Ce soir, au Centre Bell, ce n’est pas seulement un match de saison régulière.
C’est peut-être la fin d’un empire.
La fin d'une ère...
Alexander Ovechkin débarque à Montréal avec 919 buts en saison régulière, 996 au total. À quatre filets d’un plateau que seul Wayne Gretzky a franchi. À 40 ans. Avec un contrat qui expire. Avec la Russie qui l’attend. Avec le Dynamo Moscou qui rêve de son retour.
On peut tourner ça comme on veut.
Ça sent la fin.
Et même Gary Bettman le sait.
Le commissaire de la LNH a bâti une ligue moderne autour de figures générationnelles. Sidney Crosby. Connor McDavid. Et surtout, Alexander Ovechkin. Pendant vingt ans, Ovi a été une machine à vendre des billets. Une machine à remplir des amphithéâtres. Une machine à faire exploser les cotes d’écoute. Quand Ovechkin venait au Centre Bell, ce n’était pas juste une visite. C’était un événement.
Montréal vendait des billets à cause de lui.
La LNH vendait son image à cause de lui.
Et ce soir pourrait être la dernière fois que la plus grande vedette russe de l’ère moderne foule la glace du plus grand amphithéâtre de la ligue.
C’est lourd.
Ovechkin a toujours aimé Montréal. Il aimait l’énergie du Centre Bell. Il aimait le défi. Il aimait faire lever la foule… ou la faire taire. 42 buts en 62 matchs contre le Canadien en saison régulière. 9 autres en séries.
Des batailles mémorables contre Carey Price. Des applaudissements respectueux après un arrêt spectaculaire. Un lien sincère avec cette ville.
Mais le hockey ne pardonne pas le temps.
Son contrat prend fin le 1er juillet. Les rumeurs de la KHL ne sont plus abstraites. Le Dynamo Moscou attend. Ovechkin lui-même a déjà admis vouloir terminer là où tout a commencé. À la maison. Avec son peuple. Ce n’est plus une question de “si”. C’est une question de “quand”.
Et pendant que l’empire vacille, Ivan Demidov est là.
20 ans.
6 pieds 1.
49 points déjà dans la LNH.
Une recrue qui ne joue pas comme une recrue.
Demidov a grandi en regardant Ovechkin dominer la planète hockey. Il a vu les 50 buts. Il a vu le record de Gretzky tomber. Il a vu un Russe imposer sa loi dans une ligue nord-américaine qui n’a jamais été tendre avec les joueurs venus de l’Est.
Ovechkin a ouvert la porte.
Demidov la traverse.
Ce soir, ce n’est pas seulement Canadiens–Capitals. C’est l’idole face à l’héritier. C’est le Tsar face à celui qui pourrait porter le prochain chapitre du hockey russe à Montréal.
On parle beaucoup de statistiques, mais ce soir, c’est plus profond que ça.
C’est symbolique.
Ovechkin a marqué 7031 tirs au but.
Premier de l’histoire.
330 buts en avantage numérique. Premier.
140 buts gagnants. Premier.
Un Conn-Smythe. Une Coupe Stanley. Trois Hart. Neuf Maurice-Richard.
Un monstre.
Un futur immortel du Temple de la renommée.
Et pourtant, même les géants quittent la scène.
Gary Bettman ne dira jamais publiquement qu’il redoute le départ d’Ovechkin. Mais la réalité est évidente. Quand un joueur de cette envergure quitte la LNH, ce n’est pas seulement une équipe qui perd son capitaine. C’est la ligue entière qui perd une colonne.
Et si ce départ se confirme, Montréal aura été l’un des derniers théâtres.
Le Centre Bell.
Le Temple.
Là où les légendes se mesurent.
Demidov, lui, comprend ce moment. Il ne le dira pas. Mais il le ressent. Il sait que le hockey russe en Amérique du Nord a été redéfini par Ovechkin. Il sait que le flambeau, un jour, doit changer de mains.
Peut-être que ce soir, symboliquement, il commence à glisser.
Washington et Montréal se battent pour des points cruciaux au classement. Les Capitals ont éliminé le Canadien en cinq matchs l’an dernier. Il y a encore des cicatrices. Il y a encore une rivalité.
Mais au-delà du score, il y a l’histoire.
Si c’est vraiment la dernière visite d’Ovechkin au Centre Bell, ce sera un moment que les partisans raconteront dans vingt ans.
“J’y étais.”
J’y étais quand "Ovi" est passé une dernière fois.
J’y étais quand Demidov l’a regardé dans les yeux.
Un empire peut s’éteindre en silence.
Un autre peut naître sous les projecteurs.
Ce soir, Montréal est au centre de tout.
Et si c’est vraiment la fin, elle sera monumentale.
Ouch...
