Dans la face des Blues... et de leur DG.
Il y a des soirs où la LNH te regarde droit dans les yeux et te force à ravaler toutes tes certitudes. Des soirs où une décision administrative, jugée banale sur le moment, explose en plein visage de ceux qui croyaient avoir raison.
Le match d’Alexandre Texier contre les Flames, au Centre Bell, en fait partie. Et quelque part, à des centaines de kilomètres de Montréal, Doug Armstrong doit se demander comment il a pu laisser filer ce joueur-là pour presque rien.
Parce que ce qu’on a vu, ce n’est pas un simple match de trois points. C’est une prise de contrôle intellectuelle, une démonstration de maturité, de timing, de lecture du jeu, exactement ce que les Blues de Saint-Louis cherchent désespérément depuis deux ans pour accompagner leur transition honteuse entre deux cycles.
Pendant que St. Louis piétine, Texier respire le hockey, impose le tempo, fait avancer les lignes, rend les autres meilleurs.
Son 100e point en carrière, inscrit avec un tir d’une précision chirurgicale, n’est pas une statistique vide. C’est un symbole.
Alexander Texier tucks it upstairs for the 100th point of his career! #NHLStats: https://t.co/W453aC9DKW
— NHL (@NHL) January 8, 2026
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Celui d’un joueur qu’on avait rangé trop vite dans la catégorie des projets ratés, des paris perdus, des talents qui n’avaient pas “le moteur mental” pour survivre à la LNH. À Montréal, ce soir-là, il a répondu sans parler, avec un calme presque insolent.
Son ovation, alors qu'il est avec Marc Denis au centre de la glace en tant que premier étoile, a donné des frissons à une province entière.
« C'est la place où je veux jouer! » - Alexandre Texier ❤️ pic.twitter.com/cIqiTs23qr
— RDS (@RDSca) January 8, 2026
Et c’est là que l’histoire devient cruellement ironique pour St. Louis.
Pendant que les Blues font n'importe quoi sur le marché des transactions (bonjour Logan Mailloux) et cherchent une identité, Alexandre Texier est en train de relancer sa carrière pour un million de dollars, dans un marché où la pression écrase habituellement les joueurs fragiles. Pas à Columbus. Pas à St-Louis. À Montréal.
Il faut mesurer ce que ça signifie.
Le Centre Bell n’est pas indulgent. Il ne pardonne pas l’hésitation. Il n’accorde pas de longues périodes d’adaptation. Pourtant, Texier y joue avec une intelligence presque clinique. Il lit la glace une demi-seconde plus vite que les autres, il ferme les lignes de passe, il anticipe, il ralentit le jeu quand il faut, l’accélère quand c’est nécessaire.
La foule lui a donné tellement d'amour... et a envoyé promener le pauvre DG des Blues:
Your first star of the night, who will surely have no problem conducting his on-ice interview in French, Alexandre Texier. pic.twitter.com/JpanpPRbFm
— Matt Drake (@DrakeMT) January 8, 2026
Ce n’est pas un feu de paille. C’est un joueur qui comprend.
Et cette compréhension-là, Martin St-Louis l’a vue avant bien du monde. Et le Centre Bell le voit maintenantL
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— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) January 8, 2026
On peut reprocher beaucoup de choses à St-Louis. Son entêtement. Sa rigidité. Sa gestion parfois incompréhensible de certains jeunes offensifs. Les zones grises dans son développement du talent brut. Mais avec Texier, il a posé un geste fondamental : il a choisi l’humain avant l’étiquette. Il a donné de l’espace. Du temps. Une vraie opportunité.
Texier ne joue donc pas en survie. Il ne joue pas pour conserver un poste. Il joue pour s’imposer.
Dans le vestiaire, dans la structure du jeu, dans la séquence menant au but de Lane Hutson, dans son troisième point de la soirée sur le filet de Cole Caufield, il est partout, sans jamais forcer.
C’est exactement le genre de joueur qui gagne de la valeur pendant que d’autres s’effondrent sous la pression.
Et c’est exactement le genre de joueur que Doug Armstrong pensait pouvoir remplacer.
À Saint-Louis, on parlait d’innovation, de virage, de flexibilité salariale. En réalité, on a laissé partir un joueur au moment précis où il était prêt. Pas avant. Pas après. Maintenant.
Pendant ce temps, Montréal récolte.
Texier n’est pas qu’un pari sportif réussi. C’est une réhabilitation complète, une revanche silencieuse contre ceux qui l’avaient réduit à ses détours de carrière, à ses pauses, à ses moments d’égarement.
Ce qu’il fait aujourd’hui n’efface pas le passé, mais il lui donne un sens. Et dans une ligue qui adore jeter les joueurs dès qu’ils dévient du moule, c’est une victoire rare.
Pour le Canadien, c’est plus qu’un bon contrat. C’est un message.
Pour Martin St-Louis, c’est une validation.
Et pour Doug Armstrong et les Blues, c’est un rappel brutal : le talent mal évalué revient toujours te hanter.
Alexandre Texier n’est pas un accident.
Il est la preuve vivante que parfois, le problème n’était pas le joueur.
C’était le regard posé sur lui.
