est limpide.
Vous vouliez de la robustesse? Le Canada en a.
Vous vouliez des joueurs capables de frapper? Les meilleurs au monde le font.
Vous vouliez un tournoi de collisions? On peut jouer à ça aussi.
Mais la différence, et elle est immense, c’est que le Canada n’a pas bâti son identité uniquement là-dessus. Il n’a pas exclu le talent au nom du muscle. Il n’a pas caricaturé le hockey moderne.
Ce match contre la Tchéquie, ce n’était pas seulement un 5-0. C’était une prise de territoire narrative.
Les fameux « Bash Brothers » américains? À Milan, ce sont les unifoliés qui ont cogné le plus fort. Les épaules canadiennes ont fait trembler la glace italienne. Et ce n’était pas du théâtre : c’était un avertissement.
Quand viendra l’affrontement direct, il n’y aura pas d’intimidation unilatérale. Il n’y aura pas de domination physique à sens unique. Si les États-Unis pensent pouvoir imposer un combat de ruelle, ils vont découvrir que le Canada sait aussi sortir les poings… et garder la rondelle.
Et au fond, c’est peut-être ça, la plus grande ironie.
Le Canada n’a jamais eu besoin de crier qu’il allait frapper.
Il l’a simplement fait.
