Perte de son frère: les larmes de Dave Morissette pour Claude Lemieux

Perte de son frère: les larmes de Dave Morissette pour Claude Lemieux

David Garel
Le 2026-05-29

Le témoignage de Dave Morissette nous a donné les larmes aux yeux.

On sent immédiatement la douleur qui vient d’un endroit réel, profond, encore ouvert malgré les années.

Lorsque Dave Morissette a pris la parole à TVA Sports après le décès de Claude Lemieux, il y avait quelque chose dans sa voix qui sonnait différent.

Quelque chose de personnel.

Les yeux remplis d’émotion, visiblement ébranlé, Morissette ne parlait pas seulement d’un ancien champion du hockey québécois. Il parlait aussi à travers sa propre blessure. Une blessure qui ne s’est jamais vraiment refermée.

Lorsque Dave Morissette entend le mot suicide, il ne l’analyse pas comme un commentateur sportif.

Il le vit.

Il le ressent dans ses tripes.

“Ça me fait toujours mal parce que c’est la famille, c’est les gens”, a-t-il soufflé avec énormément d’émotion.

Et impossible de ne pas comprendre pourquoi.

Quand Morissette parlait jeudi de l’importance d’être attentif à ceux qui nous entourent, il ne récitait pas un message appris d’avance. Il parlait d’expérience. D’un regret qu’il porte encore. D’une douleur qui l’accompagne depuis des années.

Dans sa vingtaine, Dave Morissette a vécu l’impensable : son frère cadet, Jason, s’est enlevé la vie.

Un drame qui a changé sa famille pour toujours.

Une tragédie dont il parle rarement à la légère.

Encore aujourd’hui, des années plus tard, il admet qu’il ne se passe pratiquement pas une journée sans qu’il pense à son frère.

“Tu te sens toujours coupable… Il ne se passe pas une journée sans que je pense à mon frère, à ma famille, ma mère, ma sœur, mon père. On ne sera plus jamais pareils.”

«Mon frère était à bout, mais je sais que j'aurais pu l'aider.»

" Ça nous a changés. Ça fait mal à une famille. Ce que je trouve le plus dur avec le départ de mon frère, c'est que je le sentais... Je ne le pensais pas capable de passer à l'acte, mais je savais que, pour lui, c'était une option. On n'a pas osé en parler... Or, c'est le contraire qu'il faut faire. Il faut en parler.»

Quelle tristesse.

Elle résume une réalité qu’on oublie souvent quand on parle de suicide : les conséquences ne s’arrêtent jamais au moment du drame.

Une famille ne redevient jamais complètement la même.

Le vide demeure.

Les questions demeurent.

Et les regrets aussi.

Jeudi, dans l’avion des Canadiens de Montréal, c’est Max Lapierre qui est venu lui annoncer la nouvelle entourant Claude Lemieux.

Morissette raconte que le choc a été immédiat.

Et tout de suite, la discussion a dépassé le hockey.

“Il y a une leçon là-dedans pour tout le monde. Il faut être à l’affût de ce qui se passe dans notre entourage.”

“Il ne faut pas avoir peur de poser des questions.”

«Si c'était à refaire, c'est certain que j'irais vers mon frère. Je m’assoirais avec lui, puis... J'ai l'impression que je l'ai laissé tomber... Je ne veux pas faire pleurer personne avec ça; j'avais ma famille, mes enfants... Son suicide a fait en sorte que je suis encore plus proche de ma famille. Je pense que le suicide de mon frère a été plus difficile pour mon père et ma mère... Il faut en parler et comprendre qu'il existe de l'aide.»

Dave déjà vécu le silence.

Il a déjà vécu ce moment où l’on voit quelqu’un souffrir sans vraiment savoir comment intervenir.

Et surtout, il connaît le poids du “si j’avais su” et du “j’aurais peut-être dû”.

Des années plus tôt, lorsqu’il avait accepté d’incarner Philippe Lalumière dans Lance et compte, Dave Morissette avait dû replonger dans une douleur immense.

Dans cette saison de la série, le personnage de Philippe Lalumière met fin à ses jours par pendaison.

Une histoire fictive.

Sauf qu’elle ne l’était pas complètement pour lui.

Parce que son frère Jason était décédé exactement de cette façon.

Avant d’écrire cette intrigue, Réjean Tremblay avait d’ailleurs pris le temps de parler avec Dave Morissette, sachant très bien la blessure personnelle qu’il portait.

Et malgré toute la douleur que cela pouvait raviver, Morissette avait accepté.

“Réjean ne m’a rien imposé.”

Mais il savait aussi ce que ce rôle allait réveiller.

“Je devais faire face à ce que j’ai vécu, étant donné que mon frère s’est suicidé.”

« C'est encore plus délicat. On voit bien que le personnage aurait toujours pu avoir de l'aide; tout le monde veut l'aider, mais c'est lui qui ne veut pas. Il se referme. Il refuse d'être ce qu'il est. Il est gai, il a des problèmes liés à des commotions, il mélange stéroïdes et alcool, ce qui ne va pas très bien avec le hockey, et il vit une peine d'amour.»

Ce qui hante encore Dave Morissette aujourd’hui, c’est précisément cette impression qu’une discussion aurait peut-être pu tout changer.

“Je ne pensais pas que Jason allait le faire… mais je savais que c’était une possibilité.”

Parfois, les proches voient des signes. Ils sentent une douleur. Ils perçoivent quelque chose qui ne tourne pas rond. Mais entre sentir une détresse et croire qu’un geste irréversible pourrait réellement arriver, il existe un immense fossé.

“On n’a pas osé en parler. Or, c’est le contraire qu’il faut faire.”

«Je veux redonner en parlant du suicide, pour permettre à d'autres de déceler les premiers signes, et peut-être de sauver la vie d'un proche. Le secret réside dans la prévention. Il faut que les gens comprennent qu'il existe de l'aide, des centres, des bénévoles. Peut-être qu'en m'entendant, quelqu'un va se questionner et se demander si ce n'est pas ce qu'est en train de vivre un proche... Je ne pensais pas que Jason allait le faire, tu comprends? Mais je savais que c'était une possibilité. Je le voyais aller et je me disais: “Non, il ne fera pas ça.” Une seule discussion aurait tout changé.»

C'est ce qui rendait son témoignage de jeudi soir si bouleversant.

Quand Dave Morissette parlait de Claude Lemieux, on sentait qu’il ne parlait pas uniquement du quadruple champion de la Coupe Stanley. Il parlait d’une famille qui allait maintenant traverser ce qu’il connaît trop bien.

Le choc.

L’incompréhension.

La culpabilité.

Les questions sans réponses.

“Il faut être présent, au moins pour notre entourage.”

Dave est un homme marqué à jamais qui tentait, à travers sa douleur, d’éviter à d’autres de vivre le même enfer.

La vie est fragile. Morissette l’a répété.

Il connaît le poids d’un téléphone qui sonne trop tard.

Le vide qui suit.

Et cette pensée qui ne quitte jamais complètement une famille après un tel drame.

Si toi ou quelqu’un que tu connais traverse une période très difficile ou est en crise, de l’aide existe. Au Canada, tu peux appeler ou texter le 988 à toute heure pour parler à quelqu’un.