Il n’a pas eu besoin d’un long communiqué ni d’une conférence de presse larmoyante. Charlie McAvoy a simplement laissé parler les images. Sur X, le défenseur des Bruins de Boston a publié la séquence au ralenti de la mise en échec douteuse de Sandis Vilmanis, suivie d’un gros plan sur sa mâchoire amochée.
— Charlie McAvoy (@CMcAvoy44) February 7, 2026
Un message sans filtre, sans détour, qui en disait beaucoup plus long que n’importe quelle déclaration officielle.
Mercredi soir, face aux Panthers de la Floride, McAvoy a encaissé un coup directement à la tête. Résultat : deux petites minutes de pénalité, rideau, merci bonsoir.
Pas de révision sérieuse. Pas de sanction additionnelle. Pas même une tape symbolique sur les doigts. Dans une ligue qui prétend faire de la sécurité des joueurs une priorité absolue, c’est tout simplement grotesque.
Le contexte rend l’affaire encore plus troublante. McAvoy revient à peine d’une blessure majeure à la mâchoire, subie plus tôt cette saison après avoir reçu une rondelle en plein visage lors d’un match contre les Canadiens de Montréal au Centre Bell.
Il a raté plusieurs semaines d’activité. Depuis, il porte une cage protectrice. Et malgré tout ça, malgré cet historique clair, malgré la vulnérabilité évidente du joueur, la Ligue nationale laisse passer un contact direct à la tête comme s’il s’agissait d’un banal accrochage au centre de la glace.
On parle ici d’un défenseur étoile, pilier des Bruins, mais aussi d’un joueur qui va représenter les États-Unis aux prochains Jeux olympiques.
À quelques jour d’un rendez-vous mondial où la LNH veut projeter une image moderne, responsable et axée sur la protection de ses athlètes, elle choisit plutôt l’aveuglement volontaire. C’est non seulement incohérent : c’est embarrassant.
Et pour une fois, même le monde habituellement cynique des agents a raison de gronder. Alan Walsh, qui n’est même pas l’agent de McAvoy, est sorti publiquement pour dénoncer la décision (ou plutôt l’absence de décision) du département de la sécurité des joueurs.
Son message visait directement George Parros, parlant d’une « gang de kangourous », une façon à peine voilée de dire que les audiences disciplinaires ressemblent davantage à un tribunal improvisé qu’à un véritable système de justice sportive.
F*** Parros and his gang of Kangaroos. #EndCTE https://t.co/bOtSgPfBPH
— Allan Walsh🏒 (@walsha) February 7, 2026
Walsh n’a pas mâché ses mots. Et même si son style est cinglant, difficile de lui donner tort sur le fond. Parce que ce qui choque ici, ce n’est pas seulement le coup de Vilmanis.
C’est le silence qui suit. C’est cette impression persistante que Parros et son équipe sont là pour donner l’illusion d’un encadrement, pas pour réellement protéger les joueurs. Qu’ils sont payés pour sévir… mais qu’ils choisissent trop souvent de regarder ailleurs.
Depuis des années, la Ligue nationale promet d’éradiquer les coups à la tête. Depuis des années, elle martèle que la sécurité est une priorité. Et depuis des années, on assiste au même scénario : une mise en échec dangereuse, une punition mineure, puis un communiqué tiède expliquant que « le geste a été évalué ». Évalué par qui? Selon quels critères? Avec quelles conséquences concrètes?
Dans ce cas précis, le message envoyé est catastrophique. On dit implicitement aux joueurs que même un contact direct à la tête, sur un adversaire déjà fragilisé, peut passer pourvu que ça arrive assez vite, assez fort, et dans le feu de l’action.
On dit aux équipes que la ligne est floue. On dit aux partisans que la santé des vedettes est négociable. Et on dit au reste du monde, à l’approche des Olympiques, que la meilleure ligue de hockey au monde est incapable d’appliquer ses propres standards.
McAvoy, lui, n’a pas fait de théâtre. Il a montré son visage. Littéralement. Une mâchoire encore marquée, un regard qui en dit long, et une séquence vidéo qui parle d’elle-même. Ce n’était pas une campagne médiatique. C’était un cri muet.
La honte, dans toute cette histoire, n’appartient pas à Vilmanis. Les joueurs prennent des décisions en une fraction de seconde. La vraie honte repose sur les épaules de la Ligue nationale de hockey. Sur un système disciplinaire qui semble anesthésié. Sur une direction qui préfère protéger son narratif plutôt que ses athlètes.
Et cette fois, oui, on peut comprendre la colère des agents. Parce que quand même eux, habitués aux jeux politiques de la LNH, en viennent à parler de farce judiciaire, c’est qu’on a dépassé un seuil.
À force de banaliser ce genre de geste, la Ligue ne fait pas que mettre les joueurs en danger. Elle mine sa propre crédibilité. Et à l’aube d’un retour sur la scène olympique, c’est une tache dont elle se serait bien passée.
McAvoy a montré sa mâchoire. La LNH, elle, vient encore de montrer ses dents… mais seulement pour sourire devant le problème.
