Cette fois, c’est officiel : Jonathan Huberdeau est au bout du rouleau pour 2025-2026. Saison terminée. Direction la salle d’opération pour une hanche. Et comme si le sort avait voulu ajouter une couche de cruauté, il a tenu à jouer un dernier match avant de passer sous le bistouri, marquant même le premier but d’une victoire contre les Oilers d'Edmonton, avant que la nouvelle ne tombe, relayée par Elliotte Friedman.
Et à Calgary, ça explose.
Parce que le contexte est sans pitié. Les Flames de Calgary sont englués hors du portrait des séries. Huberdeau affiche 25 points en 50 matchs, un différentiel de -9, et un salaire de 10,5 millions de dollars par année jusqu’en 2031.
Depuis son arrivée, il n’a jamais dépassé 62 points. Et pendant ce temps-là, l’équipe qui l’a échangé… est devenue une dynastie.
Oui, encore et toujours, le même refrain : les Panthers ont gagné deux Coupes Stanley depuis son départ. Et l’homme arrivé en Floride dans l’échange, Matthew Tkachuk, est devenu l’âme de cette machine de guerre. La réalité est si violente qu’il fait mal aux yeux.
La blessure à la hanche aurait dû appeler à la compassion. Au lieu de ça, elle a réveillé la meute. Sur les réseaux sociaux de Calgary, on lit de tout : certains souhaitent presque qu’il soit absent longtemps, d’autres ironisent lourdement, « parfait, tu vas pouvoir t’asseoir pour un lap dance ». C’est dur. C’est sale. Et ça montre à quel point l’opinion publique est devenue toxique autour de Huberdeau.
Parce que pour une partie de la base partisane, Huberdeau n’est plus un joueur : il est un symbole. Le symbole d’un contrat impossible à bouger. Le symbole d’une reconstruction qui n’avance pas. Le symbole d’un échange qui a mal tourné. Le symbole d’un passé glorieux qui n’a jamais suivi à Calgary.
Pourquoi, encore aujourd’hui, on parle de danseuses?
Il faut revenir à mai 2022. Deuxième tour des séries. La Floride est au bord du gouffre contre Tampa.
Et la veille d’un match d’élimination, plusieurs joueurs, dont Huberdeau, sont aperçus dans un club de danseuses jusqu’à 3 h du matin.
La fameuse histoire est sortie sur les ondes de la station sportive 95.3 WDAE à Tampa, animée par Pat Donovan et Aaron Jacobson.
Ce sont eux qui ont mis le feu aux poudres en mai 2022, en révélant que plusieurs joueurs des Panthers avaient été vus dans un club de danseuses de Tampa jusqu’à environ 3 h du matin, la veille du match #4 contre le Lightning.
Et ce n’était pas présenté comme une simple rumeur vague : Donovan et Jacobson ont affirmé en ondes avoir reçu plusieurs confirmations indépendantes, incluant des témoins sur place, et ils ont ajouté, détail qui a fait extrêmement mal à Huberdeau, que Jonathan aurait été perçu comme l’un des meneurs du groupe cette soirée-là, pas juste un suiveux pris dans le courant.
Autrement dit, dans le narratif local, ce n’était pas “quelques gars sortis prendre un verre”, mais un party organisé par Huberdeau pendant que l’équipe faisait face à l’élimination.
Pour le DG floridien, Bill Zito, c’est la goutte de trop. La culture doit changer. Quelques semaines plus tard, Huberdeau est échangé dans la transaction monstre qui amène Tkachuk en Floride. Le reste appartient à l’histoire.
Depuis, cette soirée est devenue une cicatrice publique. Chaque fois que Huberdeau trébuche, chaque fois qu’il rate un match, chaque fois qu’il fait une blague de travers, comme récemment quand il a lancé, à propos d’une pratique manquée : « je me suis réveillé trop tard, je ne filais pas pour patiner », la mémoire collective ressort les danseuses. Comme si toute sa carrière pouvait être résumée à cette nuit-là. C’est injuste. Mais c’est ainsi.
La réalité froide, c’est que Huberdeau est maintenant enchaîné à son contrat. 10,5 M$ par saison. Encore des années. Un pacte signé à la hâte à son arrivée, après une campagne de 115 points. À l’époque, ça paraissait cher mais défendable. Aujourd’hui, c’est un boulet.
À Calgary, on reconstruit. On veut rajeunir. On empile les choix. Et Huberdeau ne cadre plus dans le plan. Trop vieux pour être un pilier à long terme. Trop cher pour être échangé. Trop important financièrement pour être simplement effacé.
Alors on fait quoi? On endure. Et lui aussi.
Ce qui se perd dans le vacarme, c’est l’humain. Huberdeau est un nouveau papa. Imaginez à quel point ça doit être horrible de lire qu'il est un party animal.
Disons qu'il avait jeté de l'huile sur le feu sur les réseaux sociaux. Sa famille avait célébré la signature de ce contrat sur un bateau, bouteille de champagne à la main, convaincue d’avoir atteint le sommet.
Jonathan Huberdeau celebrating his new 8 year contract 💰#FlaPanthers pic.twitter.com/MMhd396Efe
— David (@David954FLA) August 6, 2022
Tout le monde sait que Joe aime faire le party...
Jonathan Huberdeau was at a Chainsmokers music festival today in Calgary. #FlaPanthers pic.twitter.com/su1QScNjaq
— David (@David954FLA) July 24, 2022
Aujourd’hui, ce même contrat est cité partout comme l’un des pires de la ligue. Sa conjointe, ses parents, son enfant, tous vivent avec cette pression. Tous absorbent les moqueries. Tous encaissent la chute.
On peut dire « il est riche ». Bien sûr. Mais l’argent n’achète pas la paix quand chaque manchette te rappelle que tu es devenu un problème.
C’est ça, la vie de Jonathan Huberdeau en 2026.
Il a voulu jouer un dernier match avant l’opération, marquer un but, prouver qu’il était encore là. Beau geste. Mais symboliquement, ça ressemble à tout le reste : un éclair de lumière dans un ciel qui s’effondre.
On peut rire. On peut lancer des blagues de danseuses. On peut compter les dollars. Mais au bout du compte, on regarde un joueur qui se bat contre un contrat, contre une réputation, contre une blessure, contre une comparaison impossible à gagner avec Tkachuk et la Floride.
Jonathan Huberdeau est à terre. Sportivement. Médiatiquement. Humainement.
Et même à 10,5 millions par année, ça demeure une chute brutale.
Nos pensées sont avec lui.
Parce que ce qu’il vit dépasse largement le hockey.
