Patrik Laine brûle la glace: commotion à Brossard

Patrik Laine brûle la glace: commotion à Brossard

Par David Garel le 2026-01-13

Pincez-nous quelqu'un.

Les images à Brossard font plus de bruit qu’une conférence de presse. Des images qui frappent l’imaginaire, qui renversent un narratif installé depuis des mois, parfois depuis des années. Et ce qu’on a vu à Brossard cette semaine avec Patrik Laine appartient clairement à cette catégorie-là.

Parce que non, ce n’était pas une simple séance de remise en forme. Non, ce n’était pas un joueur qui « patine correct compte tenu de sa blessure ». C’était un joueur qui vole sur la glace.

Vite. Fluide. Explosif. Léger.

Et surtout : méconnaissable par rapport au Patrik Laine qu’on a vu depuis son arrivée à Montréal.

Depuis des mois, même avant sa blessure, le discours était clair. Trop clair. Laine était devenu lent. En retard sur les jeux. Incapable de suivre le rythme à cinq contre cinq. Un spécialiste d’avantage numérique, point final. Un contrat lourd. Un joueur à gérer. Une patate chaude.

Puis, en quelques séquences filmées à Brossard, tout ce discours a explosé.

On n’avait jamais vu Patrik Laine patiner comme ça avec le Canadien. Jamais. Même à ses meilleurs moments en rouge, il n’avait pas cette cadence-là. Cette facilité. Cette impression de contrôle total de son corps.

Et ce n’est pas seulement une impression montréalaise.

Sur les réseaux sociaux, des partisans des Jets de Winnipeg, ceux qui l’ont vu à ses débuts, ont été parmi les premiers à réagir. Eux reconnaissent ce coup de patin. Eux reconnaissent ce Laine-là. Pas un marchand de vitesse, non, mais un joueur fluide, capable de couvrir énormément de glace quand son corps coopère.

Quel revirement de situation!

Parce que ce qu’on voit aujourd’hui, c’est peut-être la première preuve concrète que l’hernies sportive l’handicapait beaucoup plus qu’on l’imaginait. Que son problème abdominal jouait contre lui depuis longtemps. Que son genou compensait. Que son corps entier était en mode survie.

Et soudainement, une fois libéré de cette douleur-là, tout revient.

Le patin est plus long. Les transitions sont plus rapides. Les changements de direction sont naturels. Il n’y a plus cette lourdeur constante qui faisait dire à tout le monde : « il avance comme une tortue ».

Non. Là, il avance comme un joueur libéré.

Et ça pose une question extrêmement dérangeante pour l’organisation.

Est-ce qu’on a écarté Patrik Laine trop vite?

Parce que soyons clairs : le narratif était déjà écrit. Laine était fini à Montréal. Trop lent. Trop fragile. Trop déconnecté du groupe. Trop cher pour ce qu’il apportait. Même son retour était présenté comme un casse-tête inutile.

Or, les images de Brossard viennent faire voler ce narratif en éclats.

Ce n’est pas un joueur en fin de parcours qu’on voit. C’est un joueur qui envoie un message.

Un message sans paroles, mais brutal :

« Vous m’avez jugé sur une version de moi qui était diminuée. »

Et ce message-là, il est encore plus fort quand on regarde le contexte actuel du Canadien.

Aujourd’hui, le poste convoité par Lainem un rôle offensif à côté de Nick Suzuki et Cole Caufield, est occupé. Alexandre Texier est installé confortablement sur cette ligne. Il fait le travail. Il respecte le système. Il ne ralentit pas le jeu. Il ne complique rien.

Le 2e trio Slaf-Kapanen-Demidov est intouchable.

Martin St-Louis a enfin trouvé une chimie et une cohérence collective sur son top-6.

Alors où Laine peut-il entrer là-dedans?

Pas sur un bottom-6, ça, tout le monde le sait.

Pas comme simple spécialiste d’avantage numérique non plus, surtout depuis que le power play roule sans lui.

Et pourtant… quand tu vois un joueur patiner comme ça, tu ne peux pas faire semblant de ne rien voir.

C’est là que le malaise commence.

Parce que si Laine revient aussi rapide, aussi mobile, aussi fluide… le discours change. Le problème n’est plus son moteur. Le problème devient l’alignement. Les rôles. Les décisions déjà prises.

Et dans une organisation, ce genre de situation est explosif.

Martin St-Louis est un entraîneur qui valorise le rythme, la vitesse, le mouvement. Si Laine démontre qu’il peut maintenant répondre à ces exigences-là, comment justifier de ne pas lui donner une vraie chance?

En même temps, comment bousculer un groupe qui gagne, qui est soudé, qui a trouvé son identité?

Voilà le cœur du problème.

Les images de Brossard ne disent pas que Laine va redevenir une vedette. Elles disent quelque chose de plus subtil, mais de beaucoup plus dérangeant : le jugement porté sur lui était peut-être basé sur un joueur qui jouait blessé depuis trop longtemps.

Et dans la LNH, ça change tout.

Un joueur lent parce qu’il est fini, on le remplace. Un joueur lent parce qu’il est blessé, on le réévalue.

Les réactions à l’extérieur de Montréal amplifient encore plus ce malaise. Quand même les partisans des Jets disent : « c’est le Laine d’avant », ça force une remise en question. Ce ne sont pas des fans indulgents. Ce sont des gens qui l’ont vu dans ses meilleurs moments.

Et soudainement, la question devient inconfortable : et si le Canadien avait mal lu son propre joueur?

Ça ne veut pas dire que Laine va reprendre sa place automatiquement. Ça ne veut pas dire qu’il va jouer avec Suzuki et Caufield demain matin. Ça ne veut pas dire que Texier doit sortir.

Mais ça veut dire une chose essentielle : Patrik Laine n’est pas terminé.

Et surtout, ça veut dire qu’il n’est peut-être pas le problème simple qu’on voulait croire.

Les images de Brossard ont créé une commotion parce qu’elles racontent une histoire différente. Une histoire où la blessure expliquait beaucoup. Une histoire où le corps, enfin libéré, permet au joueur de redevenir lui-même.

À Montréal, on adore classer vite. Juger vite. Fermer des dossiers. Mais parfois, la réalité te rattrape en haute définition, filmée sur une patinoire d’entraînement.

Patrik Laine ne parle pas. Il patine.

Et en ce moment, il patine comme quelqu’un qui n’accepte pas d’avoir été rayé trop vite.

Alors, on le réinsère ou on le transige?