Le marché vient de parler. Et il vient de dire quelque chose de très clair à Vancouver… et à Montréal.
Pendant des semaines, les Canucks ont tenu une ligne dure : Kiefer Sherwood valait un choix de première ronde. Point. Fin de la discussion.
Un discours ambitieux, presque arrogant, alimenté par une statistique facile à vendre, le roi des mises en échec de la LNH, un ailier énergique, capable de marquer une quinzaine de buts tout en martyrisant l’adversaire.
Mais la réalité du marché finit toujours par rattraper les slogans.
Selon Rick Dhaliwal, Vancouver a compris ce que plusieurs directeurs généraux murmuraient déjà en coulisses : aucune équipe n’est prête à brûler un choix de première ronde pour Sherwood, surtout dans une année où les vrais gros poissons s’appellent Artemi Panarin, Nazem Kadri ou Rasmus Andersson.
Les Canucks reculent d’un pas. Le mot d’ordre n’est plus « premier choix ou rien », mais valeur équivalente à un premier choix, ce qui change absolument tout.
Et c’est là que le Canadien de Montréal entre dans le portrait… indirectement mais très concrètement.
Le dossier Sherwood est devenu un baromètre du marché. Les Rangers l’ont appris à leurs dépens. Une offre comprenant un jeune joueur avec pedigree et un choix de deuxième ronde a été rejetée par Vancouver.
Moins de 24 heures plus tard, New York annonçait officiellement son virage vers un « retool ». Coïncidence? Pas vraiment. Les Rangers ont compris qu’ils allaient devoir garder leurs munitions pour leur propre vente de feu, notamment Artemi Panarin. Sherwood est devenu un luxe, pas une priorité.
Ce retrait des Rangers est loin d’être anodin. Il libère de l’oxygène sur le marché… et augmente la pression sur Vancouver.
Plus de vingt équipes ont appelé pour Sherwood, mais de moins en moins sont prêtes à surpayer. Les clubs savent que s’ils attendent, le prix va tomber. Exactement comme pour tous les joueurs de soutien à l’approche de la date limite.
C’est pour ça que San Jose est maintenant identifié comme une destination sérieuse. Les Sharks ont une banque d’espoirs profonde, des choix en double dans les deux premières rondes, et surtout une fenêtre qui commence à s’ouvrir autour de Celebrini, Smith et Eklund.
Pour eux, ajouter Sherwood, ce n’est pas un pansement : c’est un signal envoyé au vestiaire. Et Vancouver le sait.
Mais à Montréal, on regarde tout ça avec un œil très différent.
Le Canadien n’est pas dans une logique de surenchère pour Sherwood. Et surtout, il ne sacrifiera jamais un espoir premium ou un choix de première ronde pour un ailier de 30 ans en fin de contrat.
Par contre, un Sherwood obtenu à prix réajusté, un deuxième choix et un actif secondaire, devient soudainement cohérent dans un contexte précis : celui où Patrick Laine quitte.
Et ce lien-là n’est pas théorique.
Toutes les équipes intéressées à Artemi Panarin auront besoin d’un plan B. Ou d’un plan C. Panarin coûte cher. Très cher. Il nécessite de la rétention, des actifs majeurs, une négociation politique avec Chris Drury. Et pendant que ce cirque se met en place, les équipes ne peuvent pas se permettre de repartir bredouilles.
C’est exactement là que Sherwood devient une option réaliste. Même chose pour Blake Coleman. Même chose pour d’autres profils de papier sablé. Moins sexy, mais beaucoup plus accessibles.
Le Canadien aurait déjà proposé Owen Beck et un choix de 2e ronde pour Sherwood. Les Canucks aimeraient mieux Adam Engström, mais jamais au grand jamais le CH va sacrifier le jeune défenseur suédois pour Sherwood.
Jayden Struble et un choix de 2e ronde ferait-il l'affaire? Le CH voudrait vraiment sacrifier Beck avant Struble et ne pas affecter sa profondeur à la ligne bleue en cas de blessure.
Struble est le parfait 7e défenseur. Mais si Vancouver ne bouge pas, Struble pourrait finir par être sacrifié.
Pendant ce temps, à Montréal, la congestion offensive est réelle. Laine ne fait plus partie du cœur du projet. Son nom circule. Sa situation contractuelle est claire.
Et si le CH devait bouger Laine sans réussir à mettre la main sur Panarin, un Sherwood devient une solution logique, pas une solution vedette, mais une solution de séries.
Ce qui est fascinant, c’est que le marché est en train de se segmenter sous nos yeux.
Les premiers choix sont désormais réservés aux vedettes.
Les deuxièmes choix, eux, deviennent la monnaie d’échange pour les joueurs de soutien premium.
Et les équipes comme Montréal, qui ont du capital, mais aussi une vision à long terme, peuvent se permettre d’attendre que les prix se stabilisent.
Vancouver voulait un premier choix.
Vancouver comprend maintenant que ce sera un deuxième choix + un espoir.
Et plus la date limite approche, plus cette réalité va s’imposer.
Le dossier Sherwood n’est pas isolé.
Il est le symptôme d’un marché qui se resserre.
Et dans ce marché-là, le Canadien n’est pas pressé… mais il est prêt.
La question n’est plus de savoir si Sherwood sera échangé.
La question, c’est à quel moment Vancouver acceptera enfin le prix réel du marché.
Et quand ce moment arrivera, Montréal sera encore au téléphone.
