Il faut arrêter de se mentir collectivement : le retour de Phillip Danault à Montréal n’est pas une histoire de rédemption, ce n’est pas un conte de Noël, ce n’est pas un “fit parfait” qui va tranquillement se replacer avec le temps. Ce qui se passe présentement est la continuité directe de ce qui se passait à Los Angeles, et les chiffres, les vrais (pas deux des journalistes québécois qui tentent de protéger Danault) le prouvent sans ambiguïté.
Parce que le Québécois n’est pas tombé en panne à Montréal. Il est arrivé ici déjà en panne.
À Los Angeles, la chute ne date pas d’une semaine, ni d’un changement de trio, ni d’un coach qui ne l’aimait plus. Elle est visible noir sur blanc dans les statistiques.
Sur ses 33 derniers matchs avec les Kings, Danault a produit trois passes. Pas trois points par tranche. Trois passes au total.
Sur ses 24 derniers matchs, on parle de deux passes. Aucun but. Zéro. Et ce, en jouant, en prenant ses mises au jeu, en étant utilisé défensivement. Il ne s’agissait pas d’un joueur cloué au banc. Il s’agissait d’un joueur incapable de générer quoi que ce soit une fois la rondelle sur sa palette.
5 passes en 34 matchs. Et les journalistes québécois le traitent en héros parce qu'il a obtient 62 pour cent de réussie aux mises au jeu hier.
Ce que Los Angeles a vu, ce n’est pas un joueur malchanceux. C’est un centre qui arrivait systématiquement une fraction de seconde trop tard.
Trop tard sur ses lectures, trop tard sur ses couvertures, trop tard dans les batailles à l’intérieur des points. Un centre devenu strictement réactionnel, jamais proactif, incapable de dicter le rythme ou de créer un avantage sur la glace.
Et dans la LNH actuelle, ce genre de centre ne survit que tant que le système le protège.
Quand ce système s’est resserré, quand son rôle en infériorité numérique a diminué, quand le jeu s’est accéléré autour de lui, Danault s’est effondré statistiquement. Pas bruyamment. Silencieusement.
Match après match. Les fans des Kings ne parlaient pas de “mauvaise passe”. Ils parlaient de perte de vitesse, de mains lourdes, de joueur fini pour un top-9, de contrat encombrant à 5,5 M$. Et surtout, ils répétaient tous la même phrase : « Vous allez comprendre. »
Montréal commence à comprendre.
Dès ses premiers matchs, les mêmes symptômes sont apparus. Pas besoin de regarder les points pour le voir. Il suffit d’observer les séquences défensives.
Souvent, on voit Danault perdre complètement sa couverture. Sa lecture est en retard. On ne voit aucune récupération de rondelle. Exactement le type de jeu qui l’a fait descendre dans la hiérarchie à Los Angeles. Même constat sur plusieurs séquences où le jeu accélère : il suit, il subit, il réagit, mais il n’impose jamais.
Et quand l’offensive explose, comme dans ce match bizarre contre la Caroline, où 12 buts sont marqués, où Brandon Bussi s’écroule mentalement, où tout le monde trouve de l’espace, Danault est encore invisible.
C’est là que le signal devient impossible à ignorer. Dans un match ouvert, dans un chaos offensif, un centre encore pertinent finit toujours par apparaître sur la feuille de pointage. Lui, non.
Le discours ambiant tente de se réfugier derrière les mises au jeu. Oui, Danault gagne des mises au jeu. Oui, son pourcentage est respectable. Mais il faut arrêter de faire semblant que gagner une mise au jeu équivaut à influencer un match.
Une mise au jeu gagnée qui se termine par un dump, une perte de possession ou une sortie de zone avortée ne crée aucune valeur ajoutée. À 5,5 M$, ce n’est plus suffisant.
Et c’est là que le problème devient structurel pour le Canadien.
Parce que pendant que Danault “stabilise”, il bloque. Il bloque Owen Beck. Il va enlever du temps de jeu à Jake Evans (avant sa blessure).
Il bloque la possibilité de laisser un jeune apprendre dans l’erreur, dans le rythme réel de la LNH. Pire encore : il ralentit le jeu. Il force l’équipe à s’adapter à lui plutôt que l’inverse.
Le prix payé, lui aussi, mérite d’être dit sans filtre. Ce n’est pas un “petit choix de deuxième ronde”. C’est le 40e choix au total, au moment où on se parle.
Dans un repêchage profond, c’est un joueur de première ronde potentiel. Et ce choix-là n’a pas été donné pour un pari à long terme, mais pour un centre de 32 ans, zéro but cette saison, cinq passes en 34 matchs, encore sous contrat l’an prochain à 5,5 M$. Ce n’est pas un vol. C’est un pari à très haut risque, avec zéro upside.
La vérité inconfortable, c’est que le coach des Kings avait raison. Les fans des Kings avaient raison. Et ce que Montréal est en train de voir, ce n’est pas un ajustement temporaire, mais la fin logique d’un cycle.
Danault vit exactement ce qu’il vivait en Californie : un rôle qui se rétrécit, une pression qui augmente, une production inexistante, et cette impression constante d’être exposé dès que le jeu monte d’un cran.
Plus le Canadien gagne malgré lui, plus la question devient lourde, presque inévitable : à quoi sert réellement Phillip Danault dans cette équipe, aujourd’hui et demain?
Parce qu’à ce salaire, parce qu’à cet âge, parce que dans ce contexte de reconstruction avancée, gagner des mises au jeu ne suffit plus.
Les statistiques ne mentent jamais. Et pour l’instant, elles racontent tous la même histoire.
Quand Jake Evans, Kirby Dach et Alex Newhook vont revenir, la congestion va donner des nausées. Et le mensonge autour de Danault sera brisé: le Québécois n'est plus un joueur régulier de la LNH dans une équipe gagnante.
Telle est la vérité.
