Négociations CH-Blues: un défenseur sera sacrifié

Négociations CH-Blues: un défenseur sera sacrifié

Par David Garel le 2026-01-30

La mise en échec de Josh Manson était violente. Mais ce qui a réellement capté l’attention, ce n’est pas l’impact. C’est la réaction de Kaiden Guhle.

Le bras gauche pendouillant, le casque lancé dans le tunnel, la frustration brute d’un joueur qui sait très bien ce que son corps vient de lui dire.

Pendant quelques secondes, tout le monde au Centre Bell a pensé la même chose : encore. Encore une blessure. Encore la porcelaine qui casse.

Et ce sentiment n’était pas réservé aux partisans. Il était partagé par le banc, par Nick Suzuki, par Alexandre Carrier… et par un recruteur des Blues de Saint-Louis, Dave Taylor, bien installé dans les hauteurs du Centre Bell.

Puis, contre toute attente, Guhle est revenu. Il s’est assis au banc. Il a sauté sur la glace. Il a frappé Artturi Lehkonen. Il a intercepté une passe de Nathan MacKinnon. Il a relancé le jeu, ce qui a mené à un but. Il a joué près de 23 minutes contre le trio le plus dangereux de la ligue. (Lehkonen-MacKinnon-Necas)

Et soudain, le récit a basculé. Ce n’était plus la fragilité qui sautait aux yeux, mais le courage. Le grit. La capacité d’absorber le chaos et de répondre présent quand le défi est maximal. Tout ça, sous les yeux d’un représentant de Saint-Louis venu précisément pour évaluer ce que le Canadien est prêt à sacrifier.

Car il faut appeler les choses par leur nom : les négociations entre Montréal et Saint-Louis ne sont pas théoriques. Elles sont actives. Elles sont observées.

Et elles se nourrissent de ce genre de soirée. Depuis des semaines, TVA Sports martèle le même message : les Blues écoutent, épient, analysent autant le Canadien que le Rocket de Laval. Ils regardent Oliver Kapanen. Ils regardent David Reinbacher. Et ils n’ont jamais cessé de regarder Guhle.

Le cœur du dossier est limpide. Montréal ne veut pas Jordan Kyrou comme prix principal. Un ailier trop soft.

Le vrai objectif, celui qui justifie un sacrifice majeur, s’appelle Robert Thomas. Un centre numéro un légitime. Champion de la Coupe Stanley. Joueur two-way. Sous contrat à long terme.

Exactement le profil dont le Canadiens de Montréal a besoin pour viser la Coupe Stanley. Et dans un monde idéal, Montréal aimerait aussi mettre la main sur Colton Parayko, ce défenseur droitier géant qui incarne tout ce que les média éclament depuis des semaines : un partenaire capable de libérer un joyau offensif comme Lane Hutson sans transformer chaque présence en exercice de survie.

Mais la réalité frappe fort. À Saint-Louis, le prix s’appelle Reinbacher. Depuis le repêchage, son nom circule dans l’organisation des Blues comme celui d’un défenseur autour duquel on peut reconstruire sans bruit, sans panique, sur dix ans.

Structuré. Droitier. Responsable. Énorme plafond. Doug Armstrong adore ce profil. Et contrairement à Montréal, Saint-Louis n’a aucun problème à attendre.

C’est là que le dossier devient inconfortable. Parce que plus ça avance, plus une vérité se dessine dans les cercles bien informés : si Montréal doit choisir entre Guhle et Reinbacher, le curseur interne glisse tranquillement vers Reinbacher.

Ce n’est pas un rejet de son potentiel. C’est une question de timing et d’identité. Guhle, malgré ses blessures, incarne quelque chose de profondément apprécié dans ce vestiaire : le courage, le sacrifice, la capacité de jouer dans la douleur.

Ce qu’il a montré face à l’Avalanche, devant un recruteur adverse, n’a fait que renforcer cette perception. Reinbacher, lui, progresse plus lentement.

endant ce temps, Adam Engström monte à Laval, gagne des responsabilités, rassure. Et dans une organisation dont la fenêtre commence à s’entrouvrir, il faudra faire des choix.

Les Blues, eux, continuent de pousser. Si Montréal refuse d’inclure Michael Hage ou Alexander Zharovsky, ils exigeront davantage ailleurs : un choix de première ronde, un choix de deuxième ronde, Kapanen, et surtout un défenseur central, Guhle ou Reinbacher. Le package circule, se transforme, s’ajuste. Mais le fond ne change pas : pour obtenir Thomas, peut-être Parayko, il faudra choisir qui on sacrifie.

Et il faudra bien plus que Kapanen, un premier choix, un deuxième choix et Reinbacher.

Et c’est là que ce match contre le Colorado prend une dimension presque symbolique. Guhle a joué comme un homme qui refuse d’être un simple actif. Mais en le faisant, il a rappelé pourquoi les Blues le veulent avant Reinbacher.

Il a rappelé, en une séquence, pourquoi son nom a toujours été demandé à Saint-Louis. Pourquoi les Blues l’ont déjà voulu pour Kyrou. Pourquoi il reste, malgré tout, une pièce qui fait hésiter Montréal au moment de trancher.

La vérité, c’est que le Canadien est rendu à l’étape la plus cruelle d’une reconstruction : celle où chaque option est inconfortable.

Rester immobile, c’est plafonner. Bouger, c’est sacrifier. Et plus ça va, plus le choix semble se préciser, même s’il dérange : Reinbacher plutôt que Guhle.

Non pas parce que l’un est meilleur que l’autre aujourd’hui, mais parce que ce que Guhle apporte humainement, physiquement, symboliquement, a pris une valeur que les chiffres ne captent pas toujours.

Le recruteur des Blues a tout vu. La chute. La colère. Le retour. Les mises en échec. Le courage. Et c’est exactement pour ça que ce dossier est explosif.

Parce qu’il ne parle plus seulement de talent. Il parle de ce que le Canadien veut être quand les coups deviennent plus durs.

Et de ce qu’il est prêt à laisser partir pour devenir, enfin, une équipe dangereuse.

Le CH est prêt à sacrifier Reinbacher, mais les Blues veulent Guhle. Kent Hughes va passer des nuits blanches...