Nous sommes dégoûtés.
Hier soir, le hockey a cessé d’être un jeu et est devenu un miroir brutal de ce que nous sommes comme société. La demi-finale du Championnat mondial junior entre le Canada et la Tchéquie, perdue 6 à 4 dimanche soir au Grand Casino Arena, fait partie de ces soirées-là.
Pas seulement à cause de l’élimination, pas seulement parce que le Canada s’incline pour une troisième année de suite contre la même bête noire, mais à cause de ce qui s’est produit après. À cause de ce qui recommence. Encore.
Michael Hage a 19 ans. Et il se retrouve déjà à porter sur ses épaules quelque chose qui dépasse infiniment le cadre d’un match de hockey.
Revenons aux faits. En deuxième période, alors que le pointage est de 2 à 2, Michael Hage intercepte une passe tchèque et se crée une échappée de toutes pièces. Max Psenicka l’accroche. Les arbitres accordent un tir de pénalité. Déjà, la pression est immense.
Hage s’élance, exécute une feinte superbe, soulève le patin, fait mordre le gardien Michal Orsulak… et trébuche sur son bâton avant de pouvoir tirer.
Michael Hage was TRIPPED on his penalty shot, and he'll get a re-shot! #WorldJuniors pic.twitter.com/o3NePPdX8Y
— TSN (@TSN_Sports) January 5, 2026
Ce qui suit est digne d’un scénario improbable : les officiels accordent un deuxième tir de pénalité. Un lancer de punition attribué… sur un lancer de punition. Du jamais-vu.
Hage revient. Il tente la même feinte. Grosse erreur. Orsulak, cette fois, a lu le jeu. Échec.
Hage loses control of the puck while deking and misses the penalty shot. #WorldJuniors pic.twitter.com/hVpfum35xy
— TSN (@TSN_Sports) January 5, 2026
Après le match, Hage ne se cache pas. Il ne fuit pas. Il assume.
« J’avais un filet ouvert et il m’a fait tomber. Il avait tellement mordu la première fois que j’ai cru bon de refaire la même chose. »
« Il a lu mes intentions cette fois. »
Et surtout, cette phrase qui en dit long sur le poids qu’il porte déjà :
« J’aurais dû marquer et je ne l’ai pas fait. C’est difficile. »
“He bit so hard on the first (penalty shot) I figured I’d try it again” - Michael Hage pic.twitter.com/RNKLCRnXEz
— The Hockey News (@TheHockeyNews) January 5, 2026
Ce qui rend la situation encore plus révoltante, c’est le contexte. Michael Hage a été le meilleur attaquant du Canada dans ce tournoi. Le plus constant et le plus dangereux.
Celui qui a créé des choses quand le jeu à forces égales s’effondrait. Celui qui a encore été allumé dimanche soir, malgré le chaos défensif, malgré la perte de Brady Martin, malgré les trios bricolés par Dale Hunter qui avait décidé de jouer à 8 défenseurs.
Il a frappé le poteau. Il a fait circuler la rondelle. Il a ralenti le jeu à la ligne bleue pour permettre à Cole Reschny de s’ouvrir et d'égaler la marque à 4-4.
Il a été au cœur de tout ce qui bougeait. Et pourtant, dans l’esprit malade de certains, tout se résume à un tir de pénalité ratés.
C’est là que le hockey devient un prétexte. Et que le problème est ailleurs.
Parce que pendant que Hage encaissait cette défaite comme un adulte, pendant qu’il répondait aux questions avec honnêteté et dignité, les réseaux sociaux recommençaient leur sale manège.
Menaces physique et menaces verbales. Messages haineux sur le fait qu'il est d'origine libanaise. Commentaires déshumanisants. La même game toxique. Les mêmes colons numériques qui oublient volontairement une chose fondamentale : ces joueurs sont des enfants.
Cette histoire, on l’a déjà vécue. Et elle porte un nom : Maxime Comtois.
En 2019, après une défaite crève-cœur contre la Finlande, Comtois avait raté un tir de pénalité en prolongation. Il avait ensuite reçu une avalanche de messages haineux, parfois ouvertement anti-francophones. Une honte nationale. À l’époque, même des figures politiques avaient dû intervenir pour dénoncer la situation.
Et qu’avait dit Comtois? Presque la même chose que Hage, mot pour mot, six ans plus tard :
« J’étais confiant avec la feinte que je voulais faire, mais ça n'a pas fonctionné ce soir. »
La leçon n’a donc servi à rien. Absolument rien.
On doit tracer une ligne. Maintenant.
Il faut être clair, sans nuance, sans faux débats : menacer Michael Hage est inacceptable. Le critiquer comme joueur, analyser une décision, débattre d’un choix tactique, tout ça fait partie du sport. Mais franchir la ligne de l’intimidation, de la haine, des menaces, c’est autre chose. C’est une faillite morale.
Michael Hage n’est pas responsable de la défense poreuse du Canada.
Michael Hage n’est pas responsable des revirements.
Michael Hage n’est pas responsable du fait que la Tchéquie avait « un peu plus faim », comme l’a admis leur coach Patrik Augusta.
Il est un jeune homme de 19 ans qui a eu le courage de se lever deux fois dans un moment où la plupart d’entre nous auraient préféré disparaître sous la glace.
À ceux qui s’acharnent derrière un écran : souvenez-vous que Michael Hage est le même jeune homme dont le père est décédé tragiquement il y a deux ans et demi.
Le même qui a transformé le hockey en refuge. Le même qui joue chaque match avec un poids émotionnel que vous ne porterez jamais.
Le sport soulève les passions, oui. Mais il ne justifie jamais la cruauté. Jamais.
Michael Hage ne mérite pas vos menaces.
Il mérite du respect.
Il mérite du soutien.
Et surtout, il mérite qu’on se rappelle qu’avant d’être un nom sur un chandail, c’est un être humain.
Si l’histoire de Maxime Comtois ne vous a rien appris, alors le problème n’est plus le hockey. Le problème, c’est nous.
